‹ Les facteurs alimentaires de croissance chez l'enfantChapitre 61 sur 67 · LV. ee · texte numérisé non relu

LV. ee

VITAMINE C ET MINÉRAUX. —— A. MICHAUX, en étudiant les teneurs en calcium et en magnésium de l’encéphale des cobayes normaux, montre que la teneur en calcium est modifiée au cours au scorbut. Les résultats seraient inverses dans le scorbut aigu, et dans la forme chronique. Dans le premier cas, il y aurait un appauvrissement en calcium, comme le montrent les chiffres suivants

Cobayes pesant respective-

vement : 415 440 523 610 709 gr.

Teneur de leur encéphale

en Ca : ONE 1,6044,9%2;4mmer, Teneur d’un cobaye scor-

butique : 0,6 mmgr.

Dans le scorbut chronique, MicHAUx trouve au contraire une augmentation, comme le montrent les chiffres suivants

Poids des cobayes scorbu-

tiques : 653 609 555 344 gr.

Teneur de l’encéphale en CAR 3 4 6 2,5 mmgr.

Le magnésium, par contre, ne varie pas sensiblement.

Au niveau des poumons, ie même auteur a montré qu’on assistait égaiement à des modifications calciques. Dans le scorbut aigu, les teneurs des poumons passent de 0,463 à 0,334 à des valeurs plus élevées 0,943, 0,956, 8,556.

Dans le scorbut chronique, les teneurs ne varient pas ; on trouve cependant dans les vessies de ces animaux une urine très chargée en éléments minéraux, et qui témoignent, eux aussi, d’une perturbation importante :

Contenu de la vessie : eau, 801,95 : chlore, 1,049 : phosphore, 1,077 ; magnésium, 0,208 : calcium, 0,464 et 1,785 : fer, traces.

Dans le muscle, le même auteur a noté une élévation du calcium au cours du scorbut —- en même temps le magnésium tombe de 1,431, 1,315, 1,259 à 0,981 et 0,596 pour 1.000 gr. de tissu, ce qui est intéressant aussi du point de vue calcique, puisque le magnésium exercerait une certaine action de contrôle sur le calcium.

Le phosphore subit également une élévation de 16 à 22 gr. pour 1.000 dans l’encéphale, dans les scorbuts très prolongés.

Ce qu'il faut donc retenir de ces expériences, c’est que la vitamine C joue sur ces substances minérales et que son absence entraîne de profondes perturbations qu'il est difficile de préciser

ou d'apprécier exactement. Elle montre, sur le terrain biologique, un élément qui répond aux modifications bien connues, osseuses, vasculaires et hémorragiques, que l’on observe plus communément en clinique.

La vitamine C — le fer — la chlorophylle.

L’acide ascorbique ne joue pas seulement, d’ailleurs, sur le calcium, le magnésium ou le phosphore ou d’autres minéraux (les expériences citées précédemment ne constituaient qu’une indication).

Il aurait une certaine importance dans le métabolisme du fer.

Il existe une correspondance entre la teneur en acide ascorbique et en chlorophylle dans les végétaux, comme l’ont montré GIROUD, LEBLOND et RATSIMAMANGA. Les aliments riches en acide ascorbique sont les plus colorés. En automne, à mesure que les feuilles se décolorent, leur teneur en vitamine € diminue.

Les aliments les plus antiscorbutiques sont ceux qui sontiennent à la fois plus d’acide ascorbique et de chlorophylie, or la chlorophylle représente l’apport de fer le plus important pour les organismes animaux.

Voici quelques chiffres, donnés par GIROUD et LEBLOND. qui montrent l’apport mixte, en fer et en acide ascorbique, lorsqu'on donne à l’animal des végétaux verts.

Dosage d’acide Dosage d’acide ascorbique | ascorbique (Animaux nourris (Animaux nourris avec des folioles avec des folioles vertes). étiolées).

Surrénales .

Foie .

Rein

Rate.

