‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 103 sur 169 · Lisiiux, 187G · texte numérisé non relu

Lisiiux, 187G

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« Dans plusieurs des bains de rAllemag-ne du sud, à Gastim, près Saltzbourg, par exemple, la légèreté des costumes et la familiarité entre naïades et baigneurs ne s'éloignent guère de la description de Pogge. En Suisse, ceux qui ont habité quelque temps l'intérieur du pays, connaissent la facilité toute primitive des jeunes tilles de l'Oberland et des riveraines du lac des Quatre Cantons, à permettre la constatation de leurs charmes. Cette condescendance naïve rappelle le flirtage des vierges américaines, avec moins d'accidents ; car il est un droit, un seul peut-être, que leur prudente simplicité réserve à l'époux que cette attrayante complaisance a pour* but d'attirer. Dans le Valais, les bains de Luèche, près de Sion, offrent à peu près sans correction le tableau de haute saveur décrit par Pogge '.

« Cn de mes amis, continue Antony Méray, eut occasion de s'y rendre depuis Turin, il y a cjuelques années, en très honorable compagnie. En parcourant ma traduction des bains de Bade, près Thurgau, il crut un moment qu'il s'agissait de ceux de Luèche. tant les usages de la Suisse du nord et de la Suisse du sud se ressemblaient, malgré les quatre ou cinq siècles qui les séparent. Son expérience m'a été très utile pour certains détails que je ne m'expliquais pas très bien. J'ap-

1. Le D' Bonueloy, déjà cilé, a fait la moine constatation qu'Antony Moray et son ami, et que font encore les touristes d'aujourd'hui.

pris de lui, entre autres choses, que les tables flottantes sur lesquelles on servait, en pleine eau, des repas à frais communs, usage florissant encor(i à Luèclie, étaient fabriquées en liège. Les convives, me dit-il, prennent en très bonne part les chutes des verres, des plats et des bouteilles, que la turbulence occasionne dans ces banquets mouvants. Les visiteurs circulent encore, dans les bains du Valais, autour des galeries qui surmontent la pièce d'eau où se font les ébats féminins. hk aussi les jolies baigneuses, demi nues, reçoivent des pièces d'argent, des couronnes et des bouquets de fleurs, et en les recevant dans leur court vêtement soulevé font, quelquefois, encore murmurer les Gâtons. »

Par contre, le voyageur a fait une constatatiou importante : « T/est la différence notable qui existe entre aujourdliuy et jadis dans lélément ecclésiastique, qui est aujourd'hui fort rare. Un prélat français qui se trouvait avec la noble compagnie piémontaise, s'arrêta à la porte. De quelque manière qu'on essayât d'excuser à ses yeux le badinage des vierges valaisanes, il refusa oljstinémcnt de franchir le seuil de la piscine. Cette manière légère de prendre les eaux lui semblait un peu profane ; l'opinion d'aujourd'hui est devenue si sévère, d'ailleurs, à l'égard du clergé ! » Et les mœurs sont heureusement bien changées en certains points.

Antony Méray, homme spirituel et bon vivajit.

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s'écrie : « C est le cas de piendre poui' règle la bienheureuse devise de l'ordre de la Jarretière : Honni soil qui mal y pense ! Il faut se faire uu cœur placide et un esprit simple ; il faut retrouver la franchise de l'âge d'or, la bonhomie des gracieux insulaires d'O'Taïti, au moment où les vaisseaux de Bougainville y abordèrent, si l'on veut goûter sans réflexions fâcheuses, ces scènes primitives de l'Eden I »

Nous avons serré, autant qu'il est possible, le texte de près, dans la traduction que nous donnons. Nous avons dû pour cela nous référer à diverses éditions totales ou partielles de l'œuvre de Pogge. Nous nous sommes arrêtés, de préférence, au texte de l'édition incunable, à longues lignes, imprimée en caractères ronds, par Jehan Petit, à Paris, sans date.

La première traduction française qui en ait été donnée, avait été elle-même faite sur la traduction anglaise que W. Shepherd avait publiée dans sa vie de Pogge. Aux fautes du premier tradncteur vinrent s'ajouter celles du second. La principale erreur de l'anglais Shepherd, c'est d'avoir interprété le passage relatif aux Lettres hébraïques de Jérôme de Sainte-Foi, de la manière suivante, que nous reproduisons d'après la traduction publiée en 1820 :

(( Si vous l'eussiez reçue (^ma lettre), vous m'auriez certainement écrit, ne fut-ce que pour me féliciter sur un nouveau genre d'étude que vous m'avez

si souvent conseillé d'entreprendre. Je ne vois pas que l'hébreu me soit jamais d'un grand secours pour acquérir des connaissances philosophiques, mais l'acquisition de cette langue contribuera à mes progrès dans la littérature et je crois déjà en savoir assez pour démêler les principes suivis par Saint-Jérôme dans sa version de l'Ecriture Sainte. »

Rien de semblable dans le texte.

La seconde traduction, celled'Antony Méray a été publiée, en 18G8, ^arV Académie des Bibliophiles^ et une seconde fois par l'éditeur Liseux, en 187G, sous le titre de : Les bains de Bade au A'*' siècle^ par PoGGE, Florentin. — Scène de Vcige d'oi\tiaditile pour la première fois. Elle est plus exacte, élégante de style et soignée en tous points ; mais quelques fautes n'ont pu cependant lui échapper : fautes de lecture ou fautes de texte, on ne saurait préciser. La principale que nous ayons relevée, est dans le passage où Pogge raconte que ses amis se mirent au bain, bien qu'ils ne connussent point le langage des baigneuses et qu'ils dussent se servir d'un interprète. Méray écrit : L'essentiel était qu'ils fissent du bruit avec leurs lèvres, ce qui ne signifie rien, tandis que la traduction littérale du latin donne: Tout en agitant fréquemment leurs éventails.

Anton y Méray a fait précéder la lettre de Pogge d'une cliarmante et spirituelle introduction, dont nous avons tiré profit largement, ainsi que de

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quelques notes fort judicieuses, mais trop rares, dont il a aecompa.iiné le texte ; nous devions en toute justice reconnaître ces emprunts et témoigner de rincontestable utilité dont a été pour nous le texte, les notes et la traduction même de cet écrivain.

P. desB,

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