PAR
GuiLLAiMK Tardif
A vous, très Ckestien Roy de FaANcr. CHARLES, HtfYTKSME de ce nom, est présenté ce petit livre françois contenant la substance des Ditz joyeulx et plaisantes Facécies que autrefïois agréga et met en livre le bien litéréet facécieux homme Poge, Florentin auquel livre icelluy orateur usa selon la matière subjecte. de termes latins, (fort?) élégamment exquis e réthoriques. Mais pour cause que tels termes a tous gens ne sont pas communs, je. simple d'entendement, considérant que la matière est jouyeus et récréative à qui bien la comprent, aiïin que vous principalment. qui. selon commune renommée prenez, plaisir et délectation aux escripturesy puisses passer a iculnefTois temps, si vostre bon plaisir est délire ou escoater le contenu en ce présent livre, el autres gens de biv:n pareillement, me suis ingéré selon mon debille ftsperit etpetite capacité, à translater les paroUes latines du ilicl Poge et traicter en parolles françoises au mieulx que j'ai peu, l'intencion de luy, ainsi que ses paroles latines en touchent. Mais, pourtant que les motz latins n'offencen
LXVI INTRODUCTION
pas tant les oreilles des auditeurs, quelque ville chose qu'ilz dénottent, que font les motz françois quant ils touchent de choses vérécondieuses et especialmente des œuvre de nature, je ne ay point voulu ne convenir les molz latins seullement en motz françois et z'endant françois pour latin sans plus, ains ai voulu exprimer les sentences touchant ce cas en paroUes couvertes, non déclarantes si vulgairement le sens littéral du latin. Par (juay, les lecteurs ou auditeurs de cestuy présent livre, ne doivent imposer fauceté en la Translation par tant que elle ne soit totalement faicte, au sens littéral, mais, j'en excuse l'intencion du translateur, qui non par arrogance l'a ainsi faict, mais espérant complaire à chascun en esvitant mesmement l'excusation du dit Poge, Florentin, principal acteur du dessus dict livre qui se escuse de tant que par son intencion a usé de tant de mots reputy (t) vilz et infâmes à l'occasion de la substance dénotée par eulx ainsi qu'il opert au commencement de son livre, lequel commence ainsi : Multos quidem. etc.
(I.) Le texte, évidemment iautil', donne « de tant que par .«on intension réputere, »
PROHEME
Pour plus évidentement congnoislre la cause priiicipalle de cestuy livre, ainsi comme l'Acteur en son Prohème le touche, nous devons noter que Poge, Florentin, fut ung très lettré homme, grand orateur et plain de belle éloquence, lequel estoi natif du pays de Florence, et, pour les belles prééminences et dons de grâce qu'il avoit en luy, fut appelle en Court de Romme, là où, avecques plusieurs aultres notables Clerz. entre lesquels il estoit, fut faict ung esdict que chascun d'iceulx upporteroit tous les jours fus après disner ou soupper, aulcune chose joyeulx pour recréer l'entendement ainsi que le texte le touche qui dict : Multos futuras esse arbiiror, qui lias nostras confabulaliones etc. Poge dit à ses compaignons : « Je présuppose, arbitre, juge et croy plusieurs estres au temps advenir qui réputeront nos présentes confabulations estre j^hoses légières et mains dignes d'estre présentées devant les hommes gravez, saigeset bienlettréz ou pour tant qne la substance d'icelles est légière ou pourtant que la manière de les narrer et descripre ne procédera pas de la langue si éloquente que ces grans gens vouldroyent ouyr », en quoy il adpert que Poge, Florentin, ne fut pas seul inventeur des dictes Facécies pour tant qu'il parle au pluriel nombre et les appelles, nostres en faisant son propos, lequel il excuse disant ainsi : « Quitus ogo respondeam ; mais, s'il est