Préface, p. xxii
3. O. Keller, Ueber die Geschichte der griechischen Fahel (1861?), dans les Jahr bûcher fur classische Philologie, IV, t. suppl., 1861-7, pp. 309-418.
Bédier. — Les Fabliaux. 7
néité. D'après Keller, les premiers inventeurs de l'apologue sont bien les Indiens ; mais , plus tard, dégénérés , ils ont, à leur tour, subi l'influence occidentale. « Le stock primitif des anciens apologues ésopiques est venu de l'Inde et s'est répandu en Occident avant Babrius ^. Puis, après la mort de Jésus-Christ, lorsque les invasions étrangères eurent ouvert les portes du monde oriental aux littératures d'Europe, nombre d'apologues grecs, de formation relativement récente, pénétrèrent dans rinde. La gloire d'avoir inventé les contes d'animaux les plus beaux et les plus anciens reste aux Indiens, et les Grecs, à l'époque la plus brillante de leur littérature, n'ont été que leurs tributaires. Mais, lorsque, les jours de l'automne finissant, ceux de l'hiver furent venus pour la littérature indienne, l'Orient accueillit à son tour les belles collections de fables grecques ^. »
e) Théorie de M. Rhys-Davids. — Enfin, en ces dernières années, de nouveaux faits ont été apportés au débat, et M. Rhys- Davids a comme renouvelé le problème 3.
Il a mis en relief la haute antiquité des Jàtakas^ qui racontent les diverses incarnations du Bouddha, et qui remonteraient peut-être à l'époque même de Çakyamouni, soit, sans doute, au v*^ siècle avant Jésus-Christ. On y trouve parfois les mêmes fables que dans l'antiquité grecque, et les contes des Jâtakas seraient le stratum archaïque du Pantchatantra. Les Jâtakas ne seraient-ils point aussi la matrice des apologues? Benfey ne les connaissait qu'imparfaitement. Il admettait, pour la composition des grands recueils de fables, la série chronologique suivante, en procédant du plus ancien au plus récent : Babrius — Phèdre — Jâtakas — Pantchatantra. C'est pourquoi il crut devoir admettre l'origine grecque des contes d'animaux et la belle simplicité de son système général s'en trouva compromise. Aujourd'hui, on admet plus communément la série inverse : Jâtakas — Phèdre — - Pantchatantra — Babrius, qui donne l'antériorité aux fables indiennes. M. Jacobs conjecture spirituelle-
1. C'est-à-dire, d'après la date que Keller assigne à l'œuvre de Babrius, antérieurement à l'an 150 avant J.-C. (V. p. 390.)