LES CONTES MERVEILLEUX DANS L ANTIQUITÉ
Mais, si l'antiquité possède des recueils de fables, elle ne possède pas, du moins, de recueils de contes merveilleux. Les orientalistes peuvent reprendre ici leur attitude favorite, qui se résout en ce raisonnement plus ou moins conscient : c'est dans l'Inde que se trouve la plus ancienne forme de beaucoup de contes merveilleux; donc ils sont originaires de l'Inde.
Contes de l'ancienne Egypte
Le malheur veut qu'il existe des contes dans l'Egypte ancienne. Il veut que l'un des plus anciens témoignages écrits de la pensée humaine soit un conte merveilleux. Ce ne sont pas de vagues ressemblances qui l'unissent aux contes oraux
modernes. Dans une très remarquable étude ^, M. Cosquin a montré que chacun de ses éléments a survécu et vit présentement : il le rapproche successivement, grâce à sa précise érudition, de traditions que connaissent aujourd'hui les paysans dans la liesse, dans la Hongrie, en Russie, en Grèce, dans l'Annam, dans le Deccan, en Transylvanie, en Roumanie, dans la Boukhovine, en Valachie, en Serbie, au Bengale, en Norwège, en Bretagne, etc. Où donc a-t-on recueilli ce vénérable doyen — je ne dis pas cet ancêtre — de nos contes populaires? Dans un recueil bouddhiste? Non : il est plus vieux que Câkya-Mouni, de quelque dix siècles. Du moins l'a-t-on trouvé dans l'Inde, dans les Upanishads^ en quelque recueil védique? Pas davantage : il est antérieur de plusieurs siècles à l'établissement des Aryas dans rinde. Le conte des Deux frères est un récit égyptien, copié par le scribe Ennânâ, contemporain de Moïse, pour le fils du pharaon qui périt dans les eaux de la mer Rouge 2. Voilà qui embarrasse cruellement les orientalistes. M. Cosquin se demande pourtant si ce conte n'aurait pas pu venir de l'Inde en Egypte, à cette date reculée? — Sans doute ; mais pourquoi de l'Inde plutôt que de l'un quelconque des quatre points cardinaux ^, sinon parce que votre préjugé le veut ainsi?
Faut-il rappeler d'autres contes égyptiens? le Prince prédestiné, dont certains traits se retrouvent dans les traditions orales modernes, ou le célèbre conte de Bhampsinit ^?Elien nous dit dans ses Histoires variées ^ : (( Les Egyptiens racontent que Rhodopis était une belle courtisane. Un jour qu'elle se baignait et que ses servantes gardaient ses vêtements, un aigle vola vers elle, enleva une de ses pantoufles et l'apporta à Memphis où régnait le roi Psammétich. Il la laissa tomber sur le pharaon , qui , admirant l'élégance de la chaussure et comment l'aigle la lui avait apportée, fît rechercher par toute l'Egypte la femme à qui cette pantoufle avait appartenu.