‹ Les fabliauxChapitre 35 sur 257 · Calila et Dimna, p · texte numérisé non relu

Calila et Dimna, p

vers ses différents avatars européens ; de plus, il montrait qu'une autre importante collection de récits orientaux, les Fables de Sendabar, remontait, elle aussi, à un original indien. Il ne s'arrêtait point là : versé dans la connaissance des nouvelles et des fables des conteurs français et italiens, il s'attachait à les comparer avec celles de ses auteurs indiens, et ne manquait pas de reconnaître, en chacune d'elles, « une imitation » de Bidpaï ou de Sendabar. La vieille idée, courante depuis Hu&t, le préoccupait : « Il y a toute apparence, disait-il, que c'est en Orient, et plus particulièrement dans l'Inde, qu'il faut chercher l'orig-ine de l'apologue... Il faut remonter jusqu'au moyen âge pour trouver l'introduction de ces fictions dans les compositions européennes. C'est un examen bien curieux à faire, et l'histoire de ces recueils de contes et de fables peut contribuer à éclairer cette question ' . »

Vers 1840, on voit en effet se répandre cette idée, nettement visible chez Loiseleur-Deslongchamps, chez Robert-, chez de Puybusque^, chez Brockhaus % etc.. : les contes qui se trouvent à la fois en Occident et en Orient sont issus de l'Inde, et c'est là une vérité acquise à la science par le grand Silvestre de Sacy.

Le très prudent Silvestre de Sacy a-t-il, en effet, exposé cette opinion dans quelque mémoire que j'ignore? Il est possible, mais je soupçonne que c'est la vieille idée de l'évêque d'Avranches qui chemine sourdement, et que les disciples de Sacy croient pouvoir lui attribuer. Il s'est produit sans doute, ici comme dans l'histoire de tant de systèmes, ce phénomène bien connu du grossissement insensible et continu des faits primitifs à mesure qu'ils passent du premier observateur au disciple, du savant au vulgarisateur. C'est ce que Renan définit si bien : « Les résultats n'ont toute leur pureté que dans les écrits de celui qui les a, le premier, découverts. Il est difficile de dire combien les choses, en passant de main en main, en s 'écartant de leur source première, s'altèrent et se défaçonnent, sans mauvaise volonté de la part de ceux qui les empruntent. Tel fait est pris sous un jour un peu différent de celui sous lequel on le vit d'abord; on ajoute une

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