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Le comte Lucanor, apologues du xiii^ siècle

4. Die Mahrchensammlung des Sri Somadeva Bhatta, Mém. de lAc. de S.-Pétershourg, 1839, p. 126, ss.

réflexion que n'eût pas faite l'auteur des travaux originaux, mais qu'on croit pouvoir légitimement faire. On avance une généralité que l'investigateur primitif ne se fût pas formulée de la même manière. Un écrivain de troisième main procédera ainsi sur son modèle, et ainsi, à moins de se retremper continuellement aux sources, la science historique est toujours inexacte et suspecte^. »

Mais que l'autorité de Silvestre de Sacy ait été justement ou témérairement invoquée, toujours est-il que la théorie allait se précisant depuis le commencement du xix'^ siècle.

Théorie bien inoflensive encore. N'était l'habitude livresque de croire nécessairement plagiée par Boccace toute nouvelle qui se retrouvait à la fois dans le Décaméron et dans le Cailla, n'était cette tendance à regarder les races orientales comme prédestinées, par décret spécial, à inventer les fictions, — les opinions de ces savants étaient aussi justes que modérées. Ils se bornaient à constater l'immense succès des deux romans de Cailla et de Sendahar^ et avançaient que les novellistes ou fabulistes européens leur avait beaucoup emprunté, depuis le moyen âge. Vérités si peu contestables qu'elles ressemblent à des truismes.

C'est pourtant d'une simple généralisation de ces modestes propositions que devait sortir, quelques années plus tard, un système envahissant, impérieux.

Non seulement les deux grands recueils indiens, le Cailla et le Sendabar, avaient fourni cent ou deux cents contes à des novellistes italiens, français, espagnols, à court d'invention; mais c'était presque tout le trésor de nos littératures populaires européennes qui s'était formé dans l'Inde. Dans l'Inde prenait sa source un immense fleuve charriant des fables, une sorte de fahulosiis Hydaspes, qui avait inondé le monde.

C'est un orientaliste de Gœttingue, Théodore Benfey, qui construisit ce système.

En 1859, parut cette introduction de 600 pages à la traduction allemande du Pantchatantra ~, monument d'une prodigieuse érudition, digne d'un Scaliger et d'un Estienne. Dans le premier

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