‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 23 sur 169 · I.ll INTRODUCTIOIN · texte numérisé non relu

I.ll INTRODUCTIOIN

déclare que Poggio l'a trouvé dans le XII" livre de Josepli, qui le prêle au juif Hircan, assis à la table de Ptolémée.

L'éditeurdes œuvres de l'oggio, François-Joseph-Michel Noël, dans ses <-urieuses recherches sur lus origines elles imilaiions àesFacc/ies, indique un bien plus grand nombre dcmpruntsfailspar Poggio, à l'anliquité el au moyen âge. (-)n en trouvera la menlion dans les noies de celte Iraduclion. Os notes ont été, autant que possibli-. classées clironologiquement,les origines d'abord, les iniitations ensuite, jusqu'au xvni« siècle inclus.

Les Facéties devaient être le premier ouvrage qu'on imprimai de Poggio, remarque de Montaiglon; elles eurent dès leur apparition, le plus grand succès. Ce serait presque un livre à faire, que la bibliographie sérieuse des éditions des Facéties, dont le nombre est étonnant au xv*^ siècle: les plus célèbres elles plus curieux imprimeurs les ont reproduites. Les éditions sans date, qu'on regarde comme les premières, sont aux environs de 1 470. L'une sort de l'atelier du couvent de Sainl-Eusèbe, à Rome; l'autre, des ateliers d'Ulric llan, une autre encore est peut-être de Vindelin de Spire. Puis, et comme sans interruption, on trouve les éditions: d'Andréas Gallus à Ferrare (1471); d'Antoine Koburger, à Nuremberg avant et en l'i75; en l'i77, de Jean Roppard, de Christophe Valdarfer à Milan, de Petrus Cœsaris à l'aris; en 1481, de Léonard Pachcl et dl'lrich Scinzinzeller encore à Milan; de \'eniso en 1487 et 1588 el, pour clore celte première période, do Michel Lenoir à Paris.

Peu de livres ontà leur bilan une telle suite d'honneurs. Il fut encore très réimprimé au xvi'' siècle, et jusqu'à Cracovie en 1592; mais le xvin'' siècle le négligea et il faut aller jusqu'aux dernières années de ce siècle-là. pour trouver les deux petits volumes de F. J. M. Noël, faits avec soin, mais non exempts de fautes; fautes qui n'ont pas toutes disparues dans la dernière édition latine, publiée avec une traduction par Isidore Liseux en 1878.

INTRODUCTION

GUIf.LACMK TAP.DIF l.T r.KS TRADUCTEfiRS FRANÇAIS DK POGOIO

Pogge nous apprend lui-même, que ses Facéties étaient traduites dans toutes les langues et servaient à la distraction de la lionne société de l'Europe civilisée du \ve siècle.

Quelle fut la première traduction française?

La première en date que nous connaissions, est celle que vers 1480 il), Guillaume Tardif, du Puy en Velay, écrivit pour divertir son maître le roi de France, Charles VIII, et peut-être bien aussi, sa souveraine, AnnedeBretagne, d'intègre mémoire. Cette traduction fut publiée sans nom de traducteur et eut de nombreuses éditions, notamment vers 1510 à Paris, chez « laveufve feu Jehan Trepperel ». puis celles de Jehan Bonfons, en 1549, et de Nicolas Bonfons. en 1574. Le bibliographe Brunet indique aussi celles de Lyon, Pellet, 1600; Rouen, Jean du Cor, 1602 et Paris, Couturier, 1605. « Parleur date, dit de Montaiglon. ce sont comme les éditions de Costé, à Rouen, une trace de décadence en même temps et de popularité encore réelle, et il est étonnant que de là. la traduction de Tardif n ait pas passé dans la Bibliothèque bleue.

Les premières éditions ont 115 facéties, puis les suivantes tombent successivement à 112 cl même à 80.

I. l.a première éililion des FacHii'x di' Poçiqc est de 1170.

LIV INTRODUCTION

Les éditeurs du wi!» siècle, malgré les dates données ci-dessus, sont ceux qui ont le plus négligé l'œuvre de Poggio; pour le retrouver, il faut aller jusqu'au xvni«, qui s'est repris plus d'une fois aux curiosités littéraires du passé.

