Saiiit-Paul-liors-tfs-miirs, éf'Iise de Rome
110 LES F.VClvTIKS DK l'OGGE
fini, la femme disparut en laissant une odeur de soufre. L'homme sentant sous lui la terre couverte d'herbe, se releva un peu effrayé, et rentra chez lui. Tout le monde déclara que c'était une illusion du Démon.
CVH
Autre histoire contée par AuiieloUo ^
Angelotto, évêque d'Anagni était présent quand Cincio conta cette histoire, et il nous en dit une autre du même genre. — « Un de mes parents (il nous cita son nom) se promenant une nuit dans la ville déserte, rencontra une femme qu'il jugea assez belle et il alla coucher avec elle. Aussitôt après, pour l'épouvanter, elle se changea en un homme affreusement laid, — « Qu'as-tu fait là, dit-elle, espèce d'imbécile; hein! je t'ai joliment attrapé . » Mais celui-ci, sans se troubler, lui répliqua: — « Soit, mais j'ai sali ton cul. »
1. M\i(i fabula pci- Atuichiilnm dicta. Opéra CV'll. — Noei. I, 111. — LisEux CVll. t. L p. lOS.
LES FACKTIKS l)K J'OïK.E lil
D' lin avocat qui avait reçu des figues et des pèclies de son client •.
Antonio Lusco. homme plein d'érudition et d'entrain, nous entendant blâmer le manque de reconnaissance de ceux qui sont aussi disposés à faire travailler les autres, que peu enclins à rémunérer leurs services, dit : — « Mon amiVincenzio était l'avocat d'un homme possesseur d'une grande fortune, mais plus avare encore qu'il n'était riche. Vincenzio avait maintes fois plaidé pour lui et n'avait jamais pu en tirer un denier. Un jour, une grave affaire se présenta, et le client vint prier l'avocat de soutenir sa cause. Avant l'audience, il lui fit même parvenir, à titre d'encouragement, des figues et des pêches. Au tribunal, les adversaires eurent beau entasser les arguments, Vincenzio resta bouche close ; malgré leurs attaques réitérées, il demeura muet. (Chacun s'étonnait et le client surtout, qui s'informa de ce (jue signifiait pareil silence ; il reçut cette réponse : — « Les pêches et les figues que vous m'avez envoyées en cadeau, m'ont tellement glacé les lèvres, que je suis dans l'impossibilité de prononcer un seul mot. »
1. Dv adrocaln fini fiais ri perfiicn ah tnio lUiqaide acccpernl. Opéra GVIII. — Noël ), Il\>. — Liseux, t. 1. |). {&.).
l-i2 LES FACKTIKS DE POiUlE
Ruse d'un médecin i.
Un médecin peu instruit, mais très rusé, visitait ses malades en compagnie d"un élève. Suivant riiabitude, il leur tâtait le pouls et si la situation s'était aggravée, il en rendait responsable le malade, insinuant qu'il avait dû manger des figues, une pomme ou toute autre chose défendue. Le plus souvent, les malades avouaient, et le Médecin paraissait avoir un don de seconde vue, qui lui permettait ainsi de deviner les écarts de régime de ceux que le mal travaillait. Le disciple, qui ne revenait pas dune pareille perspicacité, finit par demander au Médecin comment il pouvait bien se rendre compte de ces faits par le battement du pouls, parrattouchement ouquelqueautreprocédé. Alors, le Médecin voulant récompenser les attentions de son aide, se décida à lui révéler son secret. — « Lorsque j arrive chez un malade, dit-il, je jette un coup d'ô'il rapide dans la chambre et si j'aper- (;ois par terre des restes de fruit ou tout autre détritus de n'importe quoi; par exemple, des écorces
1. l)v niciliai iii lisilaliiiiir injuninrHiii rcrsitln. Opéra CIX. — Guillaume Tardif : Facécic d'un toi Alédccin qui dist que xxng malade avoit manji;o uiilt asne, LXI, ]). 174. — Noël I, 113; H, 1 lu. — LiSEUx. t. I, p. 171. — BouciiKT. Sihres. Sérée X. — Rnqer lioulvmps en belle humeur. SimpliriU- d'un apprenti inélieoin, p. 29. — Noureaux co)ttes à rire. L'apprenti médecin.