Ganglion ‘lymphatique Testicule

Il est possible qu’il y ait un rôle direct de l’acide ascorbique sur l’utilisation du fer, d’origine alimentaire, si l’on rapproche des faits bien connus : anémie scorbutique, fonction martiale du foie, rôle de l’acide ascorbique dans le foie, qui est l’organe le plus riche en acide ascorbique après la surrénale (LOEPE&, COT- TET, ESCALLIER).

Quoiqu'il en soit, l’acide ascorbique détermine la guérison

des anémies de type chlorotique que l’on observe dans les carences en vitamine C. Il joue donc certainement sur le métabolisme du fer. Il est curieux de constater que la principale souree alimentaire de fer, contient en même temps le principe d'utilisation du sel métallique plus que n'importe quel autre aliment.

Vitamine C et métabolisme de l’eau.

La vitamine C agit sur la diurèse, et le métabolisme aqueux comme l’a montré R. TisLowrrz. Des chiens soumis pendant deux semaines à la dose moyenne de 10 mmgr. par kilogr. à 13,5 kgr. Cet auteur à montré l'augmentation de la diurèse. En quelques jours, la quantité d’urines passait de 20 à 22 centimètres-cuhes par heure, à 30 ou 40 cm. Tiscowrrz et les auteurs Japonais concluent à une déshydratation des tissus par l’intermédiaire des diastases et des hormones, à un déplacement de l’eau des tissus vers le sang, à une augmentation de la diurèse grâce à l’action directe de la vitamine C sur les vaisseaux et les reins. Pour un auteur, ces modifications déterminées par l’acide ascorbique sont Juste l’inverse de celles que l’on observe dans le scorbut.

Enfin, pour ces mêmes auteurs, la vitamine C aurait une action également sur l'équilibre acido-basique, éléverait la réserve alcaline d'environ 10 %, ces auteurs pensent qu'il s’agit d'un déplacement de l’eau interstitielle vers le sang et d’un sel (1936).

En réalité, on a depuis longtemps remarqué (RIBADEAC Du- MAS) qu’une faible quantité de jus de citron élève la réserve alcaline. Par contre, des doses trop importantes finissent par denner de l’acidose.

Nous avons donc donné quelques exemples des actions diverses que possède la vitamine C au point de vue metabolique pur. Nous n’avons pas voulu faire autre chose qu'illustrer les propriétés générales de la vitamine.

L'action métabolique de la vitamine C semble différer beaucoup de l’action des autres vitamines au point de vue chimique.

Vitamine C et physiologie.

Au point de vue physiologique, ces fonctions peuvent être ainsi résumées

1) Fonction spécifiquement antiscorbutique, assurant l'intégrité du ciment intercellulaire des capillaires sanguins. « Ces cellules, dans l’avitaminose se trouvent dans l'impossibilité d'accomplir leurs fonctions, notamment celle qui consiste à assurer le passage des éléments nourriciers aux cellules

vivantes des os (chondroblastes et ostéoblastes), ces dernières s’altérant à leur tour avec une extrême vitesse (RANDOIN et SIMONNET). Nous en verrons plus loin l’aspect chimique.

2) Rôle dans le métabolisme des minéraux Ca, Mg, P, Fe, dont nous avons parlé en examinant les propriétés biochimiques de la vitamine C.

3) Fonction d'équilibre et de croissance pondérale, dont nous avons relaté l'aspect clinique.

4) Rôle endocrinien et action anti-infectieuse, que nous alions examiner.

Vitamine C et Glandes endocrines.

Les divers organes glandulaires semblent avoir une teneur assez élevée en acide ascorbique qui pourrait expliquer l’importance de cet acide dans le fonctionnement physiologique.

CHEVALLIER et CHORON donnent les chiffres suivants chez le cobaye (Teneur en microgrammes par gramme de tissu) :

Foie : 93, 97, 107, 80, 66, 80, 53, 66, 80, 73.

Cerveau : 100, 58, 120, 65, 155, 60, 50, 133, 795, 144.

LOEPER et COTTET montrent que le foie est l’organe le plus riche en acide ascorbique, après le surrénale.

Régime normal pendant 10 jours.

