‹ Les fabliauxChapitre 239 sur 257 · V. Le Chevalier QUI FAISAIT PARLER les muets (VI, 147; VI · texte numérisé non relu

V. Le Chevalier QUI FAISAIT PARLER les muets (VI, 147; VI

153). — V. dans les Gesamintabenteuer le conte intitulé der

weisse Rosendorn, et les notes de l'éditeur (III, p. 5, ss.). Cf. Germania, I, 202.

W. Le Chevalier, sa dame et un clerc (II, 50). — V. cidessus, la Bourgeoise d'Orléans.

X. Le Chevalier qui fist sa femme confesse (I, 16). D'après Dunlop-Liebrecht [Anmerkungen, 315, p. 490), l'idée première du conte se retrouverait dans le roman de Flamenca. Il est inutile de réfuter cette erreur. Comparez le Liedersaal de Lassberg", die Beichte^ XXIII, p. 247. — Exempla of Jacques of Vitry, p. p. Crâne, 1891, Keller, Erzahlungen aus altd. Hss., p. 383, von deni man der beicht der frawen. — Cent nouv. nouv., IS^. — Wendunmuth^ éd. OEsterlej, 3, 2i5 [Betrug einer falschen fraiven) et les nombreuses notes de l'éditeur; — (renvois à la Scala cœli^ à Bandello, Doni, Malespini, Pauli, H. Sachs, etc.). Il est à peine utile de rappeler les contes de Boccace (VII, 5) et de La Fontaine. Il y a dans M. Landau [Quellen des Dekanierone, p. 127-8) des rapprochements trop généraux et incertains. V. encore dans le Catalogo dei novellatori in prosa (Livourne, 1871, n^ 28), par G. Papanti, l'indication d'une nouvelle italienne du moyen âge, semblable au fabliau.

Y. Le Clerc caché derrière l'escrin (IV, 91). — Cent nouvelles nouvelles (34«). — Morlini Novellae, éd. de la Bibl. elzévirienne, 1855, p. 62, nov. XXX. Cette nouvelle a été traduite de Morlini ou d'un modèle commun par le sieur d'Ouville, Elite des contes, éd. Ristelhuber, XXXVI, p. 84. — Roger Bontemps en belle humeur, Cologne, 1708, t. II, p. 149. — Aux rapprochements de MM. de Montaiglon et Raynaud, Aug. Scheler, dans son édition de Jean de Condé, ajoute des renvois aux Facetiae Frisclilini* et aux Joci ac sales Ottomari Luscinii*.

Z. Le Pauvre clerc (V, 135). — Ce joli fabliau se diversifie chez les divers conteurs en un certain nombre de récits, égale-

ment ingénieux (Ze soldat devin, le Soudan de Babylone^ etc.). Il a été, à plus d'une reprise, étudié par les collecteurs de contes et j'indique ci-après où l'on pourra trouver des listes de références.

— V. de nombreux rapprochements dans les Gesammtahenteuei' j III, 61 ; dans Dunlop-Liebrecht, des renvois à des j)oèmes anglais [anmerk., 277a) ; dans la Germania, I, 263 (Liebrecht) ; — Kel- 1er, Fastnachtspiele, p. 1172, ss., von einem varnden Schuler ; cp. Germania*^ XXXVI, 22. — Le sieur d'Ouville, Elite des Contes, éd. Ristelhuber, p. 109, n^ XLV. Ristelhuber donne une longue liste de variantes. — Les trois récits dont voici l'indication ne sont que des copies de d'Ouville : Roger Bontemps^ éd. de 1708, p. 51 ; Nouveaux contes à rire ou récréations françoises^ Amsterdam, 1741, p. 171 ; Contes nouveaux et plaisans par une société, 1770, p. 109. — Ajoutez, pour la forme du Soudan de Babylone, le Facétieux réveil-matin des esprits mélancoliques, Louandre, Conteurs français du XVII^ siècle, t. II, p. 22. Cf. le Sottisier de NasrEddin Hodja, bouffon de Tamerlan, éd. Decourdemanche, 1878, n^ 173. — D'Ancona, Novelle inédite di Giovanni Sercambi, n° 5, de Vana Luxuria, et les notes, p. 67, ss. — Les versions les plus voisines du fabliau sont fournies par un conte populaire lorrain, le Corbeau^ n^ 79 de la collection de M. Gosquin (v. les notes) et, sous une forme grossière et inintelligente, par un conte araméen, erd neu-aramaische Dialekt des TurAbdîn^ von E. Prym und A. Socin^ Gôttingen, 1881, t. II, p. 293.

Aa. Constant du Hamel (IV, 106). — Gesammtabenteuer, III, 62; V. les notes de l'éditeur. — Novelle édite ed inédite di ser Giovanni Forteguerri, Novella 8, Bologne, 1882, p. 177. — A. Coelho, Contos popolares portuguezes, Lisbonne, 1876, n^67.

— Constant du Hamel se trouve combiné avec le Prestre crucifié dans un récit recueilli à Vais par E. Rolland, Romania, XI, p. 119. — La même contamination apparaît dans les Contes érotico-philosophiques de Beaufort d'Auberval. — La vengeance d'Isabelle^ contes en vers de Félix Nogaret, 5® édition, 1810, p. 164; ce n'est, comme il résulte d'une note de l'auteur, qu'un simple rajeunissement du fabliau. — On peut enfin rapprocher, mais malaisément, les aventures de Spinelloccio et de Zeppa dans le Décaméron, VIII, 8, — Pour la vengeance que le mari

prend siir les femmes de ceux qui le déshonorent, v. die Wiederverffeltuiiff, p. 387 des Erzâhlungen ans altd. Hss. gesammelt durch A. von Keller.

Ce fabliau est représenté en Orient par un conte des Mille et une nuits (496'^ nuit du texte tunisien du xvi® siècle ; l'édition de Breslau l'a supprimé. L'analyse que je donne est faite d'après la Fleur lascive orientale, Oxford, 1882, p. 10). Ce conte arabe peut-il prétendre à remonter jusqu'à Flnde? Je l'ig-nore et j'en doute. Quoi qu'il en soit, comparons les deux versions, pour décider si l'une d'elles peut être considérée comme la forme mère.

FORME SCHÉMATIQUE DU CONTE, QUI s'iMPOSE A TOUT CONTEUR.

Une honnête femme, poursuivie par les obsessions de plusieurs galants, leur donne rendez-vous chez elle pour le même soir, mais à des heures différentes. Elle les reçoit successivement, mais les force à se cacher presque aussitôt, sous prétexte que le mari revient. Il arrive en effet, et, mis au courant par sa femme, il les maltraite.

TRAITS ACCESSOIRES QUI SONT DE l'aRRITRAIRE DES CONTEURS

Dans les Mille et une Nuits

a) Au retour du bain, une jeune femme est accostée successivement par un cadi, un receveur général des impôts du port, un chef de la corporation des bouchers, un riche marchand.

b) Elle leur fixe rendez-vous à tous quatre, chemin faisant et sans plus tarder.

c) Elle prévient son mari, qui assistera d'un cabinet voisin aux scènes qu'elle prépare.

Dans le fabliau de Constant du Hamel

1) Longues persécutions haineuses que font subir au vilain Constant du Hamel un prêtre, un prévôt, un forestier, pour se venger d'avoir été rebutés par sa femme, Ysabeau. Comment ils réussissent à le ruiner. — Ce sont des fonctionnaires, si l'on me permet cet anachronisme d' expression , qui abusent de leur pouvoir. Il n'en est pas de môme dans les Mille et une Nuits.

m) Ysabeau, après avoir pendant de longs jours pâti de l'amour de ses persécuteurs, leur envoie sa chambrière à tous trois, pour leur fixer des rendez-vous, à condition qu'ils apporteront force deniers.

n) Constant est absent du logis et n'apprendra que plus tard l'heureuse ruse de sa femme.

d) Elle reçoit le cadi qui vient à l'heure de la prière (plaisante infraction à ses devoirs!) Il lui donne un chapelet de perles. Elle l'affuble, sous prétexte de le mettre à son aise, d'une longue veste de mousseline jaune et d'un bonnet jaune. A peine se sont-ils assis au souper qu'on frappe. « — Mon mari ! » Le cadi est caché dans un cabinet.

e) Le receveur des impôts arrive porteur d'une cassette de bijoux.

