Le dit des Boulengiers, Jongleurs et trou\>ères, p
3. Voir, sur cette division, P. Meyer, Romania^ III, 92, et XII, p. 15; voir aussi une amusante parodie de ces principes dans la Consultatio sacerdotum, p. p. Wright, Latin poems...., p. 179, v. 169. C'est une discussion entre vingt prêtres et moines, sur le vœu ecclésiastique de chasteté :
Quod papa concesserat, quis potest vetare ? Guncta potest solvere unus et ligare.
Laborare rusticos, milites pugnare Jussit, ac prxcipue clericos aniare.
pour se battre, les clercs pour prier ^. Dieu a réparti en conséquence les biens de ce monde : il a assigné les terres aux chevaliers, les aumônes et les dîmes aux clercs,
Puis asena les labourages
Aus labourans, pour labourer...
Mais les jongleurs? quel est leur lot? Un fabliau ajoute à la Genèse ce mythe plaisant : Dieu s'en allait, aj^ant fait ce beau partage, et se complaisait en son œuvre, quand il vit venir une troupe bizarre d'hommes et de femmes, qu'il ne connaissait point. « Qui est-ce? » demanda-t-il à saint Pierre. — « C'est une gent sorfete, » répondit le saint, c'est-à-dire une race faite par dessus le marché, par mégarde. « Ce sont des jongleurs ^ et des femmes ribaudes. Ils demandent leur part des biens terrestres. » Et Dieu fut très embarrassé, n'ayant plus rien à distribuer. Il s'en vint vers les chevaliers, et il leur dit : « Je vous donne les jongleurs, pour que vous leur procuriez le nécessaire. » Puis il s'en vint vers les clercs et il leur dit : «. Je vous donne les femmes ribaudes pour que vous leur procuriez le nécessaire. » Depuis, les clercs se conforment respectueusement aux volontés divines, car ils donnent aux truandes pelisses chaudes, doubles manteaux, doubles surcots. Mais les chevaliers ont méconnu les intentions du Seigneur, car ils ne donnent aux jongleurs que de « viens drapiaus » et de méchants morceaux, qu'ils leur jettent, comme à des chiens. C'est pourquoi les clercs seront sauvés, et les chevaliers damnés...
Mais où iront les âmes des jongleurs? Toutes au ciel, comme chacun sait, depuis que l'un d'eux -, commis à chauffer la chaudière de l'enfer, a perdu contre saint Pierre, au jeu de dés, les âmes confiées à sa garde, depuis que Lucifer l'a chassé vers Dieu « qui aime joie », et que tous les démons ont juré de ne plus apporter en enfer d'âmes de jongleurs. — C'est pourquoi, confiants en la vie éternelle, ils conservent précieusement quelques légendes pieuses dont s'honore leur corporation, et
1. Le texte dit des lecheors. Mais est-il besoin de marquer qu'il ne peut être question que de jongleurs? Le fabliau ne signifierait rien, s'il s'agissait de ribauds quelconques.