‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 93 sur 169 · CCXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXVIII

Sdge réponse du Cardinal dWvignon au roi de France ' .

Il m'a semblé iatéressant d'insérer parmi ces menus propos, une sage réponse du cardinal d'Avignon, homme de grand sens. A l'épocjue où les souverains Pontifes résidaient à Avignon, ils se faisaient précéder, afin d'augmenter la magnificence du cortège, de nombreux chevaux couverts de housses, carapaçonnés et tenus en main. Le roi de France trouvant ce faste exagéré, demanda un jour au cardinal, si les Apôtres avaient déployé semblable pompe : — « Certainement non, répondit le Prince de l'église, mais à l'époque contemporaine des apôtres, les rois vivaient aussi différemment, étant bergers et gardeurs de bestiaux. »

t. Sapiens diclitm Canlinalis .1ù-eiiionensis ad regon Fraiaid'. Opéra 22(). — Noël I, 231; II, 219. — Liseux, t. II, p. l.V.l. — Lenfant, t. II, CI, p. 2'i4. — Contes par un petit cousin de Rabelais : « Le capucin y, conte XIII, p. 'i3. — Estienni: Apoioifie pour Hérodote, C. 27, t. .'i, p. 11. — Bebeiian Facœiiœ « De Ambitione, sacerdotum el Kpiscoporum », L. Ili. [>. 187. — Diction, d'anecdotes, t. I, 7'i, 120, 121.

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Terrible aventure arrivée, ii saiiil Jean de La Ira II '.

Ce n'est pas pour amuser, mais bien pour inspirer l'horreur du crime, que cette épouvantable histoire est rapportée. Un religieux romain, de l'Ordre des Augustins, prêchait aux fidèles pendant le Carême ; un jour que j'étais présent, pour les exhorter à confesser leurs péchés, il dit qu'il avait été témoin d'un miracle arrivé il y a de cela six ans. S'étant levé après minuit pour venir avec les autres chanter matines dans la basilique de saint Jean de Latran. il entendit une voix qui sortait de la tombe où. dix-huit jours auparavant, on avait enseveli un citoyen de Rome. La voix, par des appels réitérés, suppliait les religieux de s'approcher. Ceux-ci, tout d'abord terrifiés, s'enhardirent peu à peu et s'approchèrent de l'endroit où la voix se faisait entendre. Le mort leur dit de ne point avoir peur, d'aller chercher le calice et de lever la pierre. Les religieux s'étant rendus à ses désirs, le mort se souleva, cracha dans le calice une hostie consacrée ([u'il avait reçue avant de mourir, puis il dit qu il était damné

1 . Terribile factum in Lateraneitsi ecclésia ipsa : Opéra CGXX\'II. -Noël, I. ni; II, ^ÎO. — Liseux, CCXXIX, t. II. p. 106.

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et soufTrait des tourments épouvantables, parce qu'ayant abusé d'une mère et de sa tille, il ne s'en était jamais accusé à confesse ; lorsqu'il eut dit cela, le cadavre se recoucha dans la fosse.

D'un prédicateur qui criait bien fort ^ .

Un religieux, en prêchant au peuple, criait très fort, suivant l'habitude des gens inintelligents. Une des assistantes, en entendant ces éclats de voix, véritaljles rugissements, se prit à pleurer et le prédicateur s'en aperçut. Il attribua ce résultat à l'onction de sa parole et fut persuadé (jue son sermon avait rappelé cette personne à l'amour de Dieu, réveillé sa conscience, arraché ses larmes. Il la fit venir chez lui et lui demanda la cause de ses gémissements, si ce n'était pas le sermon qui l'avait profondément touchée. La femme répondit que son émotion avait été provoquée par les cris et les éclats de voix du prédicateur. — " Je suis veuve, dit-elle, et mon pauvre mari m'avait laissé un âne qui m'aidait à gagner ma vie. Il avait l'habitude de braire continuellement.

1. PredicalDr iiiiilliim rIaiiKiiis iiiiiiiiiiidi> CdiifuiulcbaHir. Opcra 228. — Guillaume Tardif : De ung |)rédicateur comparé à un asne parce qu'il crioit ung peu trop hault en preschanl, Cil, P.27.J. —XoEL 1,235; II, 220-223. — Ristelhubek XCVIII, p. 131. — LisEux, t. II, p. 163. — Guy de Roye : Lr Doctrinal de

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comme vous-même ; depuis sa mort, je suis dans la misère et sans ressources, c'est pourquoi, lorsque je vous ai entendu parler avec un organe pareil à celui de mon âne, le souvenir de ce pauvre animal m'a fait sangloter malgré moi. » Ainsi fut confondue la suffisance de ce prédicateur qui méritait plutôt le nom de braillard.

En ceste Facécie est montré comme les inutiles manières des hommes, qu'on ne ose pas appertement reprendre, sont reprinses pnr aucuns termes jocatifs et facétieu.x. ainsi que la trop haulte manière de crier au religieux, fut reprinse par la comparer au cri de l'asne que la bonne femme avoit perdu. MIillaime Taudif.

Sapieiice. 8i. — Bareleti : Sermones : Serm. in prim. quadraiies. dotiionicain. — Le cabinet saiyrique. — D'Ouville : Contes, II, '^'J'i. — ya'ivelé (l'une femme. — De Parival : Historiettes facétieuses cl morales n° 26. — Roger Bontemps en belle humeur, Vaine uloire. — Menagiana, III, 48-3. — Contes par un petit cousin de Rabelais, p. 194, conte LXXI : Le curé de village et la bonne femme. — Lucasius : in épigram. p. 230. — B. de la Monnaye. Canlor. — youveau.i contes à rire, p. 99. — Conti dandere. Naturalezza d'una Contadina, t. I, p. 2i3. — Guyot de Pitaval. IiibUoth('(jitc des gens de Cour.

CONÏE

Notre Vicaire, un jour de fête,

Cbantoitun Àf])ius gringoté,

Tant qu'il pouvoit, à pleinj tête.

Pensant d"Anette être écouté.

Anette, de l'autre colé,

Ploroit, attentive à son chant.

Donc le vicaire, en s'approchant.

Lui dit : — Pourqoi plorez-vous, tielle?

Ha! Messiie .Jean, ce dit elle.

Je plore un àne, qui m'est mori,

Qui avoit la voix toute telle,

(Jue vous, quand vous criez si fort. »

Mell'n de Saint-Gelaiï

CGXXXI

D' une jeune femme qui fut jouée par son vieux mari '.

Un Florentin, déjà vieux, épousa une jeune fille à laquelle des matrones avaient fait la leçon pour résister au premier assaut de son époux la nuit des noces, et même à ne céder que le plus tard possible . Elle opposa donc un refus très net. Le mari parc, loiite voile dehors cl en belle allure, étonné de ce refus, lui demanda pour-

1. De Àdolescentula per senem maritum dvlusa. Opéra GCXXIX. Noël, 1, 235; II, 223. — Guillaume Tardif, . Cil, p. 277. — LisEUx, GCXXXI, t. I, p. 164. — Guillaume Bouchet : Serves : Y" sérée. — Nouceanx contes à rire, Qui refuse, muse. p. 185. — LuD." GuicciARDiNi '. Hore di ricreazionL' : «Donne perle piu rnestrarsi schife di cià, che Elle hanne maggior Vaghezza », p. 157.

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