‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 3 sur 169 · p. RlSTELHlBER cf · texte numérisé non relu

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demander nfi-iye aux universités d'Italie, apportant en échange renseignement des lettres grecques qu'ils lirent relleurir magnifiquement, Emmanuel Chrysoloras, se fixa à Florence où toute l'élite de la jeunesse se pressa à ses leçons. Poggio fut non seulement son élève, son admirateur, mais aussi son ami. L'amitié tient souvent une large place dans la direction des études et l'émulation entraîne également; Niccolo Niccoli étudiait la langue hébraïque, Poggio ne la négligea pas non plus.

Vers li02, Poggio ayant terminé ses études, à peine âgé de vingt-deux ans, se rendit à Rome pour y chercher fortune. Les Inimanistes comme on les appelait, les rénovateurs des belles lettres, étaient fort recherchés pour leur savoir, les formes nouvelles, élégantes de leur art d'écrire toutes choses, leur conversalionbrillante exempte de pédanterie; les princes les prenaient pour secrétaires, leur confiaient des missions. Ils étaient en grande^ faveur auprès dos Républiques et les papes eux-mêmes, qui contribuèrent au puissani mouvement de la Renaissance, s'empressèrent de s'attacher les plus brillants de la jeune pléiade, qui rédigèrent pour eux les actes de la chancellerie pontificale, en une langue dont l'Eglise avait malheureusement oublié les beaulés. En 1402, Poggio fut nommé p:»r Boniface IX, rédacteur des lettres pontificales, emploi qu'il conservera pendant plus de cinquante années.

Les secrétaires apostoliques étaient des olliciers du pape, chargés de rédiger, en latin, la correspondance, les brefs, et en général tous les actes émanés des souverains pontifes et portés à la connyissancedes peuples. Us étaient, s'il faut en croire Poggio, médiocrement rétribués et gagnaient à peine de quoi vivre avec décence. Quoiqu'ils fussent moins à la cour que sur les confins, n'étant au foml que des employés de cabinet, les secrétaires apostoliques ne laissaient pas, aux yeux du public, d'avoir un air de courtisans. Le public pousse en effet très loin rilliisinii ;'i cet égJird, et pour lui, est homme de cour qui-

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conque en porte seuleinenl les galons. Aussi payaient-ils fort clierpour entretenir cette illusion. I^es fonctions plus relevées fie secrétaire particulier des papes, auxquelles Pog-gio fut promu ensuite, sous le pontificat de Jean XXIII et de SCS quatre successeurs, ne le mirent pas plus à son aise. Il est à présumer, observe Nisard, que les occasions de faire fortune par l'influence que donne un emploi, et contrairement aux devoii's qu'il impose, se présentaient alors quelquefois; mais où elles manquèrent à Poggio, ou il n'eut pas l'art ou la volonté d'en profiter. Il vécut cinquante ans dans cet état de domesticité brillante et d'indigence relative (1); mais il fut estimé, aimé des huit papes qui se l'étaient légué comme un des acquêts du patrimoine de Saint-Pierre, et de son propre aveu, il n'en reçut jamais le moindre déplaisir. Si donc sa vie fut sans profit, elle fut aussi sans nuages. C'était une compensation. (2)

On était alors aux heures les plus troublées de l'histoire d'Italie, l'anarchie étendait ses horreurs sur le royaume de Naples, la Lombardie était déchirée par une foule de petits tyrans, le Milanais, la ^'énétie et même la Toscane étaient dévastées par le fer et le feu, les Etats de l'Eglise et les villes indépendantes subissaient les incursions et le pillage de troupes de bandils armés. Le schisme d'Occident afîaiblissait plus encore l'autorité spirituelle de la papauté, que les luttes guerrières n'avaient Minoindri son pouvoir temporel. Les pontifes proclamés par les deux partis se livi'aient des assauts qui désolaient profondément les âmes, envenimaient les passions, ruinaient la paix générale. Au milieu de ces orages, Poggio

\. « Ses appointement.s étaient si modiques qu'il était souvent obligé d'y suppléer par des travaux particuliers pour fournir aux dépenses les plus nécessaires. (Ginguenk: cf. p 3()i PociGi Opcva, cf. p. 32.)

2. Ch. Nisard. — Les (iladiatuurs de la Rrpuhlifiur iU:s iftlva, t. r.p. ltS-110.

X INTRODUCTION

passa presque calme, tandis que ses amis et ses prulcoteurs en éprouvaient les néfastes effets.

