XXX IX
Dfôlr (le conseil de Miiiacio à un paysan ' .
La paysan qui était monté sur un arbre pour cueillir des châtaignes, en tombant, se brisa une cote. Un nommé INIinaccio, homme très facétieux sétaut approchédeluipourle consoler, lui dit, entre autres choses, qu'il lui indiquerait un moyen pour ne jamais tomber d'un arbre : — (du aurais dû me le donner avant, dit le patient, mais cela pourra mètre utile plus tard. » Minaccio lui dit alors : — u Fais toujours en sorte de ne jamais descendre plus vite que tu n'es monté. De cette façon, tune tomljoras jamais. -»
1. Facedssiinuin consilium Minacii ad rusticum. Opéra XXXIX. — Guillaume Tardif : Ung lacécieux et joyeulx conseil dunni à ung rusticque qui se esloit rompu les costes en cueillant des cliastaiiTaes, XXIX, p. 87. — Noël I, 49; II, 29. — Ristelhubeu XXI, p. 35. — LiSKUx t. I, p. G9. — ^Esopus Caïuerarii : Fahidœ : Rusticus.
"2. Bien desgc^ns donnent de pareiLs conseils. Non contents de conseiller après coup; toute la consolation qu'ils apportent, c'est de se moquer de nos bévues. Vils flatteurs, si vous réussisses dans vos projets téméraires ; ils vous applaudissent, espérant de profiler do votre fortune. Lâcties amis, si vous «chouez. ils vous bernent cruellement. {Ri'-Hexioii de la traduction de 171?).
58 LES FAr.ÉTlKS DE IMXiiiE
En ce facécieux conseil sonl f;ircés ceiilx (nii trop se lient en fortune et quant, par petits jours et longs travaux ils sont montez jusque en hault de la roë de Fortune ainsi que le rustique à son chastaigiiier ; ilz s'en org-ueillissenl et leur est advis que jamais ne leur doit faillir, mais il no fault que une heure soubdaine et une petite occasion pour les faire trébuscher et tout perdre, par tant, qu'ilz ne se donnent point aussi bien garde de descendre que de monter.
Autre bon mol de Miiiaccio K
Miiiraccio ayant perdu en jouant aux clés le peu d'argent qu'il possédait et même ses vêtements (il était très pauvre) vint s'asseoir tout en larmes à la porte d'une taverne. Un habitué le voyant tout triste : — « Qu'as-tu donc? » — lui demanda-t-il. — « (>h! rien, répondit Minuccio. — «Comment
1. Eujusdm Minaccii lusoris rcspoitsio. Ojjera XI. — Noël I, 5tl; II, \.'9. — RisTELHDBER XXII, p. ;]6. — LisEox XL. t. I, p. 70. — Leneant : Poggiana, t. II, XII, p. 172. — Roger Bnntcmps en belle liumenr, D'une femme paresseuse. — « M. M , (jue l'on croyait riche, quoiqu'il dût plus qu'il n'avait de vaillant, se promenait sans rien dire, dans son manteau, la veille de ses fiançailles, dans la salle de sa future belle-mère. Elle lui dit plu^^ieu^s fois • « Qu'avez-vous, monsieur? » il lui répondit chaque fois : « Madame, je n'ai rien. » Huit jours après son mariage, sa belle-mère, voyant une foule de créanciers, à c(uoi elle ne s'était pas attendue, dit : « Monsieur, vous m'avez trompée! » — « Madame, lui r('!pli(iua-t- il, je vous avais avertie que je n'avais rien, w {Menagiana I, lOC).
LES FACÉTIES DE PO<i<.K 59
rien, mais alors pourquoi pleures-tu? — k C'est précisément parce que je n'ai rien. » Très étonné, l'ami reprit : — « Puisque tu n'as rien, pourcpioi verser ainsi des larmes ! — « C'est justement parce que je n'ai rien. » L'un des interlocuteurs ne comprenait pas autrement que Minaccit) pleurait pour rien. Or ce dernier n'éprouvait précisément de la peine que parce qu'après avoir joué, il ne lui restait plus fien.
Réponse d'un espiègle à un borgne qui allait acheter du blé '.
A une époque où les vivres étaient très chers à Florence, un pauvre borgne se rendit au marché dans l'intention d'acheter quelques mesures de froment. 11 s'enquit du prix. Un nouveau venu lui ayant demandé combien se vendait le setier de blé : — (^ 11 coûte les yeux de la tête » rcpondit-il, indiquant par là son excessive chèreté. En entendant ces mots, un gamin répliqua : — «Pourquoi doncas-tu pris un sac de grande dimension, quand tu savais bien que tu ne pouvais acheter qu'un demi-setier ? »
I. JJepauperc monoculo qui frumentum empturus eral. Opéra 41. — Noël I, 50. — Liseux t. I, p. 72.
60 LES FACKTIKS l>K \'n(U,K
XUl
D'un ho/finie qui dcnuutdd pardon à sa femme pendant qu'elle élaiL malade'^.
