Méon, Nouvpaii recueil de contes, t. I
poésie en langue vulgaire, l'une et l'autre décèlent des influences réciproques.
Certes, ce sont d'abord les difFérences qui frappent. Ce qu'on remarque au premier coup d'œil, c'est le caractère d'ésotérisme de la poésie des clercs errants. Entre eux, dans l'intérieur de la famille de Golias, devant leurs pairs, ils peuvent à leur gré repasser leurs souvenirs d'Université, mythologiques, pédantesques ^, se complaire à leurs jeux de rimes grammaticaux et amoureux -.
Entre eux, loin des laïques méprisés ^, loin de ceux que les premiers ils ont appelés les philistins, ils peuvent chanter ces poèmes, qui constituent l'essentielle et durable beauté des Carmina hurana^ ceux où ils décrivent leur vie libre, païenne, où ils recopient, en de nombreuses réj^liques, la superbe confession de Gautier de Lille :
In taberna quando sumus,
Non curamiis quid sit humus ''...
Entre eux, ils peuvent chanter leurs belles chansons à boire ;
Potatores exquisiti, Licet sitis sine siti •'...
entre eux, dire leur mépris de la société régulière :
Nunquam erit habilis Qui non erit instabilis,
Et corde jocundo
Non sit vagus mundo,