MR, I, b, La Housse partie
Nés puet en mie toutes dire,
Ne trctier en ronianz, nescrire\
De plusors en ot en conter,
Qui très bien font a remembrer ^..
Les jongleurs nous disent souvent en quel lieu ils ont recueilli leur fabliau, au hasard de leurs pérégrinations : celui-ci « l'a oï conter à Douai "^ »... cet autre <( en Beessin, moût près de Vire ^ »... ou bien
A Vercelai, devant les changes :
Cil ne set mie de losenges, Qui me l'a contée et dite ''...
Cet autre, Gautier,
Tant a aie qu'il a ataint
D'un autre prestre la matière^...
Nos conteurs n'allèguent donc jamais — ou presque jamais — une source littéraire. On sait pourtant le respect du moyen âge pour la chose écrite. Volontiers les jongleurs invoquent, inventent au besoin des livres m^^stérieux où ils ont, assurent-ils, puisé leur matière. S'ils avaient su que leurs contes se trouvaient dans des livres orientaux, on peut l'assurer, ils se seraient vantés de les y avoir découverts. Comparez les lais : Marie de France, Chrétien de Troyes ont toujours conscience d'imiter les Bretons ; même lorsque leurs récits n'ont rien de kymrique, ni d'armoricain, ils les donnent pour tels. Ils se plaisent à affubler leurs héros de noms celtiques, ou d'allure celtique; à placer l'action dans l'Armorique, à Dol, à Saint-Malo ; ou en Cornouaille, à Tintaguel ; à Caer-Lleon, à Caer-Went en Monmouth. Dans les