Elle l'affuble, toujours pour le mettre plus à son aise , d'une jaquette rouge trop courte et d'un bonnet de mousseline à pois noirs.

Il va rejoindre le cadi dans le cabinet.

f) Les deux autres galants sont à leur tour revêtus de costumes ridicules et se rejoignent dans le cabinet.

g) Scène de tendresse conjugale.

h) Le mari demande à sa femme :

(( N'as-tu fait aucune rencontre au retour du bain? — Si, j'ai trouvé quatre vieilles créatures grotesques, que j'enverrai chercher demain pour te divertir. » Comme il insiste pour les voir sur l'heure, elle les fait sortir du cabinet, l'un après l'autre.

i) Le mari force le cadi à lui conter une histoire, à lui jouer du tambour, à danser avec des grimaces. — (( Sur ma foi ! dit le mari, je croirais volontiers que c'est le cadi ! Mais je sais qu'il médite actuellement sur la jurisprudence ! » Le cadi danse jusqu'à épuisement. On lui fait boire un verre de vin (nouvelle infraction à ses devoirs), et on le chasse.

j) De môme pour les trois autres.

o) Ysabeau reçoit le prêtre, qui lui apporte une ceinture pleine d'or. Elle le fait mettre au bain ; l'heure du rendez-vous donné au prévôt arrive : il frappe en effet à la porte. Le prêtre se réfugie de son bain dans un tonneau plein de plumes.

p) Même scène que ci-dessus pour le prévôt, qui rejoint le prêtre dans le tonneau aux plumes.

q) De même pour le forestier.

r) Constant revient, porteur d'une grande hache.

s) Ysabeau met alors son mari au courant de sa ruse, et lui conseille de se venger sur les trois femmes du prêtre, du prévôt, du forestier.

t) Vengeance prise sur les trois femmes, les galants voyant la scène de leur tonneau, et se raillant les uns les autres.

u) Constant met le feu au tonneau. Les trois amoureux s'enfuient par les rues, sans autre vêtement que les plumes attachées à leur corps.

Tous les chiens du villas^e se mettent ;\ leurs trousses, ameutés par (Constant du Ilnmel.

Ainsi, les deux versions ne présentent en commun que les traits accessoires que voici : d'abord, dans l'une et dans l'autre, les amoureux apportent des présents; mais, comme ils ne pouvaient raisonnablement se flatter de se dispenser de cette galanterie, il n'y a pas lieu de s'arrêter longuement à cette coïncidence des deux récits. En second lieu, les amants se retrouvent, dans les deux versions, cachés dans le même réduit. Mais ce trait est si naturel que j'ai hésité si je ne devais pas le considérer comme un des traits constitutifs du conte, sous sa forme w. S'il n'appartient pas à l'inventeur premier du conte, un nombre indéfini de conteurs indépendants le réinventeraient sans peine.

Donc, les deux versions sont admirablement motivées, mais elles le sont différemment : à tel point qu'elles s'expriment par des formules toutes différentes, et nullement comparables :

La forme orientale par w -j- a, b, c, f/, e, /*, g^ /i, i, j ...

La forme occidentale par w + /, m, n, o, /), q, r, s, t, u...

Elles sont comme étrangères l'une à l'autre : ni celle-ci, ni celle-là ne peut prétendre à aucun droit de priorité logique.

Le Gonvoiteux et l'envieux (V, 135). — Ce conte se trouve aussi dans les Enseignemens Trehor* v. His. litt., XXIII, 237, où divers rapprochements sont indiqués. — Pauli, Schimpf und Ernstj p. 546, n^ 647, où, donnant une longue liste de références, OEsterley confond plusieurs contes distincts. — Grane, Excmpla of Jacques de Vitry, n^ CXGVI ; — U Avare et V Envieux, Contes en vers par F. Nogaret, auteur de l'Aristénète français, p. 169; c'est le fabliau, tristement défiguré. — Contas tradicionaes do Povo portuguez, n^ 154, o odio endurecido (v. les notes de Braga, t. I, p. 230). — Les rapprochements de Grane avec la Surnma Virtutuni ac Vitioruin, la Summa predicantium, le Promptuariuni exemplorum^ le Magnum spéculum exemplorum, le libro de los Exemplos, etc., etc., prouvent que cette historiette était l'un des exemples favoris des prédicateurs du moyen âge.

Les histoires orientales rapprochées par Benfey, Fiante hatantra, § 112, 7 et § 208, p. 498, ne sont point similaires, comme l'a déjà noté M. Grane. — Sur le rôle de St-Martin, comparer le fabliau des Quatre souhaits Saint Martin, et nos remarques à propos de ce conte.

Ba. Le Guvier (I, 9). — Je ne connais d'autre similaire à ce fabliau que le poème des Gesaramtabenteuer ^ der Ritter unterm Zuber^ par Jakob Appet, II, XLI. Le célèbre récit d'Apulée et ses dérivés n'ont que le titre de commun avec les fabliaux. Le conte des Délices de Verhoquet le Généreux rapproché par V. der Hagen est également tout différent. La comparaison inexacte de notre fabliau avec le Décaméron^ VII, 2, a encore été reprise récemment par M. Licurgo Cappelleti, dans ses Sf,udi sul Decameron, Parme, 1880, p. 412-7.

Ca. La Dame qui fist battre son mari (IV, 100). Voyez cidessus, la Bourgeoise d'Orléans.

Da. La Dame qui fist son mari entendant qu'il sonjoit (V, 124). — Voyez chapitre VI.

Ea. Les trois dames qui troverent l'anel (I, 15; VI, 138). — Nous avons eu l'occasion d'énumérer ailleurs (chapitre VIII) les vingt-deux versions que nous connaissons de ce conte. Outre ces versions, les quatre histoires contenues dans nos fabliaux [les Poissons^ le Moine., le Mari paranymphe, la Chandelle) vivent d'une vie indépendante, distincte, dans un certain nombre de recueils de contes que nous allons rappeler ici.

1^ Les Poissons. — Je ne puis citer aucune forme indépendante de ce récit, qui ne reparaît, à ma connaissance, que dans le Liedersaal de Lassberg. C'est à tort que Liebrecht et M. Rua l'ont identifié avec un conte de la Russie Méridionale p. p. Roudtschenko ; nous avons eu l'occasion, dans notre étude sur le fabliau des Tresses (chapitre VI), d'analyser ce conte russe ; si l'on veut bien s'y référer, on verra qu'il n'a aucun rapport avec le récit de nos fabliaux, sinon celui-ci : dans l'iin et dans l'autre, il est question d'un plat de poissons. Par contre, on doit remarquer l'identité du conte populaire russe avec le 2^ récit du 7*^ Sage du Sj/ntipas.

