PAfciou cf. t. I, p
lîVTRODIOTION XXI II
habituel, que par une sorte d'efTusion, de fiaiichise, ils > appelaient le Bugiale, c'est-à-dire fa forge aux mensonges (1). C'est là que furent contées les Facéties que l'of^gio réunira plus tard en volume, après les avoir ; écrites au jour le jour, en latin, pour se faire la main, se \ perfectionner dans la langue de Gicéron, de Térenceetde ' Piaule. ^
Une autre réunion, composée de Oianozzo Monelti, / Giovani Aurispa, Gaspard deBologne, Leonardo et Carlo d'Arezzo. Poggio et d'autres savants en grand nombre, avait lieu en plein air soir et matin, près du palais du pape, on y discutait amicalement sur toutes les questions de littérature. Régulièrement, on y voyait arriver en hâte monté sur un mulet, accompagné de deux serviteurs, chargés de livres achetés en route, Thomas Parentucelli, secrétaire du cardinal Albergali. Jeune, il offrait déjà le type du vieux savant bouquineur et discoureur. De manières fort simples, il ne s'occupait guère de sa personne et des usages de la cour, tout l'argent qu'il pouvait se procurer était dépensé dans ses fréquentes visites aux boutiques des libraires; aux heures de loisirs, il se rendait aux réunions des humanistes ou aux séances de l'académie deSan-Spirito. A peine descendu de son mulet, il entrait avec vivacité dans la discussion littéraire commencée par les beaux esprits, ou la controverse philosophique et théologique de gens doctes et pieux.
Poggio profita du calme politique pour continuer ses études de la langue grecque, entre autres, et pour rédiger divers ouvrages, particulièrement son Dialogue sur l'Avarice, qu'il dédia, en 1429, au cardinal Prosper Colonna, neveu du pape.
Dans ce dialogue, Poggio donne lii)re cours à sa haine contre les moines. Du moment que, lui, lettré, érudit, amateur des arts, a jugé que les moines sont ignorants,
!. Buqiale, dérivé de l'italieu burjia, nieûsonge.
XXIV INTUOiJUtTlOiN
grossiers, sans amour pour l'antiquité, ceux-ci niéritenî. plus que son mépris et il leur adresse ses rudes inveclivt'S. Il ne trouve pas d'expressions assez acerbes, assez blessantes, pnur flétrir Thypocrisie, l'avarice, la suffisance, l'immoralité des moines; il les poursuit des traits de sa satire et de son ironie, il les en crible à tous propos, sans qu'on sache trop pourquoi, dans ses lettres, ses harangues, ses traités; rien n'égale en violence, les injures à leur adresse accumulées dans ses dialogues sur l'Ai'nrice et sur la Misère hmnaine.
Or, si les moines savaient on quel estime le secrétaire du pape les tenait tous, Poggio n'ignorait pas que ceux-ci avaient, pour ses théories païennes et le dérèglement de ses mœurs, le plus profond mépris.
En 1431. Eugène IV succède à Martin V. Le nouveau pape était un homme saint et ami des lettres, il promit en ceignant la tiare, de réformer la cour pontificale dans son chef et dans ses membres ; il fit beaucoup, mais ne put tenir toutes ses promesses, Poggio et ses compagnons, malgi'é le peu de moralité de leurs mœurs et de leurs écrits, restèrent à la Curie où l'on avait besoin de gens aussi experts dans les lettres.
Malgré le mérite personnel d'Eugène IV, son pontificat ne fut pas heureux. Une sédition excitée cà Rome, obligea ce pape à s'enfuir, il ne put même s'échapper que par une espèce de miracle, déguisé en moine et monté sur une petite bîîrquo qui, descendant le Tibre, le conduisit à Oslie, de là il se retira à Livourne et (inalement à Florence,
Dans le tuiuulte, les serviteurs du pape se dispersèrent ; chacun d'eux pourvut à son salut en consult;int la prudence ou la crainte. La plupart se i-éfugièrent .sur de légères barques côtières, dans l'intention de rejoindre leur maître, mais leur naAigation fut malheureuse ; ils l'.uiibèrent presejue tous dans les mains d'impitoyables pirates corses, qui volèrent leur argent et tout ce qu'ils
INTRODUCTION \XV
enipurtaienl. Les ulliciers du Sniiit-Siège, qui so rtiiidireiit par terre à Florence, éprouvèrent d'auti-es dangers. Puggioeut le inallieur de rencontrer une troupe de soldats de Picciniao qui l'onunena prisonnier, dans l'espoir d'extori}uer de lui, pour sa rançon, une somme d'argent considérable. Dès que la nouvelle en lut connue en Toscane, ses amis et particulièrement Ambrozio Traversari, prirent le plus vif intérêt à son infortune; ce dernier recourut à Francesco Poppio pour lui faire rendre la liberté, sans ranyon.par son entremise; mais ces démarches ne réussirent pas, les grossiers et farouches soldats qui le retenaient, furent sourds à toutes prières; probablement même, que le vif intérêt qu'excita leur prisonnier, leur lit hausser le prix de sa délivrance. Poggio voyant qu'il ne sortirait de prison qu'à prix d'argent, paya la somme exigée de lui, et qui était très onéreuse relativement au modique élat de sa fortune, puis il se rendit à Florence. (1)
Dans toute autre circonstance que celle de la fuite d'Eugène I"V, Poggio se serait facilement consolé de l'infortune qu'il avait éprouvé en suivant le soit de son maître. Le transport de la cour pontificale à Florence le ramenait dans les lieux où il avait fait ses premières éludes; il regardait depuis longtemps la capitale de la Toscane comme un asile hospitalier, où se perdait le sentiment de ses peines dans les doux épanchements de l'amitié. Mais le sort se plaît à faire évanouir les plus agréables espérances.
Lorsqu'au terme de son voyage. Poggio aperçut de loin les tours de Florence, il éprouva une amère tristesse en pensant qu'il ne verrait pas son illustre protecteur, Gosme