SCENE IL
CARITIDES, ERASTE.
CARITIDES.
Monsieur, le temps répugne àrhonneurdevousYoir. Le matin est plus 'propre à rendre vntel deuoir: Mais de vous rencontrer il n'est pas bien facile; Car vous dormez toujours, ou vous estes en ville; Au moins, Messieurs vos gens me l'asseurent ainsy, Et i'ay, pour vous trouuer, pris l'heure que voicy. Encor est-ce vn grand heur, dont le destin m'honnore; Car deux momens plus tard, ie vousmanquois encore.
ERASTE
Monsieur, souhaitez-vous quelque chose de moy ?
CARITIDES.
le m'acquitte, Monsieur, de ce que ie vous doy; Et vous viens... EsLcusez Taudace, qui m'inspire. Si...
ERASTE
Sans tant de façons, qu'aucz-vous à me dire?
CARITIDES.
Comme le rang, T.esprit, la générosité, Que chacun vante en vous...
ERASTE
Ouy ie suis fort vanté, Passons, Monsieur.
CARITIDES.
Monsieur, c*est vne peine extrême.
Lorsqu'il faut à quelqu*vn se produire soy-mesme, Et toujours, prés des Crans on doit estre introduit, Par des gens, qui de nous fassent vn peu de bruit ; Dont la bouche écoutée, auecque poids débite, Ce qui peut faire voir nostre petit mérite :
Enfin i'aurois voulu que des gens bien instruits. Vous eussent pu, Monsieur, dire ce que ie suis.
ERASTE
le vois assez, Monsieur, ce que vous pouuez estre, Et vostre seul abord le peut faire connoistre.
CARITIDES.
Ouy ie suis vn sçauant charmé de vos vertus.
Non pas de ces sçauants, dont le nom n'est qu'en vs : Il n*est rien si commun, quVn nom à la Latine. Ceux qu'on habille en Grec ontbien meilleure mine ; Et pour en auoir vn qui se termine en es, le me fais appellcr Monsieur Caritides.
Monsieur Caritides soit, qu'auez-vous à dire ?
CARITIDES.
C'est vn placet, Monsieur, que ie voudrois vous lire; Et que dans la posture, où vous met vostre employ, Tose vous conjurer de présenter au Roy.
ERASTE
Hé! Monsieur, vouspouuez le présenter vous-mesme.
CARITIDES.
Il est vray que le Roy fait cette grâce extrême; Mais par ce mesme excès de ses rares bontez.
Tant de méchans placets. Monsieur, sont présentez, Qu^ils estouffent les bons, et l'espoir où ie fonde. Est qu'on donne le mien, quand le Prince est sans monde.
ERASTE
Et bien vous le pouuez, et prendre vostre temps.
CARITIDES;
Ah Monsieur! les Huissiers sont de terribles gens. Ils traitent les Sçauans de faquins à nasardes; Et ie n'en puis venir qu'à la salle des Gardes. Les mauuais traitements qu'il me faut endurer, Pour iamais de la Cour me feroient retirer, Si ie n'auois conçeu l'espérance certaine,
Qu'auprès de nostre Roy vous serez mon Mécène. Ouy vostre crédit m'est vn moyen asseuré...
ERASTE
Et bien donnez-moy donc, ie le presenteray.
CARITIDES.
Le voicy; mais au moins oyez-en la lecture.
Non...
CARITIDES.
C'est pour en estremstruit, Monsieur, ie vous coniure.