: PRIOR TEEN EME 0,108 Cobaye 1 | Surrénale . . ....... 0,633 PAETies ANT Un Le 0,049 Acide ascorbique en Gobaye Ur PE Sirrenale.. 0 0,474 Lee par gr. de Pbole ed out 0,082 nier Cobaye IT? Surrénale . . . ..... 0,696 Régime scorbutique pendant 10 jours POIE Arr ES RENE 0,042 Cobaye I Surrénalet ne vo. 0,195 | :

: Pole En eee 0,027 l Acide ascorbique en Éopeeel 1} SR CE DE 0,124 RE, PARYET de issu.

- Hoies sl nes ae 0.023 \ | Gobayesiu | DURIERAIETS 0 0 0 001

DEMOLE et IPPEN ont montré que l’acide ascorbique s’accumule beaucoup plus rapidement dans la surrénale que dans le foie, chez le cobaye scorbutique. La dose minima quotidienne pour guérir l’avitaminose du cobaye est de 0,5 mmgr. par animal de 250 gr. (Mme Ranpoin). Si l’on donne 0,5 ou 0,75, on n'obtient

RQ (LE

pas de modification sensible de la teneur hépatique, mais par contre, la teneur des surrénales double ou triple après 38 à 50 jours. La surrénale des animaux scorbutiques tend donc à rétablir plus rapidement que le foie, son taux normal en substances réductrices.

L’Ovaire contient aussi une quantité notable d’acide ascorbique. Le taux ensemble exectement parrallèle à l’évolution physiologique de l'ovaire (PoLicaRD et FERRAND). Les taux les plus hauts sont obtenus entre le 8° et le 15° jour après l’évolution. Il y aurait une variation parallèle entre le taux en acide ascorbique et l’activité glandulaire.

Voici un tableau tendant à montrer l’évolution de la teneur en acide ascorbique, comparativement à celle du corps jaune et servant de base à l'opinion de ces auteurs :

Age du corps jaune en jours Acide ascorbique d’après l’ovulation | mmgr. par gr.

1 0,29 1 ou 2 || 0,29 Ro | 0,29 3 | 0,29 6] | 0,26 5 | 0,29 6 | 0,43 7 0,25 6 9,67 y | 0,64 13 1,00 14 || 0,87 15 1,03 19 0,33

Co mm

Les testicules seraient aussi riches que l’ovaire. Dans son ensemble (et non seulement pour le corps jaune) il contient 0,29 à 0,36 chez le taureau, 0,26 chez la souris (SIVADJAN).

L'hypophyse contient des proportions importantes de vitamine C (GIRoUD et LEBLOND) et l’on doit la rapprocher du testicule et de l'ovaire quant à la teneur en vitamine C. Le lobe antérieur de l’hypophyse en contient en grande abondance. C’est lui qui noircit le plus, sous l’influence des colorants histochimiques, après viennent le lobe intermédiaire, puis le lobe postérieur. Actuellement, les dosages quantitatifs ont donné les valeurs suivantes chez le bœuf :

{ Lobe antérieur 1,65 4 Lobe intermédiaire 2,01 | Lobe postérieur 0,9 et 1,2

Pour les mêmes auteurs, la carence aurait beaucoup moins d'effet sur le taux d’acide ascorbique que pour les autres organes :

Cobayes normaux | Cobayes carencés Surrénale totale 1,40 0,05 Hypophyse totale 0,90 | 0,30

L’hypophyse se comporterait de façon exceptionnelle, sa richesse en pleine carence mérite d’attirer l’attention.

Surrénale.

C’est l’organe le plus riche en acide ascorbique, il est plus riche que le foie comme nous l’avons vu. Chez les animaux carençables, incapables de faire la synthèse de la vitamine, comme le bœuf, veau, brebis, lapin, chien, la surrénale contient 1,77 mmgr. de vitamine C pour 1 gr. de tissu frais. Chez les animaux non carençables, comme le rat, le lapin adulte, le taux serait de 1,49 mmgr. (GIROUD).

GaLvao et CARDOSA ont montré que 0,6 gr. à 1 gr. de tissu surrénalien frais suffisent à prévenir la carence chez les cobayes.

