UNO PRESTRE QUI ENSEPVELIT SON CIUEN EN TERRE BENOISTE
et commence en latin :
lirat sacerdos in thuscia, etc.
Ung Prestre fust en Thuscie, curé riche et puissant, lequel demouroyt emmy les champs et luy valloit son bénéfice tant que merveilles. Or adonc estoit en Thuscie ung Evesque rapineux et du tout adonné à la pécune, ce que bien congnoissoit ce maistre et riche Curé, lequel, pour soy farcer et moquer de son Evesqae, enfouyt ung chien mort qu'il avoit en son cymetière en la présence de tous ses paroissiens, bien présupposant que, incontinent que l'Evesque le scauroit et que ilviendroità la congnoissance, le ferait citer et convenir pour le mettre en prison pour luy faire payer une bonne amende; mais il n'en challoyt au Curé, car il estoit riche et avoit assez argent. Ainsi fust ce chien ensepulturé en terre benoiste par ledict Curé, dont les nouvelles bientost en allèrent à l'Evesque, qui fut moult joyeulx, car il scavoit bien que ledict Curé estoit fort riche et qu'il en auroiL une bonne amende. Si envoya l'Evesque hastivement cinq de ses clercs et notaires au vilaige où demouroit ce maistre Curé, lequel fut cylé à comparoir devant son Evesque, dont il ne s'esmaya guières, car bien scavoit par où il en devoit eschapper. Si preust ce dict Curé cinquante ducats, qu'il mist en sa
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bourse, monta sur son cheval et s'en alla devant sou Evesque, lequel de premjère venue commença à blasmer et luy dire paroUes rigoureuses, tant que c'estoit merveilles, et luy impropéra ce qu'il avoit faict de son chien en disant que ce estoit contre la religion chrétienne, que il seroit pugny et mis en une prison, et de faict commanda l'Evesque que le Prestre fust mené en prison, equel respondit :
« Père Sainct, saufve votre Révérence, je n'ay pas desservy estre emprisonné pour tant se je ay mis mon chien en terre benoiste, car se vous scaviés la grande saigesse et entendement dont estoit ledict chien, vous raesmes diriés qu'il avoit bien desservy d'être ensépulturé entre hommes et spéciallenient pour le beau sens et entendement qu'il a eu en la mort pour le beau testament qu'il a faict ; car le pouvre chien, congnoissant vostre nécessité et indigence, en sa dernière voulenté vous a laissé et donné par testament cinquante pièces d'or que je vous apporte.
— O » dist l'Evesque, « Curé, voy là ung bon chien. "Vrayment, veuce que tu dis qu'il a fait si beau testament, il avoit desservy grant honneur et sépulture entre les hommes, et n'ay point de cause de le mettre en prison, a
Ainsi fust le Prestre absouls de son Evesque d'avoir ensépulturé son chien en terre benoiste par les cinquante ducats qu'il eust du testament du chien.
Si Guillaume Tardif a mis beaucoup du sien dans sa traduction de Poggio, c'est qu'il était lui-même un conteur, qu'il avait l'humeur de son pays et qu'il vivoit en un siècle d'inventions comiques. Il n'a point inventé ses contes, ses apologues, — La Fontaine, le maître des maîtres, n'a pas trouvé non plus le canevas de ses fables. — La seule originalité de Tardif c'est le style pur, coulant, indépendant et franc. Dans sa traduction des Apologues de Valln