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LES CONTES D ANIMAUX DANS L ANTIQUITÉ GRÉCO-LATINE

Assurément les orientalistes ne veulent point parler des fables.

Il existe, dans l'antiquité gréco-latine, un vaste corpus de fables. Ces contes d'animaux, tout comme les fictions merveilleuses ou les fabliaux, ont leurs parallèles dans le Kalilah et Diranah.

Il ne s'agit pas ici de recueils d'apologues médiévaux ou byzantins, tels que, pour en expliquer la formation, il suffise de replacer, une fois de plus, sous nos yeux, le tableau synoptique et chronologique des traductions occidentales des grands recueils orientaux.

Bien avant le moine Planude, bien avant les Romulus, bien avant que le monde byzantin existât, les contes d'animaux pullulaient en Occident.

11 s'agit d'Avien, de Babrius, de Phèdre. Avien a écrit vers 375 de notre ère ; Babrius ^ a composé son recueil vers 235 après Jésus-Christ ; Phèdre était un affranchi d'Auguste. Or, ni au temps d'Auguste, ni sous Alexandre Sévère, ni même sous Valentinien II, les recueils orientaux n'avaient commencé leur odyssée occidentale, puisque la première étape en est la traduction pehlvie du Kalilah, entreprise sur l'ordre du prince sassanide Khosroès, vers l'an 550 de notre ère.

Cinq siècles après Phèdre, trois siècles après Babrius, deux siècles après Avien, les chacals Karataka et Damanaka, les lions Pingalaka et Bhâsouraka , le loup Kravyamoukha s'ébattaient encore en paix sur les rives du Gange, et devaient attendre longtemps sous les palmes avant que l'envoyé du roi Khosroès, le médecin Barzouyèh, vînt les y inquiéter. Pourtant, depuis des

1. Pour accepter l'ancienne hypothèse de Boissonade reprise par O. Crusius.

siècles, leurs hauts faits étaient célèbres en Europe. Depuis des siècles , dans les gymnases d'Athènes et d'Alexandrie , sans attendre que Bidpaï fût venu, on faisait apprendre aux petits enfants les mêmes apologues que nous lisons dans le Pantchatantra ou le Mahâhhàrata : le Lion malade^ les Grenouilles qui demandent un roi, VHomme et le Serpent. Dans les écoles romaines, Orbilius le fouetteur enseignait à Horace la fable de la Montagne qui accouche d'une souris^ le Rat de ville et le Rat des champs.

D'où venaient les fables grecques? Nous n'avons pas à répondre à cette question. Mais parcourons rapidement les systèmes proposés : cette revue est fort instructive; on verra pourquoi.

A. — Analyse des principales théories

Négligeons les différentes traditions que les Grecs, déjà préoccupés du problème, conservaient, soient qu'ils fissent venir les fables de l' Asie-Mineure, les uns de la Phrygie, les autres de la Carie ou de la Gilicie ; d'autres encore tenant pour une origine ly bique ou sybaritique, voire attique *.

Parmi les théories modernes, pour laisser de côté le fantôme, évoqué par Grimm ^, aujourd'hui dissipé, de l'épopée animale indo-européenne, quel est le pays où l'idée préconçue qu'il existe quelque part un réservoir primitif des contes, n'ait fait chercher la patrie des apologues grecs? On l'a cherchée, donc trouvée, en Arabie d'abord 3, puis en Egypte^, même en Palestine^, tandis

1. Ces traditions sont savamment exposées et discutées par O. Keller, Ueher die Geschichte der griechischeii Fabel, pp. 350-360.

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