Le régime scorbutique détermine une baisse générale des réserves des tissus en vitamine C, qui atteindrait dans l’ensemble 70 % de la réserve totale en 3 jours, et de 85 à 90 % en une semaine (ERIK JACOBSON).

Mais la surrénale reste longtemps à un taux élevé. Elle garde une teneur d’acide ascorbique supérieure aux autres organes, comme le montrent les chiffres de l’expérience de LOEPER et CoT- TET.

La vitamine C semble jouer pour elle, mieux qu’un rôle de matériel de réserve, mais un rôle fonctionnel (DEMOLLE, IPPEN).

Les hémorragies surrénaliennes, au cours des scorbuts prolongés montrent d’ailleurs l’importance des troubles apportés à cette glande endocrine par la carence en vitamine C.

Dans l’ensemble, d’ailleurs, tous les auteurs s'accordent pour reconnaître que la richesse en acide ascorbique de tous les organes glandulaires, est un témoin spécial des relations qui semblent exister entre les vitamines et les hormones.

los

Acide ascorbique et infections.

Les recherches de Mile Edna HARDE, semblent devoir donner un rôle anti-infectieux à la vitamine C. Elle protègerait l’organisme contre certaines infections ou intoxications lésant particulièrement les surrénales ou les muqueuses digestives.

On sait, en effet, que les souris, capables de faire par ellesmêmes la synthèse de la vitamine C, sont réfractaires à une ou dix doses mortelles de toxine diphtérique. Chez le cobaye, l’injection d’une dose analogue entraîne la mort. A l’autopsie, les surrénales montrent des hémorragies capsulaires analogues à celles du scorbut.

L'on sait que chez les animaux carençables, comme le cobaye, les infections entraînent une baisse de la teneur en vitamine C. Mile E. HARDE et PHILIPPE, pensent que la vitamine C représente une substance protectrice, antitoxique. Leurs expériences semblent confirmer ces vues. Un mélange de 1 et 2 doses mortelles avec 1 à 2 centigrammes d’acide ascorbique neutralisé ne détermine chez ces animaux aucun des symptômes classiques d'intoxication diphtérique, alors que les cobayes-témoins meurent tous en 4, 8 et 10 jours. Mais l’action de l’acide ascorbique pourrait être de stimuler la secrétion d’adrénaline, dont l’arrêt dans la diphtérie peut causer des collapsus mortels.

Dans un autre ordre d'idées, ZIMMET, DUBOIS, FERRIÈRE montrent que les infections entraînent une baisse assez marquée de l’acide ascorbique dans l’organisme, en particulier dans la salive. La Vitamine C serait consommée en plus grande quantité pendant les infections (oxydo-réduction), il faudrait par conséquent augmenter les doses de vitamine C dans ces cas. Voici quelques chiffres intéressants donnés par ces auteurs :

| RE leneur moyenn Affection Age | Milligr. dans la | chez Pébfant

| | salive | normal Bronchite 6 ans. 0,0350 | 0,0512 Pleurésie 8 ans 0,0250 | 0,0596 Mastoïdite | 5 ans 0,0350 | 0,0496 Coxalgie 8 ans | 0,0400 0,0596 Endocardite 9 ans | 0,0350 0,0590 Typhoïde 8 ans 0,0350 0,0596 Tuberculose 14 ans 0,0365 | 0,0880

La question de la synthèse et des réserves de vitamine C.

Parmi les êtres vivants, les uns sont plus sensibles à l’avitaminose C, dès les premiers jours de la vie. Il semble que leur organisme possède une réserve de vitamine qui va en s’appauvris-

sant jusqu’à ce que leur alimentation soit celle de l’adulte. À ce moment, la ration journalière doit leur apporter un taux de vitamine suffisant à la dépense quotidienne. Ces êtres ne font pas la synthèse de l’acide ascorbique.

Les autres semblent moins sensibles à l’avitaminose. Ils n’auraient pas de réserve importante, mais en revanche, la grande quantité de vitamine qu’on trouve dans les organes s’expliquerait par leur pouvoir de réaliser la synthèse de la vitamine nécessaire.

