V. Léon Gautier, Les Epopées^ t. I, p
3. Y. Freymond, loc. cit., p. 23, et ci-dessous, le paragraphe consacré à Jean do Condé et à Watriquet Brassenel.
4. Voyez la liste de ces inconnus, dressée par M, Léon Gautier, Epo/fées françaises, t. I, p. 219, ss.
Il set chançons, sonnez et fables.
Il set d'eschez, il set de tables, Il set d'arbalestre et d'airon <.
Dans les fôtes, Tun danse des éperons, l'autre saute à travers un cercle..., celui-ci tire son épée nue et s'appuie des poings sur le tranchant, et d'autres « ovrent de nigromance - ». Mimi^ salii vel saliares, balatrones, aemiliani^ (jladiatoreSy palaestrini, gignadii, malefîci quoque et tota joculatorum tiirha procedit •^. Dans cette « joculatorum turba », on ne sait pas s'il ne faut pas comprendre aussi des poètes. Dans la dissertation de M. Freymond, les exemples se pressent, abondent. Mais en est-il un plus frappant, je dirai plus douloureux, que le débat des Deux bordeors rihauz?
Deux jongleurs s'y renvoient de plaisantes injures et chacun d'eux vante sa marchandise.
L'un d'eux nous dit qu'il sait chanter (il exagère, il est vrai) les gestes de Guillaume d'Orange, de Rainoart au tinel, d'Aïe d'Avignon, de Garin de Nanteuil, de Vivien, de Gui de Bourgogne, etc., c'est-à-dire qu'il est le porteur des plus belles traditions épiques. Il sait encore chanter Perce val, Floire et Blancheflor, c'est-à-dire les plus nobles légendes d'amour du moyen âge.
Et que sait-il encore? 11 sait saigner les chats, ventouser les bœufs, couvrir les maisons d'œufs frits, faire des freins pour les vaches, des gants pour les chiens, des coiffes pour les chèvres, des hauberts pour les lièvres, si forts qu'ils n'ont plus peur des chiens.
Et l'autre, que sait-il ? Il sait jouer de la muse, des fretiaiis, de la harpe, de la rote, parler de chevalerie, blasonner les armes des seigneurs, et aussi faire des tours de passe-passe, des enchantements, dire l'histoire des Lorrains, d'Ogier et de Beuvon de Gommarchis, et encore « porter conseils d'amours », et conter pêle-mêle des romans de la Table Ronde et des fabliaux :
Si sai de Parceval Testoire, Et si sai du Provoire taint, Qui od les crucefiz fu painz...
1. Texte de Gaulior de Çoincy, cité par Freymond, op. cit., p. 3'*.