SCORBUT GRAVE OU STADE ÉVIDENT
Le scorbut d’une avitaminose complète et prolongée est caractérisé par sa fuméfaction épiphysaire douloureuse dont l’aspect radiologique révèle la nature réelle. Elle constitue l'élément révélateur le plus important de cette affection.
La Radiographie dont l’étude constitue « la pierre angulaire du diagnostic de scorbut » permet d’observer un grand nombre de signes lésionnels, nous n’avons pas à en entreprendre ici la description. Nous rappellerons seulement les signes principaux
Epanchement sous-périosté.
Noyau épiphysaire en bulle de savon (WIMBERGER). Ligne épiphysaire élargie (FRAENKEL).
Aspect vitreux de la diaphyse osseuse.
Amincissement de la corticale.
Zone claire de Lehndorff ou ligne scorbutique de Pelkan
Les Hémorragies sont fréquentes, depuis la simple hémorragie gingivale jusqu’à l’hématurie. Elles semblent plus le fait d’une altération capillaire que d’une modification sanguine proprement dite. WOLBACH a démontré qu'il s’agit d’une altération de la substance qui unit les cellules de revêtement.
Dans le sang, on trouve une anémie modérée avec chlorose légère (hémoglobine abaissée à 60, à 40 %), dont la caractéristique essentielle est de guérir sans traitement antianémique proprement dit, mais uniquement par l’administration de jus de citron ou d'acide ascorbique. Peut-être la chose est-elle expliquable si l’on rapproche de ces faits le rôle de l’acide ascorbique sur les minéraux, en particulier le calcium (A. Micnaux) et le fer (GIROUD, THIROUXx). Dans la règle, la guérison est rapide, qu'il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte ; les doses utiles de jus de fruits ou d'acide ascorbique, sont exactement les mêmes qui servent au nourrisson, c'est-à-dire 30 à 60 mmgr. de vitamine par jour.
En plus de ces symptômes parmi lesquels les hémorragies et les signes radiologiqres sont les plus caractéristiques, l’on peut observer des troubles que les travaux actuels ont mis en lumière, mais qui sont assez rares. Quelques malades présentent des œdémes particuliers qui n’ont rien de commun avec les suffusions hémorragiques sous-périostées où intra-musculaires.
Mille MicHaUx, en 1931, montra l’existence
d'une augmentation de la pression sanguine
d’une élévation de l’urémie
d’un trouble de la perméabilité rénale comprenant une expérience uréique abaissée, une augmentation de l’urée sanguine, une albuminurie, une rétention chlorurée.
Le même auteur a montré, nous l’avons vu, que la vitamine retentit sur le métabolisme de l’eau, et sur l’équilibre acido-basique. En 1932, Mlle MicHAUx montra qu’un régime pauvre en acide ascorbique provoque dans l’organisme une rétention chlorurée associée à une rétention du sodium. La vitamine C agirait ainsi sur le métabolisme du chlore, ce qui n’est qu’un chapitre de l'équilibre acido-basique que nous avons vu.
Ces faits expliquent l'existence des œdèmes et rétentions du scorbut.
Un autre syndrome a été décrit dans le scorbut par A. HESss, en 1917. Un pouls à 140, un cœur dilaté par ses cavités droites, une tachypnée en sont les caractéristiques, mais l’on est enclin à penser que la vitamine C ne serait pas seule en cause, car les