LKS FACr.lIKS 1)K l'OdiiK i 13
de châtaignes, des coquilles de noix, des trog-nons de pommes, quoi que ce soit, enfin, je suppose que mon client en a mangé et j'accuse sa gourmandise d avoir aggravé le mal; et ainsi, en cas d'issue fatale, j'écarte de moi toute responsabilité.
A quelque temps de là, l'élève s'étant mis, lui aussi, à exercer la médecine, voulut à son tour mettre en pratique le même procédé. 11 accusait les malades d'avoir mangé ceci ou cela, d'après les vestiges qu'il apercevait. Un pauvre paysan lavant un jour fait appeler, il lui promit de lui rendre promptement la santé pourvu qu'il se soumit exactement au régime prescrit. Après avoir indiqué la quantité de nourriture à prendre, il dit qu'il rcA'iendrait le lendemain. 11 fut exact, mais le mal avait fait de grands progrès. Trop peu instruit et trop borné pour en découvrir la cause, il jeta les yeux autour de lui, mais ne vit de déchets d'aucune sorte. 11 était très perplexe, lorsqu'en regardant sous le lit, il y vit le bat d'un Ane. Aussitôt, il s'empresse d'établir ainsi le diagnostic : — « Enfin, je vois pourquoi vous allez si mal, vous vous êtes permis un tel excès que je suis étonné de vous avoir trouvé en vie. Comment, en danger comme vous l'êtes, avoir mangé un âne ! — <( Pour le médecin, le bat de l'àne indiquait qu'on avait dû faire cuire l'animal, comme un os révèle l'existence d'un plat de viande. Pris en flagrant délit d'insanité, ce praticien ridicule fit rire tout le monde à ses dépens.
144 LES FACETIES DE l'OGGE
En cesteFacécie estmonslré quesoubz umbre d'aulcunes sciences, plusieurs inconveniens adviennent. ainsi que, soubz la confidence que les gens avoyent en ce fol clerc soulz umbre de ce qu'Use disoit Médecin, ils se rneltoyent entre ses mains sans congnoistre si ce qu'il leur bailloit estoil bon ou maulvois, dont il advenoit que aulcunes foys que plusieurs périssoyent entre ses mains.
ex
Du juge qui préleiid que les deux parties ont gagné ^
Dans la province de Bologne est située une ville qui s'appelle Medicina. On y nomma en qualité de Podestat (c'est ainsi qu'on dit) un homme illettré et sans éducation. Deux j)laideurs, qui avaient à débattre des intérêts d'argent, vinrent le trouver. Le premier prétendait qu'il était créancier et que la dette était certaine. Le Podestat interpella alors le débiteur : — « (Test mal agir, lui dit-il, quede ne pas payer ce que tu dois. » Celui-ci répondit qu'il ne devait absolumentrien, s'étant déjà libéré. Le magistrat se retournant immédiatement vers le créancier, lui reprocha de réclamer ce qui ne lui était pas dû. Sur une nouvelle affirmation, avec preuves à
1. De (IkoIjus i)i rr peciiiiiniid liiiiidulilius. — Opéra (JX. — Guillaume Tardit : LXil, ji. 178. — Xoi.l 1, IIG. — Liseu.x. t. 1> ]>. 174.
LES FACKTIKS DE VOGGE 145
l'appui, faite par le créancier, le Podestat s'emporta contre le débiteur et lui reprocha de nier une chose si évidente. Mais celui-ci, accumulant maintes raisons pour prouver qu'il avait pavé, le juge tança vertement l'adversaire qui osait réclamer le paiement d'une dette soldée. Après avoir ainsi réprimandé tantôt l'un, tantôt l'autre, ce magistrat inepte s'écria : — (( Les deux parties ont gagné et perdu, elles peuvent se retirer! » Puis, il leva la séance sans avoir tranché la difficulté! Cette histoire fut racontée entre aaiis, un jour que l'on reprochait à un personnage de notre connaissance de changer souvent d'opinion sur le môme sujet ^
En ceste Facécie est monstre ung inconvénient, qui souvent advient en justice, c'est que, pour tenir les judicatures et principaulx sièges, on ne regarde guières quel homme on y met, et pour tant ne peuvent bien estre discutez les causes et querelles litigieuses qui viennent devant luy, quant il ne congnoist le Droîct et ce qui est en justice requis, non plus que le Potestat du Chasteau de Boulongne.