2° Le Moine. — Ce conte vit d'une vie indépendante chez Jacques de Vitry (ex. GGXXXI, éd. Grane) et chez Etienne de Bourbon (n"^ 458, éd. Lecoy de la Marche). M. Grane ajoute (p. 227) plusieurs références à des recueils d'exempla. — Liebrecht [Zur Volkskunde^ loc. cit.) indique comme parallèle au récit de notre fabliau, un conte tiré du Mahàkàtjàjana [Méni,

de VAc. de St-Pétersbourg, VHP' série, t. XXII, n« 7, p. 28, ein cyclus huddistischcr Erzlihlungen initgetheilt von A. Schiefner). Vérification faite, voici le conte très peu intéressant dont il s'agit : la femme du Brahmane Purohita a parié qu'elle persuaderait à son mari de faire raser sa chevelure. Elle lui dit, en effet : « Un jour que tu étais appelé devant le roi, j'ai fait vœu que, si tu étais bien accueilli par lui, j'offrirais tes cheveux aux dieux. » Purohita, par bienveillance conjugale, consent en effet, pour accomplir le vœu de sa femme, à se faire raser. — On peut juger par là si nous avons eu raison de ne pas ranger le conte du mari fait moine au nombre des fabliaux attestés dans l'Orient.

S*' Le Mari paranymphe. — J'intitule ainsi, avec M. Giuseppe Rua, le récit du fabliau anonyme. Il est obscur et mal conté. Je n'en connais pas de semblable, à moins qu'il ne faille reconnaître le même conte dans cette insuffisante analyse que donne P. Lerch d'un récit de la version arménienne des Sept Sages : a Le septième jour, l'impératrice racontç l'histoire de ce roi qui, sans le savoir, donne sa propre femme en mariage à l'amant de celle-ci ».

4° La Chandelle. — C'est le 3<^ récit du fabliau d'Haiseau. V. les nombreux rapprochements donnés par Liebrecht [loc. cit.)

Fa. La Dame qui se venge du chevalier (VI, 140). — L'épreuve que la dame fait subir au chevalier : (Croitriez vos noiz?) se retrouve dans un conte allemand, « von dem ritter mit den niizzen. » Gesammt.^ II, XXXIX. Le poète allemand a voulu le rendre un peu moins immoral et l'a fait inintelligible ; je ne l'ai bien compris qu'en le comparant au fabliau, en 1890, lorsque MM. de Montaiglon et Raynaud publièrent le poème français au tome VI de leur collection. Le conteur allemand a contaminé ce récit et le Dit du Pliçon.

Ga. La dame qui aveine demandoit por Morel (I, 29). — Comparez le fabliau de la Pucelle qui abreuva le poulain (V, 107), et le fabliau, moins prochement apparenté, de VEscureuil (V, 121). Ce conte était assez populaire au xin<^ siècle pour qu'on y pût faire des allusions très rapides, comprises pourtant : voyez le dit^. p. MR, II, 40. — Au xvi® siècle encore, il était compris à demi mot, comme une grivoiserie qu'une

simple allusion suffisait à rappeler; en effet, v. la chanson XXVI de Clément Marot (éd. de 1577) :

En entrant dans un jardin, Je trouuay Guillot Martin Avecques s'amie Heleine, Qui vouloit pour son butin, Son beau petit picotin Non pas d'orge ne d'aveine, etc.

Comparez les KpoTuiàoia, t. I, n° XXXVI. Dans ses notes (p. 206), l'éditeur anonyme compare entre eux les trois fabliaux ci-dessus énumérés, et plus loin (p. 223-233) il étudie longuement les variantes de ces contes. Ajoutons ces quelques rapprochements : D'un nouveau marié^ Nouv. contes à rire et récréations françoises, Amsterdam, 1741, t. II, p. 71. — Un conte, non semblable, mais analogue : Chacun a le sien, dans le Petit neveu de Boccace, Amsterdam, 1777, p. 118. — Une forme amusante, celle du Trompette qui sonne ville prise, se trouve dans les Délices de Ver hoquet le Généreux, p. 7, et dans le Facétieux réveille matin des esprits mélancoliques. V. Ch. Louandre, Chefs-d'œuvre des conteurs français contemporains de La Fontaine, 1874, p. 21.

Ha. La Damoiselle qui ne pooit oïr (III, 65). La Damoiselle QUI n'oï parler... (V, III). — V, pour ces fabliaux, les Kpjxxac'.a, t. I,p. 206, et les Novelle del Mambriano, p. p. Giuseppe Rua. p. 61.

la. L'enfant de neige (I, 14). — Ce fabliau célèbre serait-il une plaisanterie d'esprit fort destiné à combattre une superstition réelle? Sur ces conceptions merveilleuses, sur la croyance à une vierge qui touche une plante d'espèce particulière et conçoit, voir les traditions sur la mandragore réunies par Grimm, Deutsche Mythologie, 4^ éd., p. 1007, et par Andrew Lang, Custom and myth, p. 143-155. — Dans le conte égyptien des Deux frères, p. p. M. Maspéro, un copeau d'un perséa merveilleux, qu'on a coupé et qu'on façonne en planches, s'est envolé, a pénétré dans la bouche d'une femme , qui conçoit (sur ces avatars de dieux par l'intermédiaire d'un fruit, d'une fleur, etc.. V. Dragomanof, Légendes pieuses des Bulgares, Mélusine, t. IV, col. 221). — Ou bien, comme il me semble plutôt, faut-il voir

dans ce conte simplement un jocus monachorum, sans autre portée? En tout cas, le succès de ces données dans le monde des clercs fut très grand, et nous est difficilement compréhensible. J'indique ici divers renvois à ces formes monacales, en vers latins, soit rythmiques, soit prosodiques : 1) Wright*, Essaysou subjets connected with the littérature, etc.. II, 180. Cf. Wright, Histoire de la Caricature, trad. fr. par 0. Sachot, p. 103; 2) Ed. du Méril, Poésies inédites latines des XI^ et XII^ siècles, t. I, p. 275 (d'après un ms. du x^ siècle), et t. III, p. 418, d'après une édition de Phèdre du xv^ siècle. — Dans la Romania, M. P. Meyer décrivant un ms. de Trinity Collège (Cambridge), qui contient une foule dejoca monachorum, énigmes, charades, etc., donne ces deux vers :

De nive conceptum quem mater adultéra fingit Sponsus eum vendens liquefactum sole refingit.

Dans la Zeitschrift fur deutsches Alterthum, XIX, p. 119 (1876), W^. Wattenbach a publié et comparé entre elles plusieurs formes latines. — Von der Hagen, dans les Gesammtabenteuer (II, XLVII), publie un conte allemand et renvoie à Doni*, Sansovino*, Malespini*, Grécourt*. La 19^ des Cent nouvelles, reproduit aussi le conte de V Enfant de neige. Je rencontre dans les Origines du théâtre anglais^ par M. Jusserand, le passage suivant du Ludus Conventriae, p. p. la Shakespeare Society^ en 1841, d'après un ms. du xv® siècle : Marie et Joseph sont accusés devant un évêque par deux détracteurs, à cause de la grossesse de la Vierge ; les deux accusateurs échangent de grossières plaisanteries ; Primus detractor : « Ma foi, je suppose que cette femme dormait sans couverture, une fois qu'il neigeait; et alors, un flocon se glissa dans sa bouche, c'est de là que l'enfant fut conçu dans son sein. — Secundus detractor : Prends garde alors, dame, car c'est une chose connue que l'enfant, une fois né, si le soleil brille, retourne à l'état liquide. »

Ka. L'Ecureuil (V, 121). Cf. ci-dessus à l'article de la Dame qui aveine demandoit.

La. L'EspERviER (V, llTi). — V. ci-dessus, chap. VII, et pour toutes références, la très copieuse collection de variantes recueillie par M. G. Paris dans son article de la Romania, VII, 1. Ajou-

tez Henri Estienne, Apologie pour Hérodote^ éd. Ristelhuber, I, p. 273, et cp. les notes de cet érudit, II, p. 476. V. aussi les pages 429-439 de l'ouvrage de M. Cappelletti, Studi siil Decamerone^ Parme, 1880, où il compare notre conte à celui de Boccace.

Ma. EsTORMi (I, 19). Voyez, ci-dessous, le Prêtre quon porte ^ et, ci-dessus, les Trois bossus ménestrels.

