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Hutebeuf, La Griesche d' Yver, v. 55, ss

3. Jubinal, N. R., II, 229, cf. le dit des Marcheanz, MR, II, 29 : « Que Dieu protège les marchands.

Et si les desfende du dé Qui maintes fois m'a desrobé ; Encor ne sui pas enrobés, Quant par le dé sui desrobés ; Se Deu plaist, je m'enroberai, Et aus marcheanz conterai Des diz noviaus, si liement Qu'ils me donront de lor argent.

Cf. Estormi, MR, I, 19, v. 282, ss. ; voir une partie do tremerel dans le fabliau du Prestre et des deux vibauz, MR, III, 62 ; une autre dans Saint Pierre et le jongleur, MR, Y, 117.

Bédier. — Les Fabliaux 2i

Et toute sa vie, toute sa conception de la destinée se résume en ces vers macaroniques, certainement dus à quelque goliard * :

Femmes, dés et taverne trop libenler cola ;

Jouer après mengier cum deciis volo,

Et bien sai que li dé non sunt sine dolo.

Una vice m'en plaing, une autre fois m en lo...

Omnia, sunt hominum tcnui pendentia filo !

Ou sont mi vestement, nmice, si quœris^

Bëu sont au bon vin in tempore veris. .

Il me pesoient trop in nieis humeris !

Or defauch de tos biens communs et prosperis :

Tempora si fiierint nubila, solus eris!

Parfois, ces pauvres hères ont senti le pittoresque de leur vie indépendante ; ils ont su se draper noblement dans leur manteau troué. Tel ce jongleur d'Ely, qui, après avoir amusé et ^abé le roi d'Angleterre comme un Triboulet, entonne cette sorte de chanson des gueux - : « Par saint Pierre, sire roi, je vous dirai volontiers ma manière de vivre. Nous sornmes plusieurs compagnons qui mangeons de meilleur cœur là où nous sommes priés, que là où nous payons notre écot; qui buvons plus volontiers assis que debout, et de préférence dans de gros et grands hanaps ; et qui volontiers voudrions être riches, mais nous n'avons cure de travailler...; et qui voudrions bien emjDrunter toujours et rendre le plus mal possible... ; et qui dépensons à un dîner plus que nous ne pouvons gagner en un mois ; et qui nous plaisons encore à acointer les belles dames... Voilà notre ribaudie. Sire roi, or me dites

Si nostre vie est bonne assez ».

Telles se dessinent les figures de ces jongleurs, fines et vicieuses, dignes des estampes de Callot, telles qu'on en voit passer dans le Roman comique. Ils sont bien les ancêtres de Pierre Gringoire, de maître Pierre Faifeu, de Panurge, de maître François Villon.

1. Méon-Barbazan, IV, p. 485, ss. L'attribution de cette amusante pièce à un goliard repose sur ces vers (v. 72) :

Qijii arien si le gart, soit vieus, so\t jnt^ejiis ; Ne li praigne pas faim istius ordinis..^

2, MR, II, 52, Le Jongleur d'Ely, passim.

Quelle place leur faisait la société d'alors? Dans leurs pérégrinations des foires aux châteaux, ils ne suivaient pas cette voie triomphale, que l'on a si souvent et si complaisamment décrite. Ils ne gagnaient pas toujours, dans les manoirs féodaux, « l'admiration enthousiaste des barons, leurs manteaux d'hermine, leurs coupes d'or et, par surcroît, l'amour de la châtelaine ». — « Quand j'arrive dans un château, nous dit l'un de ces poètes, j'y suis reçu par deux sergents : l'un s'appelle Grognet et l'autre Petit. Petit est cuisinier, sénéchal et bouteiller; Petit fait faire les petits hanaps et les petits pots :

Grognet m'assied au feu qui fume, Grognet ferme l'huis et la porte, Grognet laide nape m'aporte ^ ...

Mal reçus, souvent chassés, ils reviennent toujours, comme des chiens fouettés, effrontés et rampants :

J'ai mainte parole espandue, Et mainte maille despendue, El dedans taverne et en place ; Encor ferai, oui qu'il desplace :

Car s'on me chace, je fuirai, Et s'on me tue, je morrai 2...

C'étaient des résignés, pourtant, comme le montrent ces petits vers. La résignation est la vertu la plus facile au moyen âge; c'est la grâce d'état de cette époque qui se croyait immuable. Or, comme chacun sait, les hommes sont, de toute éternité, divisés en trois classes : c'est la théorie des trois ordres. Il n'y a que trois manières de gens, clercs, chcA^aliers. ouvriers de terre : les vilains pour travailler, les nobles

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