‹ Les fabliauxChapitre 213 sur 257 · Carm. bur.^ 63, p. 115. Comp. ibid · texte numérisé non relu

Carm. bur.^ 63, p. 115. Comp. ibid

Ecce pastores Abhomînantur Nec meditantur

Temcrarii, Opus manuum ; Curam ovium.

Fabulatorcs Lucra sectantur,

Vaniloquii... Amant otium,

Ces patenôtres comiques, ces Credo au rihaut de la poésie en lang-ue vulg-aire n'ont-ils pas leurs modèles dans les parodies de messes, d'évangiles, de psaumes, qui foisonnent dans les Garmina burana? Sequentia falsl evangeli secundum Marcam argenti...

Ces clercs ne se sont-ils pas même mêlés au « siècle »? N'avons-nous pas conservé d'eux de remarquables satires, qui ressemblent à nos bibles"} n'avons-nous pas conservé d'eux même des chansons de croisade i ?

Ce ne sont ici que de rapides remarques. Mais ces poésies latines me paraissent rendre compte, en tout ou en partie, de plus d'un caractère de notre vieille littérature française.

Elles expliquent d'abord, en une certaine mesure, le caractère international des inventions littéraires du moyen âge : ce sont parfois ces clercs qui les ont colportées à travers l'Europe.

Elles expliquent aussi, pour une petite part, l'introduction de l'allégorie dans notre poésie française. Bien avant Guillaume de Lorris, les goliards ont su familiariser les bourgeois avec les êtres de raison, pour avoir intimement fréquenté ces entités et ces quiddités aux environs de la rue du Fouarre.

De plus, l'hypothèse de Paulin Paris n'est-elle pas généralement admise aujourd'hui que ce sont ces moines manques, anciens latinistes, qui ont introduit dans la littérature universelle du moyen âge réj)opée animale, le Roman de Renart?

Enfin, elles expliquent quelque chose des fabliaux. Ce sont les goliards sans doute qui ont acclimaté dans les lettres profanes ces bons contes à rire qui fleurissent volontiers dans les cloîtres : le Prêtre aux mûres, le Prêtre qui dit la Passion, le Dit des Perdrix et VEnfant de neige^ dont on a de si anciennes formes monacales.

Surtout, ce trait caractéristique des fabliaux, cette haine des femmes, faite de mépris, de curiosité, de crainte, de désir -, ne s'explique-t-il pas plus aisément par les mœurs de ces moines manques que par les idées ascétiques des religieux bouddhistes ?

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