Sa patrie ayant été mise à feu et à san^- par une incursion de Galeazzo, que l'empereur Winceslas venait <ie créer duc de Milan. Poggio en éprouva une extrême douleur. A la nouvelle qu'une foule de malheureux habitants étaient traînés en captivité, il écrivit inin^édiatement, au .chancelier de Sienne, une lettre toute pleine de In sensiliililé de son âme : (1)

(1; « J'aurais désiré que notre correspondance lut provoquée par un molif tout autre que le malheur d'un homme auquil je porte le plus viPintérêt, et qui a été emmené prisonnier avec sa femme et ses enfants, tandis quM était occupé à labourer mes champs. On m'apprend que ce malheureux languit dans les prisons de Sienne arec un de ses fils; un autre de ses enfants âgé seulement de cinq ans, a disparu et l'on ne sait s'il est mort ou vivant. Est-il rien de plus épouvantable qu'un sort pareil? Que tous ces fléaux retombent sur la tète de ceux qui en sont la cauîu! Mais, hélas! les malheureux laboureurs pâtissent pour les crimes des autres. Quand je songe au triste sort de ceux pour qui j'intercède auprès de vous, mes larmes inondent mon papier.

« L^ lamental)le aspect du père, la figure liàvj et pâle de I9 mère, la douleur immense du malheureux fils, présentent à mon esprit un tableau que je ne puis supporter.

« Ces infortunés ont tout perdu, sauf la vie, et n'ont rien pour la soutenir. Leurs ravisseurs demandent dix florins pour la rançon du père et quarante pour celle du (ils. Ils sont surtout, plus dans l'impossibilité de payer cette somme, queja rapacité des soldats leur a enlevé tout ce qu'ils possédaient, et si la charité ne vient pas à leur secours, ils seront contraints de finir leurs jours en captivité. C'est donc avec la plus vive instance que je prends la liberté de vous recommander le sort de cette famille infortunée, et je 'vous prie de faire tous vos efforts pour ([u'elle puisse recouvrer la liberté au plus bjis prix possible. Si les prières d'un ami peuvent vous toucher, je vous supplie de nouveau de vous intéressera ces malheureux. Vous pouvez, par vos soins, obtenir que leur rançon soit réduite. Du reste, quelle que soit la somme qu'il l'aille payer, j'en ferai l'avance. Je compte sur mon ami Pietro pour vous seconder si cela est nécessaire. Je vou.* prie en outre, de me

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.S'isolaiil ;iii milieu des sédiutions de la coui", par suito df la modicité de ses ressources, qui opposaient aux plaisirs une barrière infranchissable, |)eut-étre aussi parce (jue son caractère l'en éloignait, Poggio consacra ses loisirs à Tétude et à la fréquentation des personnes dont la conversation pouvait éclairer son esprit, et lui faire acquérir les qualités aimables de l'homme du monde.

Son premier protecteur, Boniface IX, étant mort le l" octobre 14o». Poggio trouva la même faveur auprès de son successeur, Innocent VII, qui lui témoigna plus d'une fois sa bienveillance. Le secrétaire profita de sa situation pour faire connaître au Pape l'étroite amitié qui le liait à Leonardo Bruni d'Arezzo, un camarade d'études, à Florence. Prévenu par Leonardo lui-même du désir qu'il avait d'obtenir des fonctions dans la chancellerie du Saint- Siège, Poggio s'attacha aussitôt à vanter continuellement les mérites de son condisciple; il crut ne pouvoir mieux le faire connaître, qu'en communiquant les lettres qu'il recevaitdelui,aux différents personnages qui, par leur rang ou leurs fonctions, approchaient le plus de la personne du pape. En effet, ces soins constants d'une ingénieuse affection, firent enfin parvenir jusqu'à Innocent, le nom de Leonardo, et le pontife, favorablement disposé pour un homme dont l'éloge retentissait de tous côtés, ordonna de luiécriredeserendreàRome; ily arriva le2i mars 1405 1 . Mais l'accueil (|u'il verni du pape, lorsqu'il fut admis en sa présence, quoique favorable à certain s égards, le plongea dans une amère déception. Le souverain pontife lui déclara en présence de la cour, qu'il paraissait réellement avoir toute lacapaciténécessairepour les fonctions qu'il désii ait

faire savoir ce que vous pouvez laire, ou, pour mieux dire, de ce que vous aurez fait; car je .suis persuadé que vous voudrez tout ce que vous pouvez. Je me hnle de Unir cette lettre, afin d«! ne pas prolonger la captivité de ceux que je vous recommande. »

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