t. Ce juge était aussi habile homme que celuy qui dormoit sur son siège judicial. C'est aujourd'hui chose ordinaire de voir sur les tribunaux, juges ignorants et incapables. On peut en ce siècle monter sur le tribunal, pourvu qu'on soit appuyé de quelque éclat de noblesse ou d'argent. Cet illustre siège ne reçoit plus que des gens avides et résolus de prendre partout et toujours. 0 mœurs! 0 siècle! où l'injustice se pare du beau nom et de l'extérieur de la justice. {Reflexion de l'édition d'Amsterdam).
Uuu médecin ignorant qui, d V examen des urines
d'une femme^ diagnostiqua quelle avait
besoin d'un mari '.
Une femme de chez nous, nommée Jeanne, et que j'ai connue, était souffrante. Un médecin, aussi malin qu'ignorant, appelé pour lui donner ses soins, demanda de son urine. Gomme d'habitude, une jeune servante encore pucelle fut chargée de ce soin, mais celle-ci ayant oublié la prescription, présenta de sa propre urine au lieu de celle de la malade. Le médecin diagnostiqua aussitôt que la femme avait besoin d'un mari. Le mari, ayant été informé du diagnostic, après avoir bien diné s'alla coucher avec sa femme. ^lais celleci, qui était rien moins que disposée à cause de sa maladie, et ignorant en outre l'ordonnance du médecin, fut fort surprise par la nouveauté de la chose et se mit à se lamenter. « — Que fais-tu donc, mon ami, tu vas me tuer. — Tais toi! répliquait le mari. Je dois t'administrer le meilleur remède
1. De medico iudocio (/ui iiiinip (p-alia iïidicavit inullicvem coitu iitdiçicrc Opéra CXI.— Xobl 1. 117; 11, lU). — Guillaume Tak- Dit' : D'ung fol Médef:in. qui jutrea que une femme avait besoiutf pour sa sauté ilo coiripa^rnio d'homme, LXUI, p. 181. — LiSKUX GXI, t. i, p. l'iG. — llistinrcs facétieuses et morales : Tromperie par l'urine, p. 133.
LKS F.VCKTIES HE l'OOGK 147
que le médecin a prescrit pour ta guérison, pour te rendre ta santé. » En vérité, il ne se trompait pas; quatre fois clans la nuit, il observa les jjrescriptions du médecin, et le lendemain, lu fièvre avait disparu. Ainsi, la fraude dont le médecki avait été victime amena la euérison.
cxn
D'un mari <ini pareillement rendit la santé (L sa femme '.
Un cas semblable advint dans la cité de Valence, ainsi que nous le dit un autre de nos collègues, à l'appui de Thistoire précédente. Il nous raconta qu'un jeune notaire était marié depuis peu, lorsque sa jeune femme tomba gravement malade, au point que tout le monde croyait qu'elle allait mourir et que les médecins eux-mêmes l'avaient abandonnée. La jeune femme gisait, sans voix, les yeux clos, sans pouls, semblable à un cadavre. Le mari se désolait de se voir enlever une épouse
I. De viro qui u.coreiit agnttam coçinniil, et poslea conialuit- Opéra L'Xll. — Nokl I, 118, II, 120. — Guillaume Tardif : Ung autre cas semblable advenu au chasteau de Valence, LXIV, p. 183. — LiSKUx, CXII, t. 1, p. 178. — Cent Nouvelles nouvelles : Le Mari médecin; nouv. XX., édit. (Jarnier. p. H'.]. — Ibid. l'l,'Abbes;e g-uérie ; nouv. XXI. p. 8'.). — Coiiti da ridere. D'una di fresca marilata. p. 36. (Voir Apiiendiccs).
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qu'il avait si peu possédée et (ju'il adorait. 11 résolut de la posséder encore une fois, avant quelle ne mourut. Sous prétexte d"une confidence secrète, dont je n"ai pas gardé souvenance, il éloigna tout le monde et se rapprocha de sa femme. Aussitôt celle-ci, comme si son mari lui eut infusé une nouvelle vie, commença à reprendre ses esprits, elle rouvrit les yeux, recouvra peu à peu la parole, et d'une voix tendre appela son mari. Celui-ci, tout joyeux, lui demanda ce qu'elle voulait : — <' A boire, dit-elle, » puis, lorsqu'on lui eut fait prendre quekjue nourriture, elle se rétablit tout à fait.
