I.KS FACI-.TIKS ln: i'0(,GE
oxieés. (lommc on tournait en dérision celui ([ui avait la il- d'entreprendre une chose impossible, il rassura, d'un mot, ses interlocuteurs : — « .le n'ai rien (\ craindre, car avant ce temps, le Prince, l'àne ou moi nous serons morts. » De là, il faut conclure ((u'il est iirudent de traîner en longueur et de différer le })lus possible Taccomplissenicnt d'une œuvre difficile.
-l pi-ojios d'il// p/'cl/'e ig/io/ru/f ^
A l'occasion de la fête de rEpiphanic. un de mes amis m'a rapporté un trait d'ignorance incroyable. Un curé, son compatriote, annonçait ainsi à ses paroissiens (pie la fête de l'Epiphanie était proche. Demain, disait-il, vous célébrerez l'Epiphanie avec une grande dévotion, c'est une fête solennelle, très solennelle. Je ne sais trop s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, mais peu importe, il faut obsorverce jour avec le plus j)rol'ond respect.
1. De Sacerdntc Epiplinnia an cir csset vel fannina ifiiioraiite Ojiera 240. — Xoel I, iôH. — Liseux, t. II, p. 200. — I, enfant. t. II, LXIX, p. 2-2:>.
310 LES FACÉTIES DK l'(»(iGE
CCLH
D'un usurier converti^.
Un homme ayant demandé un prêt à gros intérêt à un vieil usurier (jui leiLiuait d'avoir abandonné son métier, lui apporta en gage une croix en argent dans laquelle avait été placée une parcelle de la croix de Notre Sauveur. S'étant informé près du vieillard, (juelle somme il consentirait à lui avancer. — « Depuis longtemps, répondit celui-ci, j'ai renoncé au péché d'usure, mais allez trouver montils (et il indiqua son nom) car il a vendu son àme lui, il traitera avec vous. » Ce disant, il fait accompagner l'emprunteur par un valet afm qu'il lui montrât la maison de son lils. Ils étaient déjà loin, lorsque le vieillard cria au domestique : — « Avant tout, dis à mon fils qu'il ne manque pas de déduire le poids du bois. » Cet
1. Fciierato)- ficte peiiitcns in pn/as recerUvat. Opéra 251. — Nokl I, 259. — RisTfiLHUBER GVJ, p. i'i4. — Lheux, l. II, p. 201.
M. L..., grand usurier, étant malade à l'extivuiilé, était toujours d ms un assoupissement qui lais;nt ajjpréhender pour lui. Se ^ parents faisaient tout leur possil)le, j)ai' des remèdes ou autrement, pour l'en tirer. Son confesseur, \oyaiit qu'il revenait un peu, ne voulut pas perdre celte occasion favorable de le faire ?onger à la mort. Pour cet effet, il prit sur la table du malade un crucifi.^ en argent qu'il lui présent;! en l'exhortant. Le malade regarda fixement le crut;ifix et dit à son confesseur: — « Monsieur, Je ne |)uis pas prêter grand chose Ik-des- 6us. » — 3Icua(/iaiia. 1, •3'iy.
LUS FACETIES DE l'0(;(iK :jll
liomuie qui se disait converti, redoutait que son fils ne payât au poids de l'arg-ent, la relique de la vraie Croix, estimant ce bois moins précieux que le métal. Très facilement ainsi la nature reprend le dessus.
CGLIII
Fable des oiseaux parleufs\
In individu retirant des oiseaux d'une cage où ils étaient enfermés, les étranglait en étreignant leurs têtes entre ses doigts. Par hasard, en faisant cette besogne, il se prit à j)leurer. Alors un des prisonniers dit aux autres : — « Ayez bon courage, je vois qu'il pleure, il a donc pitié de nous. » — « 0 mon tils, répliqua aussitôt le plus âgé des pauvrets, ne regarde pas ses yeux, mais ses mains. » 11 montrait par là, qu'il faut s'attacher aux actes et non aux paroles.
GGLIV
La manie des chaînes ^.
( Certain chevalier Milanais, guerrier assez brave,
1. \)c aviculis fabulosv et false loquenlibiis. Opéra 252. — Noël I, 201 ; II, 2G7. — Liseux, t. II, p. 203. — Lknfant LXIV, p. 222. .Esopiic Camepariis, p. 21i8.
2. Calenis variis collinn cinçjens stuUior œsthnalur. Opéra 253. — Noël I, 202; II, 207. — Ri-,telhuker GVII, p. 145. — Liseux, t. il, p. 204. — Lenfant, t, II, LXXI, [). 220.