Pour consoler sa femme qui était si gravement malade quelle agonisait presque, le mari lui rappelait combien il avait toujours été bon époux, et la suppliait de lui pardonner la peine qu'il avait pu lui causer. Il lui fit remarquer, entre autres choses, que jamais il n'avait failli à ses devoirs conjugaux, excepté lorsque elle était indisposée et cela ])our ne pas la fatiguer. Alors, la femme, toute malade quelle était, s'écria : — ^< Par ma foi I je ne pourrai jamais te pardonner cela, car oncques ne fus si faible, si abattue au point de ne pouvoir besoigner. »
Cela prouve que les hommes ne doivent jamais demander un pareil pardon h leurs femmes, car ils s'exposent à un refus bien mérité.
I%ii ccsle pi-eseiite Facécie sont rcpriiis (oas les ypoci'iles qui demandent à Dioa pardon d'uiu' nioschanle chose donl ilz font diflicullrs plus gi'andc que do c(! qu'il/.
1. 1 (V f/(u' iniilievi didii ((■(fi-ola csset veiiiain poslularil. Opei'a XLII. — Noël I, 51; II, '•?'.). — CIuillaume 'I'akdif : De l'homme qui demanda i)ardon à ^a femme quaml elle se motiroit, XXX,
p. SU. — KlSTKLHOliER XXllI, |), 'M. — LlSEUX XLII, I, p. 73.
I.i's cent nouvelles iinuvelles. \C. La boanc malade, odit. Garniei-, p. 37.J. — Phil. Hermoti.mi ; AddUamcnln., Mulier iu a^'one cujus roi inarila vci veiiiam dai'c noIiuTi., p. I8l.
LES FACÉTIES KE I'0(i(iE 61
ont Dieu offensé; ceulx aussi sont reprins (|iii demandent iliosi's injustes à deniauder et que de droit on leur peut nyer. ainsi que la foninie qui denya à son mary pardon ([iiil ne lavait pas assez secousse, parlant que jamais t-n si mauvaise disposition elle ne avoit esté, (ju'elle ne leusl lùen attendu s'il luv eust voulu faire K
D' une jeu rc femme qui trouvait son mari mesquinement organisé 2.
l njeune seigneur, très beau, earçon, avait épousé la tille de Nereo de Pazzi, chevalier Florentin, homme éminent et très distingué entre ses contemporains. Quelques jours après, la jeune femme étant venue, comme il convient, chez son père, ne parut pas aussi joyeuse, aussi contente qu'une
1. F^a peste da benêt de mari, qui refusait à sa femme le plus salutaire de.s restaurans. La bonne dame avait raison de refusera pareil époux la remission de ses péchéi. Puisse le Dieu Cocuage accabler de toute sa malédiction un tel misérable I Puisse pareil mary être autant méprisé (|ue les écrits de l'extravagaLt Bordelon ! puisse-t-on le sitHer partout, comme ou sifJle le goût des Wallons (a).
(Rcfhwioii de l'édition d'Amsterdam. 1712). a. Cela |)0urrait s'appliquer admirablement à la littérature et aux arts de nos Belges d'aujourd'hui.
2. hc adolescentnla qu.f rirum de pann priapn accuisaiil — Noël 1, 52; II, ;{0-7. — Guill.\ume T.\rdif : De la belle fiJe qui cuidoit (|ue son mary deust avoir la Marquât aussi grant que celle d'iing asne, XXXI, p. 91. — Liseux XLll, I, p. 71.
l'iiii.ippi IIehmotimi. Addiitmnta : Recens nupta etc, p. '286. — Cinl i\oi(i-cUf's iioHcellrs, nouv. 80. — n La bonne Mesure », Edit.
jeune mariée a riiabitudc de l'être. Elle avait, au contraire, l'air contrarié, songeur et les yeux baissés. Sa mère la prenant à part, dans un coin de la chambre : — « Eh bien, fit-elle, tout s'est-il bien passé, comme tu voulais? — Oh non! répondit la jeune femme en pleurant, car tu ne m'as pas mariée à un homme... il lui . manque ce qui constitue un homme, il n'a rien ou [presque rien de ce qu'il faut en mariage ». Fort attristée, la mère fît part de l'aventure au père. Petit à petit, la chose transpira parmi les parents et les femmes qui avaient été invités à un festin, si bien que toute la maison était pleine de lamentations et de gémissements sur le sort de cette pauvre fille qui, disait-on, avait été non mariée, mais sacrifiée. Enfln, le nouvel époux, en l'honneur de qui le repas était donné, arrive à son tour, il trouve tous les visages tristes, les mines décon-
Garnier, p. ,341. — Gt;RARD Dicoeus : « Puppia ». - Fabclla e Poçjgio desumpta : Priapus asinus (Milet, t. Il, p. 33).