Ce beau résultat était dû à laccomplissement des devoirs conjugaux. Cet exemple prouve donc que c'est un remède souverain pour les maladies des femmes ' .
1. Guillaume Tai'dif n'a point mis de moralitcs à ces deux facvcies, mais à la lin de celle-ci, il reprend pour son compte la refli'xion de l'auteur en ces termes :
« Par ces deux exemples, dit Poggc, que on peut arguer et conclure que aulx maladies des femmes, la souveraine médecine est avoir compaignie d'homme pour les ravoir. »
— Les bonnes dames auroient été bien dangereusement malades; si le jeu de la bête à deux dos n'avoit pas été capable de les guérir. Le mariage est la vie des femmes. Le seul bymen donne la couleur à leur teint. Une fille sècbe-t-elle sur pié i envoyez-la sacrifier au dieu Amour pendant quelques heures; elle reviendra, sur ma parole. Secret expérimenté. {Répexioii de l'édition d'Am.«terdani .
Homme illettré demandant à l'Archevêque de Milan la dignité d'archiprêtre i.
On se plaint parfois du malheur des temps, et nous ne parlons pas de l'insuffisance des hommes qui occupent dans l'Eglise les premières dignités ; on laisse de côté des gens pleins de savoir et de sagesse et on confie les permières places à des ignorants, à des gens sans aucune valeur. A ce propos, Antonio Lusco nous dit : — « Ce n'est pas plus spécialement le fait des souverains Pontifes, que celui des autres princes. On les voit admettre, dans leur intimité, des fats, des gens pervers, et ne faire aucun cas des hommes les plus estimables. Il y avait autrefois, ajouta-t-il, à la cour de Cane, l'ancien prince de Vérone, un ecclésiastique, bon vivant, appelé Nobili, sans instruction aucune, ni éducation, mais qui, par ses propos plaisait beaucoup) au Prince. Il en avait reçu, pour cette raison, divers bénéfices. Un jour, Cane envoya à l'Archevêque do Milan, gouverneur de cette ville, une ambassade composée d'hommes distingués; Noliili se joignit à eux. Leur mission remplie, les
1. De \mmine. non litleralo qui dUjiiilaU'm qtiaindatn archipn'shyleralus ah nrrhiepiscopo Mi'tlinlanensi postulavit. Op-ra GXIII. — NoKL I, 119. — Lenfaxt. t. H, XXXill, p. Hï). — Lissux, t. I, 113, p. 180.
ambassadeurs allaient se retirer , quand Xobili, dont les discours facétieux avaient eu le don de plaire à l'Archcvôque, obtint du prélat la permission de solliciter ce qu'il voudrait. Sans hésiter, il réclama une charge très importante d'archiprêtre. L'archevêque ne put s'empêcher de sourire dépareille prétention : — « Réfléchis donc à ce que tu viens de demander, dit-il, cotte charge est trop lourde pour tes épaules, car tu es complètement illettré, totalement ignorant. » — « C'est vrai, répliqua aussitôt Nobili, avec son sans-gène habituel, mais je croyais pouvoir faire comme chez nous. A Vérone, ce ne sont pas les gens instruits qui obtiennent des bénéfices ; on ne les donne qu'aux ignorants et aux imbéciles. » La réponse de cet homme nous parut plaisante; il croyait que parce qu'on agissait sottement à Vérone, il devait en être ainsi partout ailleurs.
GXIV
D'une coiirlisnne qui se plaignait de la méchante farce d'un barbier '.
Il y a à Florence des magistrats qu'on appelle Préposés aux bonnes nuï'iirs, qui sont chargés
1. De mereliiie conquercntc de tonsoris inalcficio. Opéra CXIV. — Noël I, \i[. — Guillaumi-; Tardif : De la Mrrelrice qui se complaignoit du Barbier qui Tavoit coupée, LXV. p. ISii. — Lx- SELx GXIV, t. I, 18-2.
LES F\r.KTIES DE l'OGOE 151
spécialement de rendre la justice aux femmes publiques, et de les empêcher de circuler dans toute la ville, sous peine de correction.
