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Rutebeuf, éd. Kressner, p

3. Nous avons dit, à l'appendice III, le peu que nous pouvons savoir de ces jongleurs.

4. Ils viennent d'être tous habilement groupés à nouveau et utilisés par M. Léon Gautier dans l'importante étude sur les jongleurs qui occupe, presque tout entier, le tome II de ses Epopées françaises.

pés, mais pour s'amuser de leur vie errante et poétique, jiour montrer le pittoresque de leur débraillé. Voyons si nous n'en jDOurrons pas tirer quelque plus haute, plus triste conclusion.

Quelle vie ont-ils menée? Ils ont suivi la route bohémienne, celle des truands et des ribauds, par le froid, la faim, la misère. Lequel d'entre eux ne pourrait prendre pour lui cette belle et triste plainte de Rutebeuf ?

Ribaut, or estes vous a point !

Li arbre despoiiillent lor brandies, Et vous n'avez de ro]:)es point, Si en avrez froit a vos hanches !

Quel vous fussent or li pourpoint.

Et li sorcot fourré a manches !. . .

Vostre soler n'ont mestier d'oint :

Vous fêtes de vos talons planches !

Les noires mouches vous ont point :

Or, vous repoinderont les blanches ^ !

Ils ont rimé, en foule, des vers mendiants et spirituels. Je ne dis pas seulement des vers comme Colin Muset : Colin Muset, ce Clément Marot du xiii^ siècle, est un heureux, un aristocrate parmi les ménestrels. Mais combien de ces poètes crient la faim et demandent non pas, comme Colin, « un beau don par courtoisie », mais simplement « une maille, un petit sou, par charité » ? « Quelquefois, dit l'un d'entre eux, on me donne bien une cotte, un garde corps, un liérigaut ; plus souvent, quatre, trois, deux deniers ; mais je suis celui qui ne refuse monnaie ni maille... Car que ne peut-on avoir, pour une maille? On peut avoir du poivre ou du cidre, du bon charbon, des aiguillettes d'acier, ou une potée de vin, ou de quoi se faire raser, ou de quoi voir danser les singes ou les marmotes, ou une grande demi-livre de pain '... »

Certes, aux yeux des bourgeois d'alors, le jongleur mérite sa misère, car il est rongé par trois vices : la taverne, les dés, les femmes . A peine a-t-il gagné quelque surcot ou quelque maille, quelle tentation, s'il vient à passer, ce pauvre irrégulier de la

1. Le dit des rihauz de Greive, Rutebeuf, éd. Krossnor, p. 98.

2. Dit de la maaille, Jongleurs et Trous'ères, p. 101, ss. Comparez à ces pièces niondianles Le ménestrel honteux, Jubinal, OEuvres de Rutebeuf t. I, p. 3il-4.

vie, devant une taverne ! Selon l'usage du temps \ le A^alet d'auberg-e est là, sur le pas de la porte, qui le huche et le raccole. Il entre. Et là, d'autres ennemis l'attendent, les dés surtout : (( les dés l'occient, les dés le guettent et l'épient; les dés Tassaillent et défient'-... » Certes, il les déteste de maie haine. Que d'imprécations n'a-t-il pas rimées contre eux! C'est le diable qui a ordonné à un sénateur de Rome, lequel lui avait vendu son âme, de fabriquer un petit cube d'ivoire et d'or et d'y peindre des points : la face du dé qui porte un seul point signifie le mépris de Dieu ; les deux points, le mépris de Dieu et de la Vierge ; les trois points, le mépris de la sainte Trinité ; les quatre points, le mépris des quatre évangélistes ; les cinq points, le mépris des cinq plaies du Sauveur; les six points, le mépris de l'œuvre des six jours 3. Mais quoi! Les dés l'ont « engignié », ensorcelé : il joue ! Quand il a bien perdu, bien bu, bien acointé Mabile, Manche-Vaire ou Porrette, il faut quitter cette taverne; il faut y laisser en gage sa robe, ses chausses, ses souliers, sa vielle, ou, faute de mieux, sa parole de jongleur... Le voici sur la grand'route, et le vent souffle sur ses membres nus :

Ne voi venir avril ne mai !

Vez ci la glace !

1. Voir les vers charmants de Cortois d'Arras, Méon, I, p, 361-2 :

Ça est li bons vins de Soissons,..

Sor la verde herbe et sor les jons, Fet bon boivre privéement...

Ceenz sont tuit li grant délit, Chambres paintes et souef lit...

Letuaires et eve rose...

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