Au 1‘ groupe appartiennent le lapin, le cobaye, le mouton, le bœuf. A l’âge adulte, ces animaux contiennent plus de vitamine que dans l’enfance. Voici quelques chiffres publiés par Gr- ROUD, SANTOS, RATSIMAMANGA.

en ee

Taux d’acide ascorbique en mmgr.

par gr. de tissu

Mouton Surrénale 1,39 0,50 Rein 0,12 0,07

Foie 0,27 0,09

Bœuf Surrénale 1,40 0,30 Rein 0,10 0,20

Foie 0,35 0,18

Lapin ‘: Surrénale 2,97 2,30 Foie 0,14 | 0,18

Rein 0,10 0,20

Cobaye Surrénale 0,16 0,56 He Foie 0,02 0,10 Rein 0,04 0,14

Le cobaye semble néanmoins faire exception à la règle, et pourtant il est très sensible au scorbut, et ses réserves s’épuisent rapidement. GiROUD qui publie ces chiffres, ne précise pas si le cobaye expérimenté est soumis à un régime carencé ou normal comme les autres animaux. La question des réserves peut d’ailvurs jouer.

Au second groupe appartiennent l'oiseau et le rat, qui sont réfractaires au scorbut. GIROUD cite des chiffres trouvés chez le rat carencé. E. HARDE et WoLr donnent également des chiffres concernant la souris.

RAT soumis à un régime avitaminé (GIROUD). — Mére : Foie 0,17 ; Rein, 0,12 ; Fœtus : Foie, 0,25 ; Rein, 0,26.

Teneur des organes de la souris soumise à un régime carencé (E. HARDE et Wozr). — Foie, 0,13 à 0,20 ; Estomac, 0,02 à 0,05 : Intestin grêle, 0,18 à 0,37 ; Cœcum, 0,05 à 2,12 mmgr. par gr.

Ces résultats comparables à ceux du cobaye, sont plus intéressants parce que le régime, ici, est effectivement carencé, chez

un animal réfractaire au scorbut. Même petit, le rat se défend parfaitement, et son taux de vitamine C est supérieur à celui de l’adulte. Il est probable qu’il en est de même chez l’oiseau.

D'autre part, les animaux qui ne font pas la synthèse de la vitamine C en ont un besoin plus grand. C’est ce que montre la teneur du lait en acide ascorbique, qui est beaucoup plus importante chez les animaux carençables que chez les autres. Voici les chiffres de M. MATHIEU (Encyclopédie-Médico-Chirurgicale, 4044, ÉD 170:

Mammifères capables de faire Teneur de 100 centimètres

la synthèse de l’acide | cubes de Colostrum en mmgr. ascorbique d’acide ascorbique

Chienne Colostrum 0,80 Chatte Lait 0,22 Vache Lait 0,5 à 0,95 | Lait en moyenne 1,3

Mammifères incapables de Teneur de 100 centimètres fabriquer la vitamine C cubes de Colostrum ou de lait par synthèse en mmgr. d’acide ascorbique

Lapine Lait 3,2 à 4,5

Ces résultats intéressants, demanderaient des recherches plus étendues pour arriver à une classification plus exacte, c’est ainsi en effet, que dans le tableau publié par MATHIEU, le veau serait capable de faire la synthèse de la vitamine C, tandis que les résultats de M. GiRouD placent cette espèce dans l’autre groupe animal.

Le nourrisson et la synthèse de l’acide ascorbique.

La question de savoir à quel groupe appartient le nourrisson est controversée. Il est certain que l’enfant très jeune est carencable, puisqu'on observe chez lui des symptômes de scorbut, mais les observateurs statistiques montrent que tous les enfants carencés ne font pas de scorbut. D’après certains chiffres de M. ComBy, sur l’emploi généralisé avant guerre, d’un lait condensé privé de vitamine C, un enfant sur 800 soumis à cette alimentation, aurait présenté du scorbut. De même en Allemagne, seuls quelques nourrissons ont présenté cette affection, alors que la carence en vitamine était très généralisée par suite de la crise économique d’après guerre. Il semble même, sur le terrain clinique, que les enfants dystrophiques et tarés soient prédisposés au scorbut à l'encontre des autres, leur état leur ferait-il perdre leur pouvoir de synthèse ? La question reste en suspens.