Une de ces femmes vint un jour se plaindre auprès d'eux de l'outrage et du préjudice que lui avait fait subir un barbier. Elle l'avait fait venir au bain pour la raser et il lui avait coupé « un petit loppin de maujoint ' » avec son rasoir, si bien qu'elle fut obligée de ne voir personne pendant plusieurs jours. Elle l'accusait donc de lui avoir causé préjudice, et réclamait, en conséquence, le gain perdu.
On demande quelle doit être la sentence ?
Pogge demande quelle doit estre la sentence future de ce cas : Geste judicature ne termine point Pogge et ne met point la sentence des magistrats pour tant qu'elle est trop ambiguë, mais en laisse le jugement à gens cognoissant le traict du mestier.
GXV
D\in religieux auquel se confessait une veuve. '-.
Un religieux, de ceux qu'on dit de l'observance, entendait la confession d une jolie veuve de Flo-
1. Mnujoiiil (mal joint\ expression pittoresque de Guillaume Tardif.
.!. De relùjioso cui ridua coiifïtehatnr. Opéra CXV. — Xoel I, 127; IL 121. — GoiLLALME Tardif, LXVI, p. 187. — LtSEUx CXV, t. I, p. 18'i. — Bebnabd dk la Monnoye : Poésies latines; Pa-nitentia et penitenlia, v.° X.
rence. Aliii de parler plus bas, elle se pressait contre lui et tenait son visage près du sien ; or son souffle juvénile Unit par émoustiller tant et si bien le bonhomme (celui qui avait la tète basse), qu'il se redressa et se mit à tourmenter le pauvre moine. Torturé par l'aiguillon, et ne pouvant plus tenir en place, le confesseur invita la dame à se retirer; celle-ci demanda alors quelle pénitence il lui imposait. — « Une pénitence ! s'exclama le moine, mais c'est vous qui me la faites subir. »
En ce chapitre est montré comme ung liomme d'église, et spécialement ung Religieux, se doit garder de rapprochement des femmes, car en leur regarder, avecques la temptation de l'ennemy , la chair de l'homme se peut émouvoir et faire donner consentemant à un péché.
D'un homme qui fit le mort devant sa femme ^.
Dans le bourg de Monte varchio, proche de chez nous, un jardinier que je connais, étant rentré un jour chez lui, après son travail, pendant que sa jeune femme était allée laver du linge, eut la curiosité de savoir ce qu'elle ferait s'il était morl et comment elle prendrait la chose. Il s'étendit donc
1. De. vivo f/ui suœ uxori morluum se oslendit. Opcra CXV'J. — Guillaume Tardif : De celluy qui fist le mort devant sa iemmp, I.XVII, p. 18'J. — Noël I, 123. — Liskux, t I, p. 185.
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tle tout son long" par terre, dans la cour, allongé sur le dos. dans la position d'un cadavre. A son retour, la jeune femme chargée de linge, apercevant son mari inanimé, elle le croyait du moins, hésita un instant pour savoir si elle donnerait un libre cours à sa douleur, où si elle commencerait par manger ; il était midi sonné et elle se trouvait encore à jeun. Pressée par la faim, elle se décide à prendre son repas, fait griller un morceau de lard sur les charbons, et le dévore gloutonnement, sans boire, pour aller plus vite. La viande étant salée, la soif se fit vivement ressentir; la femme prit alors une cruche et descendit à la cave pour tirer du vin. Elle remontait, lorsque survint à l'improviste une voisine qui venait chercher du feu. Aussitôt, en dépit de sa soif, la femme laisse la cruche échapper de ses mains et comme si son mari venait d'expirer à Tinstant, elle pousse des cris, se lamente, et déplore ce trépas à grands flots de paroles. En entendant ces gémissements et ces sanglots, tous les voisins accoururent , extrêmement surpris d'une mort si soudaine. L'homme gisait là, en effet, les yeux fermés et retenant avec tant d'art sa respiration, qu'il semblait réellement avoir rendu le dernier soupir. Lorsque la plaisanterie eut assez duré, au milieu des exclamations et des larmes de la femme qui ne cessait de s'écrier : — « Mon pauvre homme ! Que faire maintenant ? » — c( Rien de bon, ma chère femme, dit-il, en ouvrant les yeux, si tu ne vas pas
loi LES FACÉTIES DE l'OGGE
l)oirc tout (le suite. » Dans Tassistance, les ('clats de rire succédèrent alors aux larmes, surtout quand on apprit l'histoire et qu'on connut le motif pour lequel la lenime avait tant de soif '.
