Guêpes, V
9. Cratyle, 411 a. — Phédon, p. 61. Dans le Premier Alcihiade, Platon rapporte la fable du Lion et des Animaux.
Mais ce n'est pas assez ; remontons plus haut dans le passé de la Grèce : les anciens, qui ont pu connaître dans leur intégrité les anciens lyriques, nous disent qu'ils se plaisaient « à envelopper leurs pensées ou leurs satires du manteau de l'apologue ^ ». De fait, dans les misérables et vénérables fragments qui nous sont parvenus d'eux, nous reconnaissons fréquemment des apologues, chez Ibycus, chez Stésichore, chez Simonide, chez Archiloque ^.
Or, plusieurs de ces fables qui nous sont ainsi attestées aux siècles quasi primitifs de la civilisation grecque se retrouvent aussi dans l'Inde. Le jour où Socrate se comparait à l'âne revêtu de la peau du lion, le Sîha-Cama-Jâtaka, où l'on trouve la plus ancienne forme indienne de ce conte, n'existait peut-être pas encore ^. Stésichore nous raconte certain apologue d'un aigle reconnaissant. Cet apologue reparaît dans le Syntipas ^. De combien de siècles Stésichore est-il antérieur au Roman des Sept Sages et à ses sources les plus reculées?
Enfin, voici le plus ancien ajDologue que nous ait transmis aucune littérature :
« L'épervier parla ainsi au rossignol sonore qu'il avait saisi « dans ses serres, et qu'il emportait vers les hautes nuées. Le « rossignol, déchiré par les griffes recourbées, gémissait; mais « l'épervier lui dit ces dures paroles : Malheureux, pourquoi « gémis-tu? Tu es la proie d'un plus fort que toi. Tu vas où je te
1. Julien, dise. VII, 229 a. àXX' ô [jlsv [j.ùOo; èatt TiàXato; oTzzp oifxat eîoSOaijtv
ot TT) TpoTîixr) 'y(^paj[i.£vot Ttuv vorjtxccTojv y.aTaa/.£'j^. IIoXù; 8à sv TOUTOt; ô Ilapid; (Archiloque) lait 7coi7]Tyfç. (Cité par Bergk, Poet. lyr.^ II, p. 408, note.)
2. Ou trouvera le relevé de ces fables archaïques, soit chez Wagener (p. 10, ss.), soit chez Keller (p. 381-3), soit chez M. Jacobs, soit chez M. Denis, De la fable dans V antiquité classique, Caen, 1883, qui nous donne la liste la plus complète que je connaisse et la plus critique, p. 28-30. Je crois qu'il faudrait supprimer de ces listes plus d'un rapprochement. En voici un exemple : Bergk, Jacobs, etc., croient reconnaître dans un fragment de Théoguis la fable de Ihomme qui réchauffe un serpent. Voici le passage (Bergk, v. 602). Qu'on juge si cette induction n'est pas forcée :
eppe, ôeoîaiv t' è)(6p£ xat âv6pto-otaiv ôcTctaxe, (|/uypov oç Iv xuXtîw Tcor/.i'Xov sî/,^? O'^^v^.. C'est ainsi que Bergk cherche, bien vainement, à reconnaître le lion malade ou un autre apologue dans ce vers d'Archiloque (fr. 131) : yoXrjv Y^p oùx £/£iç £o' r)7îaTt.,. — On pourrait multiplier ces critiques.