ARGLMEM'S DE LA THEORIE INDIANISTE SOUS SA FORME ACTUELLE
Quelle qu'ait été son histoire, la voici sous sa forme accomplie, telle qu'elle vit, à peu près immuable, depuis Benfey ^
Oublieuse des antiques chimères de l'évéque d'Avranches et
i. Ten Brink, Geschichte der englischen Liieratur, Berlin, 1877, I, 222.
2. Voici mes sources principales pour cet exposé : ï Introduction au Pantchatantra de Benfey (1859), son article Indien dans l'Encyclopédie d'Ersch et Gruber, t. XVII; une étude de R. Koehler publiée d'abord dans les Weiniarisclie Beitriige zur Literatur und Kunst, Weimar, 1865, réimprimée nouvellement dans les Aufsàtze ûher Mcirchen und Volkslieder, hgg. v. J. Boite und E. Schmidt, Berlin, Weidmann; les Contes orientaux dans la littérature française au moyen dge, de M. G. Paris (Vieweg, 1875); l'introduction de Benfey au roman syriaque de Kalilag et Daninag (pp. Bickell, 1876) ; l'introduction de M. Emmanuel Cosquin à ses Contes populaires de Lorraine (2e tirage, 1887, Paris, Vie^veg).
— sodés orientalistes du xviii*^ siècle, à qui, pourtant, elle doit peutêtre sa naissance, la théorie se défend, avant tout, d'être une construction a priori et déductive : elle nie être fondée Sur l'hypothèse préconçue que les Indiens auraient possédé un don spécial et privilégié d'imagination créatrice.
Sa méthode est inverse : c'est une méthode d'observation et d'induction.
Développée depuis Benfey par des savants armés d'érudition et de patience, ennemis des généralisations hâtives, inquiets des témérités étj^mologiques de l'école de Max Millier, dédaigneux des comparaisons établies par l'école de M. Lang entre les mythes antiques et les croyances des Botocudos et des Achantis, fortifiés par le découragement qui suivit l'échec partiel de la philologie comparée, — la théorie affecte avant tout un esprit de positivisme.
« La question de l'origine des contes, a dit le chef de l'école, est une question de fait K » — « C'est une question de fait, » reprend, comme un écho, M. Reinhold Kœhler -. — « C'est une question de fait, » redit M. Cosquin dans Mélusine ^, et il répète encore dans ses Contes de Lorraine ^ : « C'est une question de fait. »
Il s'agit de prendre successivement chaque type de contes, de le suivre de peuple en peuple, d'âge en âge, et de voir où nous conduira ce voyage de découvertes. Ce ne seront pas encore des inductions, mais de simples et passives constatations.
Or voici le fait constant, attesté par mille recherches indépendantes les unes des autres.
Considérons des contes divers, recueillis aux points les plus opposés de l'horizon.
Prenons, par exemple, un conte kalmouk, du Sicldi-kiir. Qu'est-ce que le Siddi-kur'^ Un recueil mogol, qui remonte à un original sanscrit, et il nous est impossible de remonter au delà de ce texte sanscrit.
Ou bien, prenons un conte thibétain, de la collection Ralston :