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Z. LES JONGLEURS. RUTEBEUF

Les clercs errants ne forment guère, nous l'avons dit, qu'une sous-famille parmi les jongleurs. Ce sont des jongleurs de profession qui, pour la plupart, sont les auteurs des fabliaux. Vingt d'entre eux, ou environ, nous ont laissé leur signature. Leur nom, leur province d'origine quelquefois, c'est tout ce que nous connaissons d'eux. En général, ils furent d'assez pauvres hères, semblables à ce Gautier, qui, avant de mettre « en rime fresche et novele » l'aventure du Prêtre teint i, nous raconte avec tristesse comment, à Orléans, il mangea et but son surcot et sa cotte ; comment l'hôte lui lit durement payer sa dépense et jusqu'au sel, à l'ail, au verjus, au bois :

Tel ostel as maiifez commant !

Et pourtant c'est cette plehs sine nomine, ce sont ces jongleurs inconnus dont la connaissance nous intéresse le plus.

Que savons-nous de ces vagues jongleurs, de ce Boivin de Provins, pauvre lecheor qui jouait de si bons tours aux filles, et du Barbier de Melun, « au visage fleuri comme un groseiller - »? Que savons-nous d'Eustache d'Amiens, de Courtebarbe au nom grotesque, de Colin Malet, d'Enguerrand d'Oisi, de ces Garins et Gantiers indistincts, qui se confondent les uns avec les autres? Que savons-nous de l'obscène Haiseau, d'Huon le roi, d'Huon Piaucele, d'Huon de Cambrai, de Milon d'Amiens et de tant d'autres qui ont vécu en contant « pour la gent faire rire » ? Ils sont relégués aujourd'hui au fond des appendices '^ ; tout ce que nous savons d'eux ne pourrait défrayer la dissertation inaugurale d'un étudiant allemand. Ce sont eux pourtant qui ont répandu ce genre des fabliaux, et qui en furent les responsables colporteurs. Je dirai donc leur biographie collective, ce que la société de leur temps a fait d'eux. — Certes, les textes qui seront ici réunis ne sont guère nouveaux. Souvent ^, déjà, on les a grou-

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