Na. L'évêqle qui bénit (III, 77). — V. l'histoire de Porcellino dans le Novellino^ nov. 64 ; et les rapprochements de d'Ancona. Le fonti del Novellino^ Bomania^ III, 175. La nouvelle du Décaméron^ l, 4, appartient au même cycle, de même que la Nonnette de Jean de Condé ou le Psautier de La Fontaine. V., pour la comparaison de la nouvelle de Boccace avec le fabliau, les Studi sul Z)ecameroAie par M. Licurgo Cappelletti, Parme, 1880, p. 298-301.

Oa. La femme au tombeau (III, 70). — Ce récit est apparenté au conte de la Matrone d'Ephèse. Pour toutes les références, voyez les éditions diverses du livre de Griesenbach, die Wanderung der Novelle von der treulosen Wittwe durch die Wellitcratur. On y trouvera une très riche collection de variantes, et une non moins riche collection des pétitions de principe et des paralogismes que la théorie orientaliste peut engendrer chez qui la manie sans faire un suffisant usage de son sens critique.

Pa. La femme qui servoit cent chevaliers (I, 26). — M. G. Paris, Hist. littér., t. XXX, p. 112, donne l'analogue, les vœux de Baudouin, three early english metrical romances edited by jRobson, Londres, 1841. « Ce conte, ajoute M. G. Paris, semble (( reposer sur quelque fait réel, arrivé en Palestine. » — Nous voulons en douter. 5

Qa. Le Fèvre de creeil (I, 21). — V., pour les contes apparentés, les KpuTTTaoïa, t. I, Trois contes picards [Jean Catornix), et les notes du t. IV, p. 256.

Ra. Frère denise (III, 87). — Ce récit paraît avoir été créé de toutes pièces par Rutebeuf, ou n'être qu. mu fait-divers de l'époque. Les contes qu'on peut en rapprocher n'ont de commun avec le fabliau que la donnée d'une femme vivant déguisée dans un couvent d'hommes, et cette imagination est assez générale pour avoir été souvent réinventée par des conteurs indépendants. Tels

sont les récits suivants : von keuschen mônchen historia (Wendunmuth^ éd. OEsterley, t. I, p. 515, n° 53, bataille contre des moines, au cours de laquelle on s'aperçoit que l'un d'eux est une femme travestie) ; — la 60^ des Cent Nouvelles nouvelles (trois bourgeoises qui pénètrent, tonsurées et enfroquées, dans un couvent de Gordeliers) ; — la 31*^ nouvelle de V Heptaméron (un cordelier qui, un poignard à la main, force la femme d'un gentilhomme à le suivre, travestie en religieuse) ; — Straparola, XIII, 9, etc.. Dans les rapprochements de M. Landau, Quellen des Dekamerone^ p. 238, il s'agit au contraire de saintes femmes qui vivent chastement, déguisées, dans des couvents d'hommes ; ces récits de la Vie des Pères sont animés d'un tout autre esprit, et ne sauraient être rappelés ici que pour le plaisir du contraste.

Sa. GOMBERT ET LES DEUX CLERCS (I, 22) et Le MEUNIER ET LES

DEUX CLERCS (V, H 9). — G'cst le Berceau de La Fontaine, imité de Boccace, Dccain., IX, 6. G'est aussi le poème de Ghaucer, The reeves taie. Voyez les rapprochements énumérés dans les Gesammtahenteuer, à propos du poème Irregang und Girregar^ III, LV. Une curieuse forme bretonne du conte a été publiée par M. Luzel, Le clerc et son frère laboureur^ Souniou Breiz- Izel, 1890, t. II, p. 203. V. aussi Englische Studien\ IX, 240-66 (1885), die Erz'àhlung von der Wiege.

Ta. La grue (V, 126). — Il y a toute une série de jolies variantes allemandes : dans le Liedersaal de Lassberg, p. 223, ss., le 31^ conte; dans les Gesammtabenteuer, v. der Sperwaere, II, XXII, et le charmant conte daz heselîn, II, XXI, où le fabliau subit une curieuse contamination. Hans Lambel, en publiant. c/a^ maere von dem Sperwaere (dans les Erzahlungen und Schiv'ànke, 1872, p. 292-306), indique un autre poème allemand, publié fragmentairement par Haupt et Hoffmann, Altdeutsche Bl.*, I, 238, ss. — Ce fabliau vit encore dans la tradition orale : v. le Coq de bruyère, dans les KpuxTaoïa, I, XXIX, et les nombreuses notes du t. IV, p. 200. — J'y ajoute que, dans la Petit neveu de Boccace, Amsterdam, 1777, p. 94, le conte intitulé le Pris et le Rendu offre des traits analogues ; mais ce n'est pas, à vrai dire, le même conte.

Ua. La Housse partie (I, 5 ; H, 30). — Ge joli conte a été illus-

tiv^ avec beaucoup de soin et de finesse par M. Pio Rajna, et M. G. Paris a enrichi cette étude de plusieurs observations [Una versione in ottava rima del lihro cici Sette Savi, Bomania, X, p. 2-9.) On y trouvera toute la bibliographie du conte très développée. Je me borne à ces quelques rapprochements, omis par MM. Pio Rajna et G. Paris : cf. dei^ undankhare Son, dans le Liedersaal de Lassberg, p. 585, ss., — le Fils ingrat, Contes albanais recueillis et traduits par A. Dozon, 1881, Paris, Leroux, n« XIX; — Roger Bontemps en belle humeur, Cologne, 1708, t. II, p. 159; — Contes de Bretin, p. 109; — Hans Sachs, Germania*, XXXVI, 31 ; — on trouvera une analyse de la moralité à laquelle M. G. Paris fait allusion dans le Bépertoire du théâtre comique de M. Petit de Julleville, p. 61-2 [le Miroir et exemple moral des enfants ingrats). — J'ai montré (p. 201) l'inexactitude d'un rapprochement, proposé par Liebrecht, de la Housse partie avec un conte des Avadânas.

Va. JouGLET (IV, 98). — Cette orde vilenie appartient tout entière à Colin Malet, et n'a donc rien de traditionnel. « Tout au (( plus, dit M. P. Mever, pourrait-on constater, en passant, une (( certaine coïncidence d'un incident de Jouglet avec le récit d'une (( mauvaise farce jouée à un tregettour du comté de Leicester », et que Nicole Bozon moralise étrangement (V. Les contes moralises de Nicole Bozon,... p. p. L. Toulmin Smith et P. Meyer, n« 144, p. 295.

Wa. Le jugement (V, 122). Voyez chapitre VIII, p. 277. — Le cadre (le père qui pose une même question à ses trois filles, pour marier d'abord celle qui saura le mieux y répondre) se retrouve dans les Contes érotico-philosophiques de Beaufort d'Auberval, 1810, réimpr. de 1882, p. 57. La question est ici : « Qu'est-ce qui croît le plus vite? » V. dans Pauli, Schimpf und Ernst, n^ XIII, p. 23, l'amusante histoire d'un père placé dans une situation analogue entre trois filles également pressées de se marier, et l'épreuve à la suite de laquelle il se décide à marier d'abord la plus jeune.

Xa. La MALE dame (VI, 149). — Conte persan par Kisseh- Khun* (Simrock, Quellen des Shakespeare, 3, 234). — Comparez, comme récit apparenté, le XLII^ conte du Liedersaal, die zeltende Frau, p. 297, ss. ; dans les Gesammtabenteucr , I, III, der vrouiren

— iG5 —

ziiht. Cf. les nombreux rapprochements de II. Lambel, Erzilhliiiiffen iind Scluvankc, Leipzig, 1872, p. 307-330 ; — le comte Lucanor, *ir^à. de Puybusqiie, ex. XXXV, p. 369-77; — Straparola, nuit 8, n° 2, cf. G. Rua, Intorno aile piacevoli notti dello Straparola, 1890, p. 83-4. La nouvelle de Straparola contamine certaines données de Sire Hain et dame Anieiise. M. J.-F. Bladé a recueilli, dans un villag-e du Gers, une forme actuellement vivante du fabliau {la dame corr'ujée^ Contes pop. de la Gascogne, 1886, t. III, p. 286.)