Pour MM. ROHMER, BEZSSONOFF, et d’autres auteurs, HUGNER CAVE, FircH, RIDDEL, le nourrisson est capable de faire la synthèse de la vitamine, jusqu'à l’âge de 1 an. L’espèce humaine serait intermédiaire entre les deux groupes généraux. Les organes de l'enfant seraient d’autant plus riches qu’il est plus jeune. G- ROUD et ses collaborateurs donnent les chiffres suivants :

Fœtus de 3 à 4 mois. — Surrénale : 1,82 : Foie : 0,26 ; Rein : 0,35 en mmgr. par gr. de tissu frais.

Nouvé-né. — Surrénale : 0,55 : Foie : 0,15 : Rein : 0,11 en mmgr. par gr. de tissu frais.

ROHMER, BEZSSONOFF et STOERR, montrent également que la teneur du liquide céphalo-rachidien est plus élevée chez le prématuré que chez le nourrisson normal.

Prématurés Nouveaux nés normaux

| Age Poids Vitamine C

ete

Age Poids Vitamine C

en jour engr. en mmgr. en jour engr. en mmgr. par litre par litre 2 1.440 31 4 2.600 15 4 1.750 18 6 3.050 14 6 1.810 29 7 3.450 16 7 1.560 32 8 2.950 14 20 1.440 36 | 16 2.760 13 30 2.130 18 | 6 3160 49 TT LS) D D RS. “RSS Valeur moyenne: 27 mmgr. | Valeur moyenne: 14 mmgr.

Pour ces auteurs, il ne s’agit pas seulement de réserve chez l'enfant jeune, mais d’une fonction de synthèse.

En effet, ils ont basé cette proposition sur le fait que la vitamine C, absente dans les urines des animaux carençables et soumis à un régime scorbutigène, est présente jusqu’à l’âge de 1 an chez le nourrisson privé de vitamines. Il en est de même chez le rat et l’oiseau, animaux insensibles à la carence, et capables de faire la synthèse de la vitamine. Le réactif de BEZSSONOFF, en présence de l’urine riche en acide ascorbique donne ainsi une réaction violette caractéristique pour ces auteurs. La valeur de ce réactif est niée par WACHNOLDER, et par MOURIQUAUD, mais RoH- MER a fait avec ses collaborateurs, d’autres expériences qui concordent dans l’ensemble.

Ils rappellent que la quantité de Brome fixée par l’urine des jeunes cobayes augmente lorsqu'ils sont soumis à un régime privé de vitamine C. Si le nourrisson est capable de produire la vitamine C, son chiffre de brome ne doit pas s'élever sous l’influence

d'un régime scorbutique à l’inverse des enfants plus âgés. Les résultats trouvés confirment ces prévisions.

Enfants de 2 mois (soumis à un régime scorbutique) : 0,80 à 0,85 mmgr. par c. c.

Enfant de 3 mois : 0,72 à 0,75 Enfant de 5 mois : 0,95 à 1,00 Enfant de 9 mois : 0,60 à 1,10 Enfant de 10 mois : 0,90 à 1,00 Enfant de 11 mois : 1,10 à 1,30 Enfant de 14 mois : 1,60 à 1,80 Enfant de 15 mois : 0,60 à 1,60 Enfant de 23 mois : 1,70 à 0,75.

D'autre part, tandis que chez l’adulte, la teneur des organes en acide ascorbique est en relation étroite avec l'apport alimentaire, un nourrisson de 2 à 5 mois, recevant une surcharge de 100 mmgr. d'acide ascorbique par kilo et par jour pendant 5 jours, présente une élévation de la teneur de son liquide céphalorachidien jusqu'à 22, 27, 30 mmgr., mais au bout de 8 jours les taux retombent à 8,8 ou 10 mmgr. pour 1.000 ; ce qui représente le taux normal. ROHMER pense que ce taux est celui qui correspond à sa synthèse personnelle.

