JACQUES DE BAISIEUX. JEAN DE CONDÉ
Mais voici qu'au début du xiv^ siècle les jongleurs nomades tombent en discrédit ; de plus en plus les grands seigneurs se plaisent à s'entourer de poètes familiers, attachés à leur personne. Au cours du xiii^ siècle, on ne saurait guère nommer, sinon à titre de raretés, des trouvères qui aient passé leur vie entière dans quelque noble cour, au service régulier, officiel de tel comte, de tel prince. Adam de la Halle suit Robert d'Artois à Naples ; Thibaut de Champagne débat ses jeux-partis avec quelques ménestrels favoris ; mais ce ne sont que fantaisies exceptionnelles de princes lettrés. Au contraire, dès le commencement du XIV® siècle, l'exception devient la règle : dans les riches châteaux, auprès des fauconniers et des hérauts d'armes, vivent à demeure les ménestrels.
La dignité du métier s'en accrut aussitôt. Les ménestrels, bien pourvus, devenus de véritables gens de lettres, avec toutes les vanités inhérentes à la profession, se prirent à mépriser, comme il sied à des parvenus, leurs confrères nomades. Il y eut une curieuse période de transition ^, où ils luttèrent contre la
1. Sur laquelle nous sommes renseignés par nombre de petites pièces, telles que le Dit des Tahoureors, le conte des Hiraus (Baudoin de Condé, éd. Schéler, p. 153), le Dit du fol Ménestrel (Watriquet de Couvin, éd. Schéler, p. 367), etc..
Concurrence des jongleurs errants. Ces gueux sans gîte osaient encore parfois forcer la porte des châteaux? ils n'étaient que de (( faus ménestrels », avec qui c'était injure de les confondre :
...L'uns fait l'ivre,
L'autres le chat, li tiers le sot K..
Jamais ils ne devraient « entrer en une haute cour » ;
Touz princes et tous hauz barons Doivent tiens bourdes eslongier 2 !
Arrière, ces « enchanteurs, entregeteurs et joueurs d'arbalestriaus ^ » ! Place « aux grands ménestrels, maistres de leur menestrandie ^ » !
Parmi ces « grands ménestrels » , nous trouvons encore quelques auteurs de fabliaux. Ils sont les derniers qui en aient rimé. Pourquoi? Examinons rapidement leur œuvre : nous y verrons peut-être les causes de la ruine du genre.
Ce sont : Watriquet Brassenel de Couvin, ménestrel du comte de Blois et du connétable de France, Monseigneur Gaucher de Ghatillon ; il écrivit ses vers dans le premier tiers du xiv*^ siècle ^^ ; — Jacques de Baisieux, qui vécut sans doute à la même époque et de la même vie de poète officiel ^ ; — Jean de Gondé, dont le père Baudouin fut lui-même un illustre ménestrel ^. Jean dut hériter de sa charge paternelle à peu près comme plus tard Glé-