Ya. Le 3Iaa'tel mautaillé (III, 55). — Sur les dillerentes épreuves de la fidélité féminine (l'eau du Stjx des légendes grecques, l'eau du tabernacle du Lévitir/ue, la rose de Perceforest, la corne de Perceval (éd. Potvin, v. 15672), le voile des ^Imaf//^, dont les fleurs semblent fanées sur la tête d'une femme infidèle, etc.), V., Dunlop-Liebrecht, p. 85 ; — ■ et Méliisine (art. de M. Lefébure), IV, 36, ss. L'étude la plus complète que je connaisse sur ce thème est encore celle des Gesammtabenteuer ^ t. III, n*^ LXVIII. — On sait que MM. Cederschiœld et F.-A. Wulff ont publié des Versions nordiques du fabliau français le Mantel mautaillié, Lund et Paris, 1880, et que M. W^ulfF a publié à nouveau le texte français en 1885 [Romania^ XIV, p. 353-80). Sur la Rose de Perceforest, v. la récente et ingénieuse étude de M. G. Paris, Romania, XXIII, 78-140. Voir aussi Ward, Catalogue of romances, t. I, pp. 404 et 405. v

Za. Les trois aiEscumES (III, 64). — V. les Contes nouveaux et plaisants par une société., Amsterdam, 1770, p. 70, Les trois servantes.

Ab. Le MEUNIER d'Arlelx (II, 28). — V. une longue liste de références dans Wendunmuih, I, 330, einer Liïlet umvissend mit seiner eignen frauiven; cf. ibidem^ le n^ 331. — M. Giuseppe Rua, à propos d'une nouvelle de l'Aveugle de Ferrare, a étudié ce récit sous un grand nombre de formes [Novelle del Mambriano, p. 43, ss.). Je renvoie le lecteur à ces deux ouvrages, me bornant aux menues indications additionnelles que voici : ajouter le Quiproquo, Contes inédits de J.-B. Rousseau^ éd. Luzarche, Bruxelles, 1881, p. 35; — les Novelle édite ed inédite di ser Giovanni Forteguerri, Bologne, 1882, nov. 5, p. 120. —

Bkdii:r, — Les Fahliau.T. 30

Les rapprochements de M. Landau, Quellen..., p. 87-89, sont très problématiques.

Bb. La bonnette (VI, 156^. — C'est le Psautier de Boccace et de La Fontaine. C'est aussi le sujet d'une farce du xv^ siècle : Farce de Vahesse et les sœurs, farce nouvelle à cinq personnages (recueil de Leroux de Lincy, t. II, i^^ pièce). — H. Morlini Novellae, éd. elzévirienne, Paris, I80I, p. 82, nov. XL. — Henri Estienne [Apologie pour Hérodote, éd. Ristelhuber, II, 22), indique sa source, qui est Bo.ccace.

Cb. Le pêcheur de pom-si r-seine (III, 63). — Ce conte a été étudié par M. Rua, Novelle ciel Manihriano, p. 60, ss. — J'ajoute ces quelques parallèles : voir Der neu-aramaische Dialeht des TûrAhdîn, par Eugen Prim et Alb. Socin, Gôttingue, 1881, p. 43, n^ XIV. — Nouv. contes à rire ou récréations françoises, Amsterdam, 1741, t. II, p. 168. — Zeus, par des procédés analogues à celui de notre pêcheur, se fait pardonner par Héra ses amours avec Déméter.

Db. Dit des perdrix (I, 17). — V. pour de nombreuses références: 1° Pauli, Schimpf und Ernst, n^ 364 ; 2^ Gesammtahenteuer, II, XXX ; 3^ Pio Rajna, Una versione rimata dei Sette Savi^ Bomania, X, p. 11-13; 4^^ Cosquin, Contes pop. de la Lorraine, t, II, p. 348. J'ajoute aux références de ces savants quelques indications : dans les Gesaninitabenteuer , II, XXXI, le petit poème intitulé der Reiher est lié, d'une manière intéressante, comme dans les Cent Nouvelles Nouvelles, avec le fabliau des Tresses. — Le conte reparaît encore dans les Nouv. contes à rire ou récréations françoises^ Amsterdam, 1741, p. 201 ; dans un récit breton, recueilli par M. Paul Sébillot, Littérature orale de la Haute-Bretagne, Paris, Maisonneuve, 1881, p. 136 ; — dans les Contes populaires de la Gascogne, p. p. M. J,-F. Bladé, 1886, t. III, p. 289.

Eb. La planté (III, 75). — Schimpf und Ernst, éd. OEsterle\^, wie ein ivirt den gesten vil ivein verschûtt. Cf. Bévue critic/ue*, VII, p. 412 ; Etienne de Bourbon, éd. Lecoy de La Marche, 433.

Fb. Le pliçon (VI, 64). — Ce conte est extrêmement répandu et affecte deux formes principales, qu'on peut intituler, l'une le Pliçon, l'autre \c Borgne. On trouvera de très longues listes de références dans les ouvrages que voici : l'' dans les Gesfa Borna-

— iG7 —

norum, éd. OEsterley, sous le numéro 122 ; 2^ clans Dunlop-Liebrecht, Geschichic der Prosa-dichtuiKj^ p. 198, note 264 ; clans les (iesamméahciiteuer^ II, XXXIX; 4° dans Wendunjnuth^ 3, 242, à propos du récit intitulé : cinen cinïiur/i(/cn ritter helrcurft seine Usii<jc hausfraiv] 5^ dans l'édition, donnée par Ristelhuber, de V Elite des Contes du sieur d'Ouville, XXI, p. 37; 6° dans l'édition, publiée aussi par Ristelhuber, de V Apologie pour Hérodote, t. I, p. 266. — Je me borne donc aux quelcjues parallèles suivants , que mes devanciers ont omis : une farce du recueil de Leroux de Lincy (III, XII), intitulée Farce nouvelle à quatre personnages, c'est à sçavoir : Lucas, sergent houeteux et borgne, le bon payeur et Fyne Myne, femme du sergent, et le vert galant; — le Borgne^ Contes en vers et quelques pièces fugitives [par M. Bretin], an V, p. 106 ; — Nouveaux contes à rire ou récréations françoises^ 1741, p. i^Jl .[D'une femme qui subtilement trompa son mari c/ui était borgne.)

C'est un des fabliaux qui se retrouvent dans l'Inde. On lit, en effet, dans V Hitopadésa (trad. Lancereau, p. 54) : « Il était une fois un marchand très riche, nommé Tchandanadâsa. Vieux, il se laissa vaincre par l'amour et épousa la fille d'un marchand. Cette femme se nommait Lîlâvatî. Elle était jeune et ressemblait à la bannière victorieuse du dieu cjui a un poisson pour emblème. Son vieux mari ne lui plaisait point : mais le bonhomme était éperdûment amoureux d'elle. Un jour, Lîlâvatî, mollement étendue sur un sofa environné de pierres précieuses, s'entretenait avec son amant lorsc{ue, tout à coup, elle vit Avenir son mari. Elle se leva bien vite, saisit le bonhomme par les cheveux, le serra étroitement dans ses bras et lui donna un baiser. Pendant ce temps, le galant se sauva. »

Un récit aussi peu déterminé peut à peine se comparer à un autre conte. Les traits communs à V Hitopadésa et au dit du Pliçon sont si vagues C|u'ils peuvent avoir été dessinés par des mains indépendantes. Les quelques vers d'Aristophane (v. ci-dessus, p. 119) c|ui nous donnent le schème de ce conte, si insuffisants soient-ils, sont plus voisins encore du fabliau.