Au xv« siècle également, le Révérend Frère Julien, des Augustins de Lyon, docteur en théologie, a aussi traduit aucunes ioyeuses facéties de Pogge, à la suite de son livre Des subtilles liysioires el fables de Jisope, translatées de latin en francoys el aussi d'Avian et de Alphonse, imprimé à Lyon, chez Malhis, en 1484. Pour être plus concise que celle de Guillaume Tardif, la traduction du Frère Julien n'est guère plus littérale. Les quelques facéties dont il a fait choix sont des premières du recueil — de ngïves gravures sur bois ornent quelques-unes; le marin de GaiMe rentrant au logis, le fou et le cavalier à la porte du médecin qui immerge les fous dans une mare, la vache qui met bas un dragon , le veau à deux têtes, le monstre moitié homme moitié poisson, le renard, le coq et les chiens.

La traduction publiée en 1712 à Amsterdam, chez Jean- Frédéric Bernard, petit in-12 de 240 pages, frontispice gravé par Lamswelt, a pour litre : Les Contes de Pogge, Florentin, ai'ec des réflexions. Les réflexions nouvelles, dit Montaiglon après Brunet, attribuées par les uns à David Durand, qui les a désavouées, k Frédéric Bernard et même à Langlet Dufresnoy par les autres, sont dans tous les cas, puériles quand elles ne sont pasridicules(l), mais il faut remarquer qu'il n'y a pas un conte qui ne soit dans Tardif, et il y en a même une quarantaine do moins. Les réflexions dans le guùt nouveau ont remplacé ses moralités naïves, mais avec l'orthographe modernisée, c'est la vieille traduction qui est le texte de la nouvelle.

1 On trouvera en note (juelques-unes des réflexions de l'édilion d'Anisterdain (171Î).

INTRODUCTIOiN LV

On peut même dire d'après quelle famille d'éditions ce démarquage de linge a été fait. En elTet, la réimpression de Bonfons, 1573, n'a plus que soixante-treize facéties; celle de Bernard n'en a pas davantage.

Très peu de temps après paraissait l'ouvrage de Jacques Lenfant : Pog^inna, ou la vie, le caractère, les sentences et les bons mots de Pogge, Florentin, avec une Histoire de la République de Florence et un supplément de diverses pièces importantes, Amsterdam, Pierre Humbert, 1720, '1 vol. in-t2. Le recueil des bons mots de Pogge et des hommes de son temps (II, p. 159-272) a 136 articles. L'ordre n'est pas le même que dans les autres recueils, et Lenfant a ajouté vingt-cinq articles qu'il a extraits d'autres ouvrages de Pogge.

Des quantités de recueils de contes, d'anas des xvk, xvii« et xviu"' siècles, tels que Les contes à rire ou Récréations françaises. — Les nouveaux Contes à rire. — Roger Bontemps en belle humeur. — Le Tombeau de la Mélancliolie. — Histoires facétieuses et morales. — Le Passetemps agréable. — Le facétiewi- réveille-malin. — Facéties et mots subtils. — Dictionnaire d anecdotes ei Nouveau Dictionnaire d'anecdotes, etc., etc., ont traduit ou imité nombre des Facéties de Pogge, sans compter les faiseurs d'épigrammes : Bernard de la Monnoye, Grécourt, J.-B. Rousseau, Mérard de Saint-Just, Baraton, Lebrun, etc., qui, comme nos grands conteurs Béroald de Verville, Taburot des Accords, Bonaventure des Périers, La Fontaine, Voltaire, etc., ont pris leur bien là où ils le trouvaient, dans le domaine public où l'esprit retombe fatalement.

En 1799, un érudit, un savant, un écrivain intarissable, Cadet de Gassicourt, publiait lui aussi, la traduction de quelques facéties de Pogge, principalement celles imitées par La Fontaine (1). Dreux du Radier l'avait précédé dans

1. « Recherches sur quelques faLles de La Fontaine » clans lef YeiUéex dea Mu:<-'s, II année, n° IX. frimaire, an VIll, p '217.

1,VI INTRODUCTION

ses essais, snns savoir que c'était du l'oggio qu'il Iraduisail(l}.

De nos jours, remarque deMontaiglon, plusieurs traducteurs se sont occupés des Facéties, et leurs volumes sont devenus tout à fait rares.

