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XIV IMRODUCriON
Leonardo vint rejoindre deux mois plus lard, car il av.iit pris le chemin des écoliers, par les Alpes et le lac «le Constance.
A peine Jean XXIII fut-il arrivé, que l'empereur Sigismond l'engagea, pour mettre fin au schisme, à résigner la tiare sous la condition que ses compétiteurs feraient de même. Jean, tout en déclarant qu'il était prêt à le faire, opposa tous les moyens dilatoires qu'il lui fut possible d'employer, puis enfin céda, conti-aint et forcé de lire l'acte de sa résignation en plein concile. Ne se croyant plus en sûreté, il prit le parti do s'enfufi- secrètement de Constance avec la connivence du duc d'Autriche. A cet effet, le duc imagina de donner un grand tournoi, le 20 mars 1414, et tandis que la pompe magniiiqne de cette fête occupait tous les regards, Jean sortit de la ville, déguisé en postillon, s'alla réfugier en Suisse, d'où il adressa au concile des protestations et des demandes que les pères ne purent que rejeter, tant elles étaient peu admissibles et même raisonnables.
Cet événement donna à Poggio des loisirs forcés, que vint douloureusement troubler la mort de son maître Chrysoloras qui assistait au concile en qualité de délégué de l'empereur d'Orient. Poggio prononça l'éloge funèbre de cet homme éminent, et composa une pièce de vers en son honneur.
Il vit brûler Jean IIus et Jérôme de Prague ; dans une longue lettre à son ami Leonardo, qui avait regagné sa ville natale, il raconte en détail le jugement et le supplice de Jérôme, dont il admire l'éloquence et l'intrépidité, il se fait l'écho des invectives de l'hérésiarque contre le luxe, la corruption et tous les abus de la cour de Rome.
Son paganisme, ou, pour mieux dii-e, son indifférence absolue en matière de religion, dit Louis Pastor, ressort d'une façon indiscutable du texte de cette fameuse lettre. Il y parle de Jérôme dans les termes les plus élogieux, mais il faudrait bien se garder de conclure, de in, fjiril
INTRODUCTION XV
partagea les opinions de cet infortuné; loin de là, le mot do martyre n'avait pas pour lui plus de sens que celui d'hérésie. Ce qui provoque uniquement sou admiration, c'est le courage dont Jérôme a fait preuve devant la mort, ce courage lui rappelle (]aton ou Mucius Scœvola, et il constata que le condamné a parlé devant le concile avec une éloquence qui approchait des plus beaux exemples de l'antiquité. De la sentence de l'autorité ecclésiastique, il ne dit pas un mot; tout au plus exprime-t-il, en passant, un regret de ce qu'une si noble intelligence ait donné dans l'hérésie, « si toutefois, ajoute-t-il, ce qu'on lui reproche est véritable ». Mais ce doute ne le tourmente pas longtemps, et il continue du ton le plus détaché: « il ne m'appartient pas de porter un jugement en cette matière; je me tranquillisais en m'en remettant à celui des hommes qui passent pour plus sages » (l).
Leonardo effrayé du ton d'indépendance de cette lettre, peut-être plus effrayé pour lui-même que pour son auteur qu'elle compromettait bien davantage, s'empressad'écrire à son ami une verte semonce, plutôt qu'un charitable avertissement :
n J'ai reçu avant hier, par Barbaro, votre lettre sur le jugement de Jérôme de Prague; j'en admire l'élégance, mais vous semblez donner beaucoup plus de mérite aux talents et au caractère de cet hérétique, que je ne l'aurais voulu : vous ne manquez pas, il est vrai, d'y^joindre fréquemment des restriction s convenables, mais vous montrez, somme toute, une trop grande sympathie pour sa cause, et je crois de mon devoir de vous engager à vous exprimer, dorénavant, avec beaucoup plus de circonspection sur de semblable matière » (2).
Malgré l'exemple du bonheur conjugal de son ami Leonardo, Poggio restait inébranlable dans son état de céli-
1. L. PyvsTOR, Histoire dea Papes, liifrotluctioii, p. 37-3S. V. Leonardo Abetino, Epistola IV,
\vi lîSïRODUCTION
bat. s;if!s pour cela s'astreindre à une rigoureuse continence, comme on le verra plus tard. Un autre de ses amis, Guarino de Vérone, essaya de leconvertii-en lui envoyant le Traité du Mariage {l), que venait de publier Francesco Barbaro, mais le célibataire endurci répondit à cette spirituelle persuasion :
« Je vous remei'cie, mon cher Guarino, du petit volume que vous avez bien voulu m'envoyer, ma reconnaissance serait sans bornes si j'avais envie de me marier, mais je vous avouerai que la lecture de ce traité m'a ôté le peu d'inclination qui me restait pour cet état. Gomment se flatter de trouver une femme qui réunisse toutes les qualités qui rendent une épouse accomplie? Cependant, trêve de plaisanterie, aussitôt que j'ai reçu l'ouvrage, je me suis mis à le lire; le sujet m'en a paru si original, le plan si bien conçu et le style si heureux, que j'en ai achevé la lecture le même jour. Je l'ai relu ensuite avec plus d'attention; c'est un travail que l'auteur a su rendre fort piquant par les anecdotes qu'il cite ; le charme de sa composition m'a ravi; à mon avis, ce traité mérite de figurer à côté des Offices de Cicéron. Vous savez que je ne sais pas complimenter, et que je dis toujours exactement ce que je pense : on y distingue une noble élévation de pensées, qui convient à l'homme le plus grave; exhortez donc Barbaro à cultiver un talent dont les premiers fruits sont si délicieux » (2).
Quand Poggio sera « un vieillard ", on le verra raisonner autrement sur le mariage.
Guarino communiqua cette lettre à Barbaro qui, très sensible aux compliments d'un homme qu'il prisait si haut, s'empressa d'enli-er directement en lelation avec Poggio. C'est Barbaro qui lui suggéra l'idée d'aller fouiller les vieilles bibliothèques des monastères, ))our y rechercher