Gb. Le pré tondu (V, 104). — V. chapitre I. — Ajoutez une variante de plus de la forme du Pouilleux., fournie par le Thresor des récréations contenant histoires facétieuses et

— iG8 —

honnestes, Douay, Balthazar Bellèze, 1616, p. 43. Une forme inverse du conte, où un mari obstiné se laisse enterrer vif plutôt que de manger un œuf, se trouve dans les Contes et facéties (F Aj'lotto (le Florence, p.p. Ristelhuber, 1873, p. 78, et dans la Revue des Patois gallo-romans (contes de l'xVrgonne), 1888, t. II, p. 288.

Ilb. Le prêtre et alison (II, 31). — Comparez l'aventure du prévôt de Fiesole [Decaniéron^ VII, 4) ; — celle du chanoine de Rouen, Gulinus, dans les Bujarrures et touches du seigneur des Accords, Escraignes dijonnoises^ livre I, XVI, Paris, 1662, p. 116; éd. de 1616, p. 14; — Cf. Bandello*, II, 47. — Les Comptes du monde adventureux^ p. p. F. Frank, 1878, Compte VIII, p. 50.

Ib. Le prêtre crucifié (I, 18). Dunlop-Liehrecht^ Anmerk., 360. — Sacchetti*, nov. 25. — Malespini*, nov. 93. — Straparola*, Piacevoli noiti, VIII, 3. V. G. Rua, op. laud., p. 8o. — Le Singe de La Fontaine (Florence 1773, t. II, p. 16) a singé ici, comme il l'avoue lui-même, Straparola. — Morlini novellae, éd. de 1855, nov. 73. — Contes érotico-philos. de Beaufort d'Auberval, p. 41. — Le sculpteur et les nonnes, KpjTUTac'.a, I, p. 227-37. — V. aussi d'importants rapprochements de Liebrechl, Ger mania, I, 270.

Jb. Le prêtre et la dame (II, 51). — RpuTuiaoïa, I, LX; voir les notes, IV, p. 247. Ce fabliau fait souvent partie de contes à tiroirs, où il se trouve en compagnie de récits similaires, notamment avec le Prêtre c/ui abevete. Ainsi, dans les Contes à rire ou récréations françoises, t. II, p. 145, deux voisins font une gageure à qui trompera le plus subtilement un ami commun, et leur jouent l'un le tour du Prêtre qui abevete, l'autre celui du Prêtre et de la dame.

Kb. Le prêtre et le loup (VI, 145). — C'est exactement la 56*^ des Cent nouvelles nouvelles. Cf. Germania, I, 271. De même, dans les Contes à rire et aventures plaisantes, éd. Chassang, Paris, 1881, p. 357, trois amis, un prêtre, un marchand, un homme de justice, font une même gageure : l'homme de justice renouvelle l'exploit du Prêtre et de la dame\ le marchand joue le rôle du Prêtre qui abevete ; le curé imagine une ruse qui ne nous

intéresse pas ici. — De même encore, dans un conte populaire recueilli à Borg-hetto, près Palerme, communiqué par Pitre à Liebrecht, et rapporté par celui-ci dans la Germania, XXI, 394-5, le cadre est celui des trois femmes qui trouvèrent Vanneau, et les trois contes réunis sont : i) le Prestre qui abevete ; 2) un conte qui rappelle la Saineresse (MR, I, 25); 3) le Prêtre et la dame. Voyez Romania, X, 20.

Lb. Du PRÊTRE QUI EUT MERE A FORCE (V, 125). — Je ne connais pas d'autre variante du fabliau que le poème allemand des Gesammtabenteuer^ qui lui est d'ailleurs très supérieur : die alte Muoter und Kaiser Friedrich^ \, V.

Mb. Le prêtre qu'on porte (IV, 89). — Nous avons jusqu'à cinq fabliaux qui reproduisent ce conte (V, 123, V, 136, VI, 105 et VI, p. 243). — Voici quelques récits analogues : Masuccio, nov. I, traduit dans les Comptes du monde adventureux, compte XXIII, p. 125 ; V. ibidem^ quelques rapprochements. — Cosquin [Contes Lorrains, n^ 80), à propos du conte similaire de Jean le Pauvre et Jean le Riche, compare un conte souabe (Meier*, n^ 66), un conte écossais (Campbell*, n° 15). — Ajoutez : KpuTuxàoia, LXVIII, t. I, et les notes, t. IV, p. 249. — Braga, Contos tradicionaes da Povo Portuguez, t. I, n*^ 109 (os dois irmaos e a mulher morta). — Pitre, Fiabe e racconti, n° 165. — Le fabliau d'Estormi combine, comme plusieurs des contes ci-dessus indiqués, les données du Prêtre quon porte et des Trois bossus ménestrels. Le dernier épisode de notre fabliau (le cadavre attaché sur un cheval qu'on lance à travers la ville) se trouve dans une curieuse petite plaquette intitulée Le Moine amoureux^ par E. Hamonic, 1882. J'en dois la communication à M. G. Paris; son exemplaire porte cette note : « Ce livre a été imprimé par l'auteur lui-même, qui est marchand de fer. II en a été tiré fort peu d'exemplaires. » L'auteur a recueilli son récit « au fond d'une campagne du pays gallot ».

Nb. Le prestre qui abevete (III, 61). — Ce fabliau, sauf un changement de mise en scène, est le conte bien connu de La Fontaine, le Poirier enchanté. On le trouve parfois conté comme épisode du récit à tiroirs des Trois dames à Vanneau : tantôt comme dans YHistoria di Stefano, p. p. M. Pio Rajna [Romania^ X, 19), sous la forme du Poirier enchanté^ tantôt au contraire,

sous des formes plus voisines du fabliau : dans un conte de Borghetto, recueilli par Pitre [Germania, XXI, p. 394), dans les Nouveaux contes à rire (Amsterdam, 1741, t. II, p. 141); v. notre chapitre Vlll, p. 265, ss. — Pour des formes non subordonnées au conte des Trois dames à U anneau, je puis citer une nouvelle de Cintio de Fabrizi*, n° 10 [Jalirbuch f. rom. u. engl. Phil., I, 314), un exemple de Jacques de Vitry (GCLX) et une curieuse forme de la Musa Philosophica, rapportée par Grane, Jacques de Vitry, p. 240; le Decaméron (VII, 9) et la Coniedia Lidiae^ mauvais poème latin imité de Boccace (Ed. du Méril, Poésies inéd. lat., 1854, p. 350). — Cf. M. Landau, Quellen^ p. 80-2, et Dunlop-Liebrecht (p. 243, rem. 319). Même cycle : Matheolus, éd. van Hamel, 27.

Ob. Le prêtre et la dame (II, 51). — Notre fabliau est la seule version de ce conte que je connaisse, qui ne soit pas enfermée dans le cadre des Trois dames qui trom)èrent un anneau. V. à notre chapitre VIII les trois versions du conte des Trois dames à l'anneau, qui conservent le récit de ce bon tour : Trois Vun par dessus Vautre.

Pb. Les quatre prêtres (VI, 142). — Cf. les trois Bossus ménestrels.

Qb. Le prêtre au lardier (II, 32). — V. le même conte dans les Exempta d'Etienne de Bourbon, éd. Lecoy de la Marche, n« 470.

Rb. La Pucelle qui abreuva le poulain (IV, 107). — V. cidessus la Damoiselle qui aveine demandoit pour Morel.

