Les trois Estais du Monde (II
au couronnement de Reims, que nous sommes loin des faméliques jongleurs d'antan !
Ces ménestrels ont charge de décrire aux chevaliers leurs devoirs : voici le Miroir aux dames et voici le Miroir aux princes ^. En leurs sermons versifiés, ils enseignent au jeune bachelier les vertus des nobles, la courtoisie ^, la gentillesse ^, la franchise ^, la largesse; ils s'érigent en arbitres des élégances mondaines, blâment les modes nouvelles, « ces courtes manches et ces grands chaperons à large coquille ^ ; » ils enseignent comment on peut atteindre à la cointisc ^, qui est l'élégance du costume et des manières, sans tomber pourtant dans son abus, qui est la jniffnotise. Ils mettent en garde le chevalier nouvellement armé contre les faux conseillers et ces favoris qu'ils appellent les mahommés "^ ; contre l'orgueil et ses quatre cornes, lesquelles sont : cuidier valoir^ cuidier savoir, cuidier pooir^ cuidier avoir ^. Ils lui définissent ses devoirs : comment il doit maintenir l'ordre de chevalerie, soutenir l'Eglise, « en bon trésorier de la foi ^, défendre la gent menue ; » se comporter hardiment dans les trois métiers d'armes, qui sont la joute, le tournoi, la bataille ^O; ils lui redisent en vers sonores comment il doit, dans la fumée des chevaux, le martelëis des épées, le bruit des tambours et des trompes, demeurer ferme comme une tour, le bras plus léger que des ailes d'émerillon et le poing plus dur que pierre d'aimant, faisant castel de son écu, et tour de son heaume ^^. Ils lui expliquent le symbolisme mystérieux des diverses parties de son armure, la signifiance du tranchant, du pommeau, de la croix de son épée et celle des cérémonies de V adoubement.
1. C'est le titre de deux poèmes de Watriquet {n^^ I et XVII).