I.VIII INTRODICTIO.N
DUz moraux, la fauconnerie, on retrouve le nom de sa ville natale, le Puy en Velay. Quelle était sa famille? » Et M. Rocher, après avoir remué bien des paperasses,, n'a rien irouvé de plus qne cette note des Chroniques d'Etienne Médicis, bourgeois du Puy ; « En ce temps « (1475) flourissoit et estoit en bruyt en ladicte ville du « Puy maistre Guillaume Tardif, natif de ladicte ville, qui « moultscientic'.fique homme estoitdesingulièreéloquence, « lequel composa certain livret de grammaii-e, lequel j'ay " veu en mes tendres jours en impression et seintituloit « ainsi : Grammatica Guillernii Thadivi Aniciensis; et en « d'autres sciences fut approuvé et élégant et do noble « engin et très agu en (lisputacion... » et c'est tout.
Les biographes et les historiens semblent avoir quelque peu oublié ou négligé maître Guillaume Tardif du collège de Navarre. Par contre, un Florentin, nommé P^rancesco Florio, qui résidait au couvent de Marmoutier, ayant en 1467, composé une historiette fort leste dans le goût erotique italien de la fin du xv" siècle (1), dédiait son œuvre à Guillaume Tardif, qu'il qualifie de maître, depuislongtemps expérimenté dans la lutte de Vénus et de Mars, et de très habile maître de rhétorique.
Si, à cette date, Guillaume Tardif jouissait déjà d'une certaine notoriété, « il est également permis de croire, dit M. Ch. Rocher, qu'à la même époque, il se poussa à la cour et obtint la faveur de Louis XI. Ce prince, accablé de travaux et d'intrigues, se plaisait fort à oublier les soucis du pouvoir, dans l'entretien des petites gens et surtout des lettrés ; Tardif put très bien parvenir jusqu'à lui et s'en faire valoir. Cette conjecture se fonde sur des apparences parfaitement vraisemblables. Tardif
1. De Ditobus amantibus seu deamore Camilli et Emiliœ Arclinorum liber. F'elicitor expletus est Turonis et eilitus domo Domini Guillermi archiepiscopi Turoneuin l'iGT. — Gii. Rocihku, Introduction à Tardif.
INTRODUCTION LIX
dédia sa Rhétorique à Charles VIII encore dauphin. Cet hommage à l'héritier présomptif de la couronne suppose de hautes protections; un usage, qui avait force de loi, n'admettait la dédicace aux personnes royales qu'après autorisation préliminaire »(1). Un autre motif, qui permet de croire aux accointances de Tardif à la cour, c'est sa liaison avec Angelo Catho, une des grandes figures des cours de Louis XI et de Charles VIII, l'ami de Comines.
En 1483, Charles VIII, à son avènement, nomma Tardif son lecteur, charge modeste qui ouvrait les portes du palais, et oiïrait la table et les distractions des déplacements royaux. La fréquentation des seigneurs et des prélats semble même avoir favorablementdéteintsurlemaître liseur. Il y gagna cette politesse, cette désinvolture, le ton vif et délibéré.
Uniquement réduit à sa cellule scolastique, il fut resté probablement un érudit prétentieux, épais, frotté au beau monde, initié aux manières des hautes régions, il se décrassa et s'aiguisa. Simple pédagogue dans sa grammaire et sa rhétorique, il devint beau diseur, moraliste aimable et subtil dans ses traductions de Valla et de Poggio (2).
Jean Reuchlin, l'ami d'Erasme, le célèbre philosophe, la gloire de la science allemande au xvie siècle, celui que Luther et Melanchton essayèrent d'entraîner dans la Réforme, était venu, dans sa jeunesse, à Paris vers 1473; dans un de ses ouvrages (3), parlant des maîtres qu'il a connus et desquels il a reçu l'enseignement, il cite « le maître de rhétorique Tardif, du Puy en Velay, qui se tenait dans la rue Sainte-Geneviève » et ce nom, associé à ceux de Lapierre, de Jaquin, de Tipherne et d'IIermo-