Pastok, cf., t. II, p
INTRODUCTION XXXIX
que, il fut nommô l'un des « Pxieurs(ies Arts ». Ce litre était celui des syndics des diiïérentes corporations de la ville; les attributions de ces magistrats comprenaient entre autres, la conservation du bon ordre et le maintien des franchises du peuple llorentin.
Les soins et les occupations de sa place de chancelier et ses fonctions de prieur des arts, ne le détournèrent pas entièrement, ni de ses travaux ni de ses querelles littéraires, et ne lui firent pas non plus oublier ses haines, ses rancunes et ses animosités. Peu après son retour à Florence, il eut avec Laurent Valla. professeur éminent et polémiste acerbe, une guerre déplume presque aussi violente que celle qu'il avait eue avec Filelfo; il s'y livra avec toute son àcreté d'humeur et cette intempérance de langage qui avait déjà flétri sa plume, et qui maintenant, déshonoraient sa vieillesse. La querelle avait déjà commencé avant le départ de Rome, et dura assez de temps pour amuser la galerie et soulever le dégoût de quelques honnêtes gens. « Filelfo, qui le croirait? dit Charles Nisard, Filelfo lui-même, cet homme si batailleur, si fier et si implacable, eut horreur de ces scandaleux débats. Il écrivit aux deux champions une très longue lettre où il leur débite, sur les avantages de la modération, des lieux communs pleins de sens et d'à-propos, mais qu'on ne peut s'empêcher de trouver plaisants dans la bouche d'un homme qui avait si longtemps méconnu ces avantages. Aussi, ses conseils n'eurent-ils aucun effet » (1). Filelfo, du moins, prouva par là, combien il est plus aisé d'offrir de sages avis que de bons exemples.
En prenant possession de la charge de chancelier de la République, Poggio prononça un fort beau discours dans lequel il annonce qu'il a pris la résolution d'em- [•loyer désormais à l'étude, le reste de sa vie, et malgré
1. Ch. Nisard. Les Gladiateurs de la république des lettres. T. I, p. 258.
XL INTRODUtlTlO.N
son zèle pour les alïaires générales et ses fonctions, il tint parole.
Le premier fruit de ses études fut son Dialogue sur le malheur de la destinée humaine; peu après, parut sa traduction critique de VAne, de Lucien, qu'il prétend avoir été le prototype de VAne d'or, d'Apulée.
La place que Poggio occupait, mettait entre ses mains toutes les facilités pour écrire l'Histoire de Florence [l], aussi se mit-il avec ardeur à ce travail qu'il no put malheureusement achever, car la mort vint l'interrompre le 30 octobre 1459(2).
Le 2 novembre suivant, Florence lui fit des funérailles solennelles et sa dépouille fut inhumée dans l'église de Sainte-Croix.
Son portrait, peint par Antonio Polaioulo, et donné par ses enfants, fut placé dans le palais dit Proconsolo, et ses concitoyens témoignèrent d'une manière encore plus éclatante, leur reconnaissance de l'honneur que ses talents avaient fait rejaillir sur la Toscane, en lui érigeant une statue sur la façade même de l'église Santa-Maria-del- Fiore. La destinée de cette statue a été singulière; le Grand duc de Toscane ayant ordonné de faire divers changements au portail de l'église, on la transporta dans une autre partie du bâtiment et elle est entrée dans la composition d'un groupe qui représente les douze apôtres (3).
l L'Histoire de Florence, écrite par I^oggio eu latin, t'utachevée et traduite en ilalicn par Jacques Bracciolini, l'uude ses fils. Cette traduction, iuiprimée à Venise en 1470 et réimprimée souvent, fut seule connue pendant lougtemps. L'origiual latin ne lut publié à Venise qu'eu 1715, par J.-B. llecanali, avec des notes biographiquei trop sommaires sur Pog-io.
'2. Alcide Bonne ju prétend qu'il mourut un peu promaturtment à soixante-dix neuf ans sonnés, pour avoir étj trop aimé par sa femme.