‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 119 sur 169 · COUPLET · texte numérisé non relu

COUPLET

Gri'goiro Revenant de boire Trouva sa femme avec Lucas Sur un lit. Ils ne dormaient pas Le bonhomme en sourit et, refermant la porte ; 0 Courage, dit-il, mes enfans.

Si vous allez toujours de même sorte, Vos souliers dureront longtems. »

Recueil de pièces curieuses et )iouveUes, tant eu prose qu'en vers, La Haye. 169'j

LXXXllI fpage IL^}

LARMES SUR LA iMORT DE PINDARE

Une très docte demoiselle,

Et le fameux rimeur Chapelle,

Après avoir bien disserté

Sur la sublime poésie

De la charmante antiquité»,

Vuidoient un pot de malvoisie

Pour éviter l'oisiveté.

Quand i)ar hasard, dit mon histoire ^

11 lui revint dans la mémoire

Que, grâce à certains charlatans, ^

Pinlaro était mort à trente ans;

Pindare, ce plein d'harmonie,

Pindare, ce brillant génie !

Pindare qui pouvait encor

Nous donner un volume d'or.

Et là-dessus le bon Chapelle

Et la savante demoiselle

Cédant à leur vive douleur.

Se mirent à verser des pleurs,

Maudissant la Parquo barbare, Qui ravit au monde Pindare.

Un laquais qui pour lors entra, En les voyant pleuror, pleura, Et nul n'ayant un cœur de roche, Le deuil gagna de proche en proche.

Par un vieux cocher désœuvro, IJientôt Pindare l'ut pleuré.

Et ne voulut la cuisinière, Etre à pleurer la dernière.

Il n'est pas jusqu'au marmiton Qui ne pleura et tout de bon, Tant c'étoit un combat bizarre, A qui viendrait pleurer Pindare !

Et moi qui vous compte ceci.

Peu s'en faut que j'en pleure aussi.

Ne pleurons pourtant pas si vite, Et de 1 histoire oyez la suite...

Au bruit des douloureux accens, Des hëlas plaintifs et touchans, Qu'on entendait du voisinage, Accourut un Suisse, homme sage, Qui s'étant fait instruire en gros, Au sujet de tant de sanglots, S'enquit si ce monsieur Pindare, De qui vient toute la gabarre, Etoit ami de la maison, Ou parent de quelque façon.

S il fut au moins de la paroi -se.

Pour causer ainsi tant d'angoisse.

S'il étoit mort en bon chrélien.

Ou comme plusieurs ea \a'.irien...

El réponse ayant été l'aile, Que c'étoit un charmant poète, Un peu mécréant etpiyen, D'ailleurs assez hommj de bien, Qui composa des chansonnettes, Ou plulùt des odes parfaites, Et dans la Grèce trépassa, Près de trois mille ans en-deça...

Aussitôt comme en vrai délire, Le Suisse de rire, de rire.

De rire à s'en tenir les flancs, Et vit-on dans le même lems.

Rire de !a même mnniôre,

Le cocher et la cuisinière, Autant en fit le laqueton.

Et le très dolent marmiton, Et convint à Monsieur Chapelle, De rire, ainsi qu'à la donzelle, Et moi qui vous conte ceci, Trouvez bon que je rie aussi.

Àlmanach des Muses, Poooiana XIV, T. r. Part, IV, p. 17i.

LXXXVII (page llU) L'ANE RETROUVÉ

CONTE

De charlatans on n'a jamais manqué.

C'est un gibier grâce au ciel des moins rares.

On me dira que les gens sont bizarres.

Et qu'un fripon est bientôt démasqué.

J'en suis d'accord, mais nous aimons à croire,

C'est du Français le défaut dominant.

Un homme annonce un secret surprenant,

Et merveilleux; il fabrique une histoire;

Il vient de l'iado, apportant, pour tous maux

Remèdes prompts ! Lors, Messieurs lei badauds

D'aller en foule acheter de sa drogue.

Vous avez mal aux dents ? prenez cela.

Vous, c'est aux pieds ! Votre argent... Bon, voilà,

Pour vous guérir, dira-t-il d'un air rogue,

Un bonnet tare, quatre grains d'oripeau

Font d'un ignorant, un Gallien nouveau.

Un de ces gens habitait un village,

Dieu sait combien il avait de chalaas !

De l'aller voir, tous élaient diligens.

On le disait savant à trijde étage.

En peu de temps le nom da personnage

P'ut divulgué C'est Monsieur un tel,

Dont il avait; moyennant certain sel,

Guéri la fièvre; enfin de cent manières

On l'exaltait; le sort du charlatan,

Son grand remède, c'était force clistères,

Il ruinait tous les apothicaires.

Quatre valets sans cesse à tout venant

Diatribuaieut des bouillons salutairos.

Or un beau jour avienl qu'un paysan

Perd son baudet. Voilà-t-il pas le rustre

D'imaginer que l'Escupale illustre

Experl en lout saura lui déterrer

Cet animal qu'il n'a pu recouvrer.

Il court à lui, va, vient, tourne, s'empresse.

Pousse, coudoyé, et veut fendre la presse.

Le médecin qui de loin l'aperçoit,

l^'imajfinant que c'étoit un malade,

Lui dépêcha sur i'iieure une Auspessade,

Seringue eu main, le paysan reçut.

Sans dire mot, l'interne régalade,

Puis il partit, ne doutant nullement

Qu'il n^ truuvât son âne promptement.

A mi-chemin, sentant que le clistère,

Pour s échapper fai.soil de grands eli'orls

Il saccroupit .sur la verte lougère.

Et brusquement mit son liote dehors.

Par un hasard, qu on peut nommer unique,

A quatre pas, derrière des buissons

Moasieur son âne épluchait ses chardons.

Le bruit que lit, rendant le spé.ilique

Notre manant, eli'raya l'animal,

Qui sur-le-champ entonna sa musique,

Son doux hihan. « Ah 1 quest-ce par Saint-Gai,

Quentend-je là ( C est mon âne, je pense !

Eh ouil c'est lui ; bon sang ne peut mentir.

La belle cure ! Il faut en convenir.

Ce médecin a bien de la science. »

Le Siufje de La Fontaine, p. GG, I partie, 1773.

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