ROHMER n’en conclut pas cependant qu’il soit inutile de donner des jus de fruits à l’enfant Âgé de moins d’un an. Il lui. semble cependant inutile d’en donner les doses ordinaires, lorsque l’enfant est en bonne santé. En cas d’infection, ou de maladie quelconque, la teneur en acide ascorbique diminue, c’est surtout à ce moment que l’on devra combler le déficit de l’organisme. L’infection semble stopper la synthèse de cette substance, de même que l’hérédo-syphilis, l’hypotrophie, l'infection, semblent constituer une prédisposition au scorbut.

Les classiques ne sont pas de cet avis en général, et pensent que la richesse du nourrisson en vitamine C lui provient d’une certaine réserve acquise au cours de son développement, et du lait que lui apporte sa mère. L’avitaminose entraîne un épuisement progressif des réserves que l'alimentation est, le plus souvent, incapable de ramener à son taux normal. PLANT, BuLow. NEUWILLER Ont montré que la richesse des laits en acide ascorbique était faible chez les animaux non carançables, beaucoup plus élevée chez ceux qui sont sensibles à la carence. Comme la teneur du lait de femme est quatre à six fois supérieure à celle du lait de vache, il leur semble naturel de penser que le nour-

risson ne forme pas lui-même sa vitamine C, tout au moins en quantités suffisantes.

Comment conclure ? La conception de ROHMER, bien que nouvelle, semble étayée sur un assez grand nombre de faits ; par contre celle des classiques a l’avantage de n’entraîner aucune erreur grave du point de vue diététique. On ne pourra jamais l’accuser à coup sûr de préparer une carence scorbutique. Or les besoins de l’enfant ne sont pas toujours aisés à deviner, étant variables sous des influences diverses, et le lait de vache en particulier ne lui apporte pas toujours les doses estimées nécessaires (MATHIEU, YUNG, GLANSMANN, WADEHOLDER).

Les aspects cliniques de l’avitaminose.

L’avitaminose C, comme les autres avitaminoses passe par plusieurs stades avant de réaliser l’aspect de la maladie décrite par BarLow. Le stade inapparent ne peut guère se révéler que par un examen de la teneur humorale en acide ascorbique. Pourtant, c’est à ce moment qu’il serait intéressant de noter une perturbation minérale, saline, aqueuse, une diminution de l’immunité, un affaiblissement glandulaire. Pratiquement, il est déjà bien difficile de songer à l’avitaminose C à la période frustre. Quoi de moins caractéristique que l’arrêt de la croissance, l’anorexie, le caractère maussade, l’aspect chétif ? On est tenté de songer plutôt à une avitaminose globale, Pourtant certains signes, présents dans certaines carences frustres, méritent d'attirer l'attention et sont la clef du diagnostic.

On peut parfois observer un état fébrile à répétition avec de petites poussées à 38°, qui traduit une diminution de résistance. Le plus souvent cette fièvre résulte d’un processus infectieux coryza, bronchite, colite, pyodermie... mais MM. RIBADEAU-DUMAS et CHABRUN ont décrit une fièvre scorbutique pure, évoluant sans aucune infection apparente, au même moment. Il s'agirait dans ce cas d’une fièvre alimentaire qui cède rapidement, dès que l’on donne du jus de citron.

On peut observer également une pâleur marquée, surtout au niveau des conjonctives et qui traduit l’anémie.

Fièvre et anémie peuvent faire songer à rechercher la douleur fémorale juxta-épiphysaire. Sa présence constitue le premier et souvent le seul signe vraiment spécifique. On a donné également une grande importance aux hémorragies minimes, gingivales par exemple.

L'existence d’un coryza sanglant, de purpura, d’une diarrhée sanguinolente, d’une hématurie même sont des signes d’une plus

haute valeur encore. Mais bien souvent on devra en rester dans les carences frustres au signe décrit par M. HUTINEL.

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