312 I.ES FAr.FTlES DE I'im.uE
était venu en ([ualilé d'aml)assa(leur à Florence. (Chaque jour, par obstention, il se parait de chaînes diverses dont il s'ornait le cou. Niccolo Niccoli, liomme très instruit aimant à plaisanter, s'aperçut de la fatuité de notre chevalier et fit cette rétlexion : — u Les autres fous ne sont attachés ({u'à une seule chaîne, mais il en faut plusieurs pour satisfaire celui-ci. »
<:glv
Mol plaisant de liidolfo de Caiiierino\
Presque toutes les provinces des Etats de l'Eglise abandonnèreut la cause du souverain l^ontife, pendant la guerre qui eut lieu entre les Florentins et le pape Grégoire XI. L^s habitants de Recanati ayant envoyé un ambassadeur à Florence, celui-ci témoigna aux Prieurs la gratitude de ses compatriotes pour les Florentins (jui les avaient aidés à recon<{uérir la liberté. Il s'emporta ensuite en termes peu mesurés contre le Pape el ses ministres, mais surtout contre les
Voy. GoicciARin.Ni : La mua (jloria csser spcssr i-ipidala pa::ia. — Dcnwcrilus lidciis, p. 83 : Supvriia slullitiic imlcr. — En l.").')!), l'"rauçois 11 (it dix-huit chovalioi'S de Saint-Michel; ses clioix (onibiTent si mal qu'on appela di'-.s lors le c<jllier de l'oidri", le iiiUicr à loules bètes. De Thoue, liv. Will.
1. Facclum RcdolpJtidonnui Caineriiii in oralionem contra oiniics (loiiiinos iiireitlmn. 0|)era 2.')4. — Xoki. I, 2G'2. — Liseux, t. II, ).. m". — LicNFANT, t. Il, CVI, p. 2'i:.
l.KS FACÉTIES 1)£ 1>0GGK 31ù
princes et les seii:iieiirs ; il décria leur mauvais nouvememeiit. maudit leurs crimes, sans tenir aucun com[)te de la présence de Ridolfo, seigneur de Camerino, .général au service de la Républi(|uc de Florence et qui, en cette qualité, assistait aux audiences des ambassadeurs. U s'en donna à cœur joie. Ridolpho s'étant en([uis auprès de notre liomme du uenre d'études auxquelles il s'était livr*', et de la profession (ju'il exerçait, celui-ci répondit cju'il était docteur en droit. Ridolpho lui demanda alors coml)icn de temps il avait consacré à cotte science : — « I^lus de dix ans » reprit l'ambassadeur : — « Que je souhaiterais, s'écria Ridolfo, vous voir })endant un an seulement préoccupé d'acquérir du discernement. » Insinuant ainsi combien il avait montré peu de tact en invectivant les seigneurs devant lui.
Le vase d huile renversé *.
In arbitre ayant été désigné à deux plaideurs, reçut de l'un un baril d'huile afin qu'il prononçât une sentence en sa faveur. L'autre partie ayant appris la chose, envoya un porc gras, en soUici-
1. De arhilrio iit cujus domo porcus oleum effudil. Opéra 2ô5. — XoEi. I. 2(;3 ; II, 297. — Risteluurer CVIII, p. 1 10. — LiSEf.x, t. II, p. 'lui. — CiuiccrATiinNi : Le Guidice iniqui darc le sentenlie, p. .")0.
314 LKS FACÉTIES DE l'OGCiE
tant une décisioa conforme à ses intérêts, l/arbitre donna gain de cause à ce dernier. Celui qui avait donné l'huile vint se plaindre de cette sentence, alléguant le cadeau reçu et la parole donnée : — <( Certain porc étant entré chez moi, répondit l'arbitre, a trouvé ton huile, a brisé le vase et répandu par terre le liquide, de telle sorte que je n'ai plus pensé à toi. » Très adroite réponse d'un arbitre vénal.
Des Jeunes filles qui se moquent cVun cJtauve^
Deux jeunes filles, étant à la fenêtre d'une maisou donnant sur un jardin, virent passer le jardinier vieux et chauve qui s'en allait prendre sou repas. A l'aspect de sa calvitie, elles lui demandèrent s'il voulait connaître une recette pour faire pousser les cheveux. L'homme ayant accepté, elles
— ScuEi-KiîR : Delitiii' poel. (jcrm. (>an'us et equi. — IJonocriliis j-idciia : Oleum et opéra perdita, p. 7 et Judicia viemoiilnis, p. (ly. — Roger Bontemps en belle humeur : De deux paysans qui plaident. — Diclionn. d'anecdotes, t. II. p. 12N. — ^oureau dhliouu. d'anecdoics, p. 309.