L'un est de M. -P. Ristelhuber : Les Contes de Po<;<ie Florentin, avec introduction et notes, (Paris, Alphonse Lemerre, 1867, petit in-8o carre . Le traducteur no donne que 112 facéties, dont la bonne moitié se trouve dans Tardif, mais dont 5*.) n'y figurent pas (2).

L'année suivante, Gustave Brunet, l'érudit bibliographe, a fait paraître, à cent exemplaires seulement : Quelques contes de Pogge, traduits pour la première fois en français par Pjiilomeste junior, (Genève, chez J. Gray et fds, 1868, in-12, 68 pages}. Il s'est certainement servi du texte de Noël, car les titres sont traduits des nouveaux titres donnés par cet éditeur de Poggio. L'ordre est entièrement changé, si M. Brunet a 107 articles, tous sont loin d'être de Poggio; sans entrer dans le détail, qui demanderait une table de concordance, les articles 29 à 90 c'est-à-dire la plus grande partie, soit 61 articles, ne sont pas dans les Facéties et viennent de recueils italiens du même genre. Il a été annoncé une traduction des 271 facéties de l'édition de Noël, dont le texte devait être de M. O. Steicher et qui devait être accompagné d'eauxfoi'tes par Henry Grenier de Saint-Martin. La guerre franco-allemande a interrompu le travail qu'elle a fait abandonner, malgré les nombreuses souscriptions déjà re(,tues, et c'est pour y suppléer que M. Anatole de Montaiglon publia la traduction de Guillaume Tardif, chez Léon Willem, eu 1878. (in-8'' L. II. :i51i.

2. Dreux du Radier. — Ilrcrralimis liislorii/ues. vie. (1767).

;'. M. Ristelhuber est mort en I8'.J'.). bibliothécaire à Strasbourg, sa patrie. C'était un érudit fort estimé. Nous avons parfois ini« ses noies à profit. Son livre n"a été tiré qu'à 200 exemplaire!' numéroté.s.

INïRODl CTION |,VII

Le savant polygraphc souhaitait qu'une traduction complète des CGLXXIII facéties, fut faite avec soin. Cle vœu a été peu de temps après réalisé par le bibliophile Isidore Liseux, dans sa petite collection elzévirienne si recherchée de certains amateurs spéciaux. L'éditeur a donné le texte latin avec sa traduction élégante et soignée, mais ce qui ne laisse pas de surprendre chez cet amateur de littérature spéciale, c'est de voir qu'il a, par une pudibondei-ie fort comique en tel personnage, laissé des phrases ou des mots en latin qui, de celte façon, « bravent l'honnêteté ». N'est-ce pas l'histoire du parapluie du condamné de Newgate! Quoiqu'il en soit, cette édition d'Isidore Liseux est excellente et nous a été fort utile, tant pour le texte (jue pour la traduction 1).

Mais revenons à Guillaume Tardif et à sa traduction.

Cette traduction, publiée sous l'anonymat que Brunet lui-même n'a point cherché à percer, est-elle bien de Guillaume Tardif? Nul ne peut le contredire, attendu que le traducteur en a revendiqué la paternité, dans la dédicace qu'il a faite au roi Charles VIII, de son livre des Apologues de Laurent Valla : « Et pour vostre Royale Majesté « entre ses grans affaires récréer, vous ay translaté le plus « pudiquement que j'ay pu, Les Facécies de Page. »

Quel est cet homme qui s'intitule « Liseur » du roi Charles VIII, et natif du Puy en Velay'!*

« Tardif naquit au Puy, on saurait en douter, écrit son biographe et compatriote, Charles Rocher; certains biop-raphes inscrivent vers 1440, la date de sa naissance; ses ouvrages latins accompagnent son nom de l'épithète Aniciensis; dans ses livres français, les Apologues, les

1. Les Facclies île PoçKie traduites en Français, avec le texte latin ■ ' U'ion complète. Deux vol. Petite collectiou elzévirienne. —Bien (I i"anonvme on sait qu'elle est l'œuvre d'un latiniste érudit, qui a li-jduit plusieurs ouvrages pour cette coUeciion. Notamment !( Dialogue de Pogjiio .• Un cieillard doit-il se marier?

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