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Décaméron, V

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je crois que je serai promptement guéri. » Elle se résout à lui faire visite. Frederigo degli Alberig-hi veut la traiter honorablement; mais, dans son dénûment, il ne trouve aucun mets digne de lui être oirert. Il prend donc son bon faucon, lui tord le cou, et le fait servir à la dame. Aj)rès le repas, Monna expose la requête de son fils ; mais Frederigo ne peut plus que lui montrer les plumes, les pattes, le bec de son oiseau favori, qu'il a tué pour elle. — A quelque temps de là, le petit malade étant mort, Monna épousa Frederigo.

Voici les rapprochements que M. Marcus Landau^ imagine à ce sujet. Dans une légende bouddhique (p. p. Stanislas Julien, Mémoires, II, 61), le Bouddha se transforme en pigeon, et se laisse rôtir pour apaiser la faim de la famille d'un oiseleur. Dans le Pantchatantra (liv. III, conte VII), et dans le Mahàhhàrata (XII, V. 546, 2), un oiseleur a pris dans ses filets la femelle d'un pigeon et l'emporte dans une cage. Un orage terrible ayant éclaté, il se réfugie sous l'arbre où l'oiseau qu'il tenait prisonnier avait établi son nid. Il réussit à allumer du feu et invoque la protection des habitants de l'arbre, pour qu'ils l'aident à trouver quelque nourriture. La femelle captive, émue de cette prière, exhorte son mâle à remplir les devoirs de l'hospitalité invoqués par le chasseur et le pigeon se jette de lui-même dans le feu pour servir au repas de son ennemi.

Et M. Landau énumère d'autres légendes où Indra prend la forme d'une colombe, où le Bouddha se métamorphose, pour se sacrifier, en pigeon et en divers autres animaux. <( On montrait dans l'Inde, on montre peut-être encore aujourd'hui, les lieux où le Bouddha s'était sacrifié pour sauver un pigeon ou avait offert son propre corps en nourriture à une tigresse et à ses petits affamés, ceux où il avait donné en aumône ses yeux ou sa tête.

(( Dans Boccace, ajoute M. Landau, Frederigo degli Alberighi n'a rien à offrir à la dame aimée qui le visite : il se trouve donc dans la même situation que le pigeon du Pantchatantra. Il sacrifie non pas son propre corps, mais son trésor le plus cher, son unique faucon, et reçoit en récompense le plus grand des biens, — l'amour de celle qu'il aime, — de même que, dans

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