‹ Les fabliauxChapitre 75 sur 257 · MR, I, b, La Housse partie · texte numérisé non relu

MR, I, b, La Housse partie

Nés puet en mie toutes dire,

Ne trctier en ronianz, nescrire\

De plusors en ot en conter,

Qui très bien font a remembrer ^..

Les jongleurs nous disent souvent en quel lieu ils ont recueilli leur fabliau, au hasard de leurs pérégrinations : celui-ci « l'a oï conter à Douai "^ »... cet autre <( en Beessin, moût près de Vire ^ »... ou bien

A Vercelai, devant les changes :

Cil ne set mie de losenges, Qui me l'a contée et dite ''...

Cet autre, Gautier,

Tant a aie qu'il a ataint

D'un autre prestre la matière^...

Nos conteurs n'allèguent donc jamais — ou presque jamais — une source littéraire. On sait pourtant le respect du moyen âge pour la chose écrite. Volontiers les jongleurs invoquent, inventent au besoin des livres m^^stérieux où ils ont, assurent-ils, puisé leur matière. S'ils avaient su que leurs contes se trouvaient dans des livres orientaux, on peut l'assurer, ils se seraient vantés de les y avoir découverts. Comparez les lais : Marie de France, Chrétien de Troyes ont toujours conscience d'imiter les Bretons ; même lorsque leurs récits n'ont rien de kymrique, ni d'armoricain, ils les donnent pour tels. Ils se plaisent à affubler leurs héros de noms celtiques, ou d'allure celtique; à placer l'action dans l'Armorique, à Dol, à Saint-Malo ; ou en Cornouaille, à Tintaguel ; à Caer-Lleon, à Caer-Went en Monmouth. Dans les

Page 1