Kn ceste Fac(''cie est inonirée l'amour de aulcunes femmes dont elles arment leurs marys et le deuil qu'elles feroyent pour eulx, se ilz estoyent morts.
U une jeune fcuinie par trop naïve de Bologne "-.
Une jeune Bolonaise nouvellement mariée se plaignait auprès d'une très honnête matrone, sa voisine, de ce que son mari lui administrait de sérieuses et fréquentes volées. La matrone lui en ayant demandé la raison, celle-ci lui répondit que
1. La Science de Lien pleurer est, de toutes les sciences, celle que les l'emmes entendent le mieux. Elles savent former méthodiquement un concert d'aifliction, où rien ne manque, sinon la vraye douluur. Les l'emmes ont cet avantage encore, qu'elles savent i)lcurer par imitation. De là celle liariiionie de lantes entre dix ou douze femmes assistant au départ funèbre d'un époux mourant. Enfin le prédicateur Dorus, qui toute sa vie s'est donné bien de la peine pour avoir le (on d'un pleureur, n'approche point de l'heureux naturel des fc-mme*. Il réussit si peu à les imiter, que quand il prêche en pleurant, il nous fait crever de rire. {Ri-flexion de l'édition d'.A.msterdam).
2. l)t Bononiensi adoksceulula sunplki. 0[)L-ra CXVU. — Xoel 1, !2ô. — Guillaume Tardif : De une jeune femme de l^oulongne qui ne sçavoit comment comjjlaire à son mory, LXVIII, j). lijl. — LisEux, CXVII, t. I, p. 187.
LES FAi.KIIKS I)K l'UGGE 155
son mari était furieux do ce qu'elle ne remuait pas plus qu'une souche tandis qu'il accomplissait ses devoirs conjugaux. — « Pourquoi donc, dit la matrone, ne faites- vous pas au lit ce que désire votre mari? — Mais je ne sais pas ce qu'il faut faire, personne ne m'a enseigné la manière de s'y prendre; car si je le savais, soyez certaine que je ne me laisserais pas rouer de coups par mon mari. » Etonnante naïveté decettejeunefille, qui ne soupçonnait même pas cecjue la nature même enseigne aux femelles. J'ai, depuis, raconté cette histoire à ma femme pour l'amuser.
En ceste Facécie est. monstre qu'il est de bonnes personnes et de simples femmes qui bien peu cognoissent de maulvaiselié; mais à l'appointe il en est beaucoup qui trop en sçaivent.
Réponse cF un confesseur à propos d'une femme K
Barnabo, Prince de Milan, aimait passionnément les femmes. Un jour qu'il se trouvait dans un endroit écarté de son jardin, seul avec une femme qu'il aimait et entrain de la caresser avec ardeur,
1. ReKpoHsio coiifessoris ad Barnaborem principem de muUiere fada. Opéra CXVllI. — Noël I, {'20; II, 122. — Guillaumk Tardif: LXIX, p. 10:?. — Lbnfant : Pof/7i'a;(«, CXXV, t. H, p. 260. — LisEux GXVIII, t. I, p. 185.
arrive à l'improviste un certain religieux, un confesseur, qui avait, à cause de sa sagesse et de son expérience, libre accès auprès du prince. Barnabo rougit et fut fort vexé de l'arrivée inopinée de son confesseur; mais, se remettant, il lui posa cette question insidieuse : — « Que feriez-vous si vous aviez une pareille femme dans votre lit? » Le religieux répondit : — « Je vois bien ce que je devrais faire, mais je ne sais pas ce que je ferais. » Cette réponse calma la colère du Prince, tout en montrant que son interlocuteur était homme susceptible de faillir comme lui aussi.
En ceste responseestmonlré que nonobstant la religion, ung' homme de soy ne doit pas tant présumer qu'il s'en dye ci juste qu'il ne voudrait point pêcher; ilsedoitréputer humain et enclin à pêcher comme ung aultre non Religieux.