LE JOUEUR
Séminara de Vérone Perdit au jeu son argent.
C'était pi'es(jue son vaillant.
Aussitôt on l'emprisonne, Par ordre du Podeslâ. C'est ainsi qu'en ce lieu-là Le Gouverneur on appelle.
— l^arbleu ! dit Séminara, La chose est assez nouvelle !
Pour avoir joué mon bien, Le Podestâ me fait prendre; Que pourrais-je pis attendre.
Si j'avais joué le sien, A moins qu'il ne me fit pendre?
Bakaton : Pnésies, 1705.
LES F.vr.KTIES DE POGGE 101
Leçon donnée par un père à son. fils qui s'enivrait i.
Vainement, un père s'était efforcé de guérir le penchant décidé de son fils pour l'ivrognerie. Un jour, rencontrant dans la rue un homme saoul, les habits en désordre, honteusement vautré et entouré d'une multitude d'enfants qui riaient et se moquaient de lui, le père appela son fils, afin que ce triste exemple lui inspirât la haine du vice. Dès que le jeune homme eut aperçu l'ivrogne :
— (( Dites-moi donc, père, fit-il, où trouve-t-on le xm avec lequel cet homme s'est enivré, car j'en voudrais boire aussi. » Loin de l'efi'rayer, le spectacle qu'il avait sous les yeux réveillait en lui sa honteuse passion.
D'un jeune homme de Pérouse 2
Hispina, de Pérouse également, était un jeune patricien dont la conduite désolait sa famille. Un de
1. De pâtre fUiuin ebrium redarguente. Opéra LXXUl. — Noël I. 81. — LisEux, t. I, p. 117. — Absle)nii Fabuhc : De pâtre lilium ad virtutes frustia adhortante, fol. 77.
"2. De adolescente Perusino. Opéra LXX1V^ — NoelI, 81 ; II, 71,
— LiSEUx, t. 1, p. 118. — Beroald de Vebville : Le moyen de parvenir. — X. Decanusprudcns, tabella, cité par Milet, t. II, p. 72.
102 !ES FACEiriS DE ]'()<i(iE
ses proches, Simone Cecolo, sage vieillard, estimé de tous, l'ayant un jour pris à part, le pressa de changer de vie en lui montrant la laideur du vice etles charmes delà vertu. « — Vous parlez, Simone, lui répondit-il, comme il convient à un homme éloquent, mais j'ai bien souvent entendu de pareils discours, de plus beaux même, cependant je n'ai jamais voulu mettre en pratique de si excellents conseils. » Le précédent n'avait pas mieux réussi par l'exemple, que celui-ci par ses exhortations.
Le duc d'Anjou montre à liidolfo un riche bagage ^.
Dans une réunion de savants, on blâmait un jour la manie folle de ceux qui, au prix de beaucoup de peines et de soins, cherchent à se procurer des pierres précieuses. — « Ridolfo de Camerino, dit l'un des assistants, donna à ce sujet une leçon au duc d'Anjou - qui marchait sur Naples. Etant
f. De duce Anderfavensi qni pvcliosam suppellcctilein Redolpho oslendit. Opéra LXXV. — Guillaume Tardif : Du duc d'Anyers, qui monstra une belle couverture de lict toute seiuc j de pierreries, L, p. 143. — Noël I, 82. — Lenfant, t. II, XXI, p. 187. —
RiSTELHUBER XXXVll, p. 5G. — LiSEUX, t. 1, p. 119.
"2. Louis m d'Anjou, né le 25 septembre 1403, entra à Naples en 1423 et mourut à Casenja le 15 novembre l'i34. U avait été appel' par le pape Martin V.
LES FACÉTIES DE PO<w;E 103
venu voir le duc dans son camp, ce prince lui montra des objets de grande valeur, entre autres des perles, des saphirs, des escarboucles et autres pierres précieuses. Après avoir tout examiné, RidoU'o demanda au duc combien il estimait ces richessesetquelle utilité il en tirait. Le duc répondit qu'elles étaient d'un grand prix, mais sans utilité réelle. « — Eli bien, ajouta Ridolfo, je vais vous montrer deux pierres qui mont coûté dix florins et qui m'en rapportent deux cents chaque année ». En entendant cela, le duc fut émerveillé. Ridolfo le conduisit alors au moulin qu'il avait fait construire et lui montra les deux meules de pierre auxquelles il avait fait allusion, en disant qu'elles l'taient autrement utiles et bien plus profitables que toutes les pierres précieuses.
En ceste Facécie sont reprins ceulx qui mettent trop leur curiosité aux choses vaines et inutiles, comme en superfiuitez de vesteniens et en achats de pierres précieuses, car la superûuité des vestenients se part et les pierres ne servent de riens, sinon à folle plaisance, et parl'opposite monstre corne on doit mettre sa curiosité à choses utiles et prollitables, ainsi que llodolphus à son moulin, qui luy valloit annuellement d«^ux cents llorins.
lOi LES FACKTJES DE l'OGGE
Du même Ridolfo K
Un habitant de Gamerino désirant voyager pour son plaisir, Ridolfo lui conseilla d'aller jusqu'à Macerata ^ . Quand celui-ci fut de retour, Ridolfo lui dit : — Vous avez vu toute la terre? Qu'y a-t-il, en effet, dans le monde ? Des collines, des montagnes, des plaines, des champs cultivés, des terres en friche, des bois et des forêts, toutes choses contenues dans l'étendue de terrain que vous avez parcourue.
Excuse d'un liahltant de Pérouse '^.
Un Pérusien possédait un tonneau rempli d'un vin savoureux et excellent ; mais ce tonneau était tout petit. Quelqu'un lui envoya demander du