Sb. La Pucelle qui vouloit voler en l'air (IV, 108). — Cf. Landau, Quellen des Dekamerone, p. 152. A la même classe de jeunes filles niaises appartient l'héroïne d'un récit de l'Aveugle de Ferrare, à qui un jeune homme persuade qu'il possède un enchantement contre les dangers de l'orage [Mamhriano, ch.X, str. 3-59. Rua, p. 55, ss.).

Tb. Le roi d'angleterre et le jongleur d'ely. — Sur la riote du monde et les récits analogues, cf. YHist. lit., XXIII, p. 104, et la Zeitschrift fïir rom. Philologie, (Ulrich) VIII, 275.

Ub. La saineresse (I, 25). — Quelque ressemblance avec un

conte recueilli par Pitre à Borglietto, près Palerme, et publié par Liebrecht, Gcnnania^ XXI, 394.

Vb. Saint pierre et le jongleur (V, 117). — Un récit analogue — non le même — dans Bernard de la Monnoie, la Rafle de sept. Conteurs français du XVII^ siècle, p. p. Ch. Louandre, t. II, p. 349.

Wb. Le sentier battu (III, 85). — Wright*, Anecdota litteraria, p. 7i. — Sur le Jeu du roi et de la reine^ \. Adam de la Halle, Jeu de liohin et de Marion. — Sur la superstition populaire, répandue au moyen âge, relative à la barbe, et dont il est question dans le Sentier battu , comparez un Jeu-parti où Gillebert de Berneville (éd., Schéler) propose ce cas : Une fillette a promis à un jeune garçon amour éternel. Ils grandissent ainsi. Le jeune garçon devient un bachelier de grande vaillance et prudhomie. Mais à l'âge où il est armé chevalier, il ne lui est pas encore venu un poil de barbe, et il est à prévoir qu'il demeurera toujours glabre :

Puet ramours durcir ne valoir?

{Trouvères belr/es du XII'' au ATU^ 5., p. p. A. Scheler, 187G, p. 54).

Xb. Souhaits saint-martin (les quatre) (I, 6). — Nous avons longuement étudié ce fabliau (chapitre VU). — Nous nous bornons donc ici à quelques notes rapides sur Saint Martin, patron joyeux. On peut remarquer d'abord que, faisant à notre vilain des dons qui, contre toute attente, ne lui apporteront aucun profit, il joue précisément le même rôle que dans le fabliau du Convoiteux et de V Envieux (V, 135), où il accorde par avance à un convoiteux le double de ce que souhaitera un envieux. L'envieux souhaite de perdre un œil; il devient donc borgne et le convoiteux aveugle. — Comparez aussi la Moralité de V aveugle et du boiteux^ jouée à Seurre, en Bourgogne, le 10 oct. 1496, publiée d'abord par Fr. Michel, Poésies gothiques françoises^ 1831 , puis par le bibliophile Jacob, Recueil de farces, 1859, p. 211, ss. Après la représentation du mystère de Saint Martin, un boiteux et un aveugle, qui s'entr'aident dans leurs infirmités, viennent sur la scène, d'où « les chanoynes » viennent d'emporter le corps du saint.

Que dit-on de nouveau? — Comment !

L'on dit des choses somptueuses ! Un^ sainct est mort nouvellement.

Qui faict des euvres merveilleuses :

Malladies les plus périlleuses Que l'on sçauroit penser ne dire Il guerist, scelles sonf Joyeuses.

Il guérit en effet le boiteux et Taveug-le de leurs inOrmités : bien malgré eux, car elles sont leur gagne-pain. — Saint Martin fut célébré par toute l'Europe au moj^en âge comme un patron de la bonne chère. V. une note d'E. du Méril, Poésies populaires latines, II, p. 198; cf. ibid., p. 208. On lit dans le îsLhli'du. d'Aube j'ée (variante du ms. D, MR, V, p. 301) :

(( Tenez, fait li bourgois, Aubrée, Boine estrinc et boine journée!

Or aies tost, mandez le vin, Faites le nuit de Saint Martin, Car vous raves vos XXX sans. »

Il est demeuré un saint populaire, dans toute la force de l'expression. L'arc-en-ciel est appelé l'arc de Saint-Martin dans le Doubs, en Murcie, en Picardie (v. Mélusine, II, 9). La Grande Ourse est appelée le char Saint-Martin en Normandie (v. G. Paris, le Petit Poucet et la Grande Ourse, p. 66). Dans les traditions populaires, il apparaît comme un bon géant, similaire de Gargantua : « A Chandette (Ardèche), on montre deux marques profondes, l'une du pied de son cheval, l'autre de la patte de son chien; à Rosières (Ardèche), des pierres à bassins sont sa vaisselle; dans les régions vosgiennes, dans la Loire, il a le privilège des longues enjambées. » (Sébillot, Gargantua dans les traditions populaires, Paris, 1883, p. 248, 260, 277, 278.)

Yb. Sire Hain et dame Anieuse (I, 6). — La conquête des braies du mari, en signe que sa femme veut être la maîtresse du logis, \ei\i porter culottes, comme dit aujourd'hui la langue du peuple, est un trait qui se trouve dans plusieurs pièces du moyen âge. Dans la farce nouvelle de Deux Jeunes femmes qui coiffèrent leurs maris par le conseil de maître Antitus, on trouve l'opération inverse : la femme qui veut dominer dans le ménage met une coiffe sur la tête de son mari. Nouveau recueil de farces..., p. p. Emile Picot et Christophe Nyrop, Paris, 1880. — Hans Sachs, Ein fasznacht spil mit drey Personen : der bôs Rauch, éd. Arnold,

t. II, p. 181. — Straparola, Piacevoli notti^ VII[, 2 (éd. Jeannet, t. II, p. 130), combine les données de ce conte avec celles de la Maie dame. V., pour diverses références, G. Hua, op. Uiiid., p. 84. — ' D'après Wright, Histoire de la Caricature, trad. Sachot, Paris, 1867, p. 117, la scène de notre fabliau est représentée sur divers monuments figurés : sur une stalle de la cathédrale de Rouen, — sur une gravure de l'artiste flamand van Mecken (1480).

Zb. Le Testament de l'Ane (III, 82). — Comparez le Testament du chien, publié par d'Herbelot [Bibliothèque orientale*, article cadhi), comme extrait de Lamaï, auteur d'un recueil de contes turcs, dédié à Soliman, lils de Sélim I"'; — reproduit dans les Mille et un jours ^ p. p. Pétis de la Croix, Loiseleur- ^Deslongchamps et Aimé Martin, 1838, p. 649. — Cent nouvelles nà^ivelles, 96*^. — Pauli, Schimpf und Ernst, 72. — Gil Blas., livre V, ch. I. — Pogge, Facéties, 36. — Le conte des Cent nouvelles \ouvelles a été copié par Le Sincje de La Fontaine, 1773, 1. 1, p. IS.5, sous ce titre : Le testament cy nique . — Félix Nogaret, Contes en t^rs, 5^ édition, 1810, p. 250, a rimé son récit d'après le fabliau, co'mme il l'exprime lui-même assez ridiculement :

X Essayons de remettre à neuf

s conte assez gai de monsieur Rutebeuf.

Voyez encore VAh^ de desoppiler la rate, 1752, p. 12 ; — les Obsèques du chien, danî^les Kpui^tâo'.a, I, XLVIII et, pour quelques rajjprochements, ibidem, t. IV, p. 220.

Ac. Trubert (Méon, A^ Rec, t. I). — Bladé, Contes et proverbes populaires recueillis en Armagnac, p. 22-3. — Cf. Reinhold Kœhler, Jahrbuch fiir rom. u. engl. Lit.^ t. V, 20.

Bc. Les Tresses (IV, 94). — V. chap. VI. Ajoutez Matheolus, éd. van Hamel, 1892, p. 30.

Ce. Le Vair Palefroi (I, 3). — Phèdre, appendix, XVI. Duo juvenes sponsi, dives et pauper. V. Hervieux, Les fabulistes latins, t. II, p. 67.

De. Le Valet aux douze fe3IMEs(III, 78). — Matheolus, éd. van Hamel, p. 57. Hans Sachs, Germania*^ XXXVI, 21.

Ec. Le Valet qui d aise a 3Ialaise se 3iet (II, 44). — Pour des

ïlï —

œuvres analogues, qui fleurissent surtout au xv*^ siècle, voyez, outre l'ironique chef-d'œuvre des Quinze joycs de mariage (éd. Jannet, Paris, 1853), le Recueil nouveau de farces françaises des XV' et XVP siècles, p. p. E. Picot et C. Nyrop (1880) [nouveau et Joyeux sermon contenant le ménar/e et la charge de mariage ; cf. l'introduction]. Comparez aussi la Résolution d'amours, au t. XII du Recueil des poésies françaises des XV^ et XVI^ s..., i^éunies et annotées par MM. A, de Montaiglon et James de Rothschild (Paris, 1877).

Fc. La vessie au prêtre (III, G9). — Rapprochez la légende conservée par Fauchet, d'après laquelle Jean de Meung, ayant demandé par testament à être enseveli dans l'église des dominicains, à Paris, leur légua un coffre, où ils ne trouvèrent que des ardoises (v. Hist. litt., XXIII, p. 158).

Gc. La Vieille qui oint la paume au chevalier (V, 127). — C'est un des exemples favoris des prédicateurs du moyen âge. Crâne, Exempta of Jacques de Vitry, n^ XXXVIII, donne toute une série de renvois à des recueils de sermons. Aux nombreux rapprochements de V Hist. litt., XXIII, 168, d'OEsterley [Schimpf und Ernst, 124), de Crâne [loc. cit.), je ne puis ajouter que deux références : Hieronymi Morlini parthenopei novellae, éd. de la hihl. elzév., 1855, p. 26, nov. XI, eiVEntretien des bonnes compagnies (sans date dans l'édition que j'ai consultée), p. 21.

Hc. La Vieillette ou la vieille truande (V, 129). — J.-V. Le Clerc rapproche [Hist. lit., XXIII, 164) le chant XX de YOrlando furioso, str. 106-128.

le. Le vilain Asnier (V, 114). — V. Crâne, Exempla of Jacques of Vitry, CXCI, p. 210. V. Romania, XVI, p. 159. Bonnard, la Rible au moyen âge*, p. 157. Goedeke [Orient und Occident), II, p. 260) cite une version orientale tirée du Mesnewi de Dschelaleddin Rvimi (écrit en 1263, imprimé au Caire en 1835, vol. IV, p. 31 et ss., n" 10, 11) dans laquelle « un tanneur s'évanouit en respirant du musc ; son frère le rappelle à lui par l'odeur du dog manure employé pour le tannage. » (Crâne, Jacques of Vitry, p. 211).

Dans le fal)liau français, c'est un vilain qui tombe pâmé à l'odeur d'une boutique de parfumeur, et que ranime seule une pelletée de fumier.

Quel droit de priorité peut réclamer la forme orientale, qui peut-être n'a jamais été entendue dans l'Inde? Pourquoi lui attribuer plus d'importance qu'au fabliau? Est-elle venue d'Occident en Orient ou inversement? Quel moyen de le savoir jamais? et qu'importe?

Je. Le vilain de Bailleil (IV, 109). — On l'a vu : le conte du brave homme qui, débonnairement, se laisse persuader qu'il est mort est entré fréquemment dans le cadre des Trois dames qui trouvèrent Vanneau. Nous avons énuméré ailleurs ces versions : deux fabliaux, un récit des Altdeutsche Erzàhluncfen de Keller, un autre de Hans Folz, une nouvelle espagnole de Tirso de Molina, l'un des Comptes du monde adventureux, l'un de ceux de Verboquet, un récit de d'Ouville, des contes modernes écossais (Campbell), norwégien (Asbjôrnsen), islandais (Jon Arnason), italien (Pitre), russe (Rudtschenko), danois (Gruntvig).

— Voyez, là dessus, notre chapitre VIII. — Mais le conte du Vilain de Bailleul vit aussi d'une vie indépendante chez de nombreux conteurs. Voici quelques indications : Cf. Gesammtahenteuer^ II, XLV, der hegrahene Ehemann\ Bonaventure Despériers. Contes et joyeux devis^ nouv. LXX de Féd. du bibliophile Jaco]) et nouv. LXVIII de l'éd. L. Lacour [de maître Berthaud, à qui on fit accroire quil estoit mort ; la nouvelle de Despériers est copiée dans le Thresor des récréations contenant histoires facétieuses et honnestes (Douai, Balthazar, Bellèse, 1616, p. 27) ;

— on peut aussi rapprocher l'histoire de Ferondo dans le Décaméron (III, 8), imitée de La Fontaine (le Purgatoire)^ — dans les Plaisanteries de Nasr-Eddin Hodja traduites du turc par J.-A. Decourdemanche, 1876, n^ XLIX etn^LXVI, le Hodja se persuade qu'il est mort à différents signes qu'il est malaisé de rapporter. M. Reinhold Kœhler [Orient und Occidental. I, p. 431 et p. 765) a illustré ce plaisant récit en rapprochant de la facétie du Hodja un conte indien, un récit talmudique, un conte saxon. Je puis y ajouter deux formes encore : v. der neu-aramaischc Dialeckt^Rv Eugen Prim und Alb. Socin, 1881, n° LXII, p. 249, et J. Vinson, le Folk-lore du pays basque, Maisonneuve, 1883, p. 93. — Dans Y Hypocondriaque^ Rotrou met en scène Cloridan, (( jeune seigneur de Grèce, » qui devient fou parce qu'on lui a fait croire que sa maîtressse est morte ; il prétend être mort

lui-même et ne revient à la raison que lorsqu'on lui a fait voir de prétendus morts ressuscites par le son de la musique : d'où il conclut qu'il n'est pas mort, puisqu'il ne ressuscite pas comme eux. — M. Ristelhuber, dans les Contes et récits cTArlotto de Florence, Paris, 1873, p. 90, à propos d'un rapprochement, vag-ue d'ailleurs, avec le Vilain de Bailleiil, donne encore quelques renvois à divers nouvellistes. V. aussi, pour un renvoi à Somadéva, que je n'ai pas pu vérifier, Landau, Qiiellen, p. 150.

Kc. Le vilain qui conquist paradis par plaît (III, 81). — Erzkhlungen de Keller, p. 97 ; Wie der molner in das hymmelrich cjiiani, ane iinsers herren Godes holffe. Keller raj^proche les Kinder-und Hausmarchen, n'^ S\, Cf. Zeitschrift fiïr roni. Philologie, VI, 137.

Le. Le vilain mire (III, 74). — Voyez, pour la bibliog-rahie de ce fabliau, que Molière a rendu célèbre, Dunlop-Liebrecht, p. 207, 274; les OEuvres de Molière dans l'édition des Grands écrivains (t. VI, p. 9, ss.) : il a été étudié par Benfey, Pantchatantra, § 212 ; (je réserve pour une occasion prochaine une critique de ce travail) ; Grane, Exempla of Jacques de Vitry, p. 232. Pour l'épisode du malade qui a une arête dans la gorg-e et que le médecin guérit en le faisant rire, v. le Folk-lore du pays basque^ par J. Vinson, p. 109, Paris, 1883. Le trait final (guérison des malades accourus auprès du Vilain mire par la seule menace qu'il tuera le plus malade d'entre eux et guérira les autres en les « oignant de son sang ») se trouve dans un poème allemand composé vers 1240 {der Pfaffe Amis, Erzkhlumjen und Schiv'ànke, p. p. Hans Lambel, 1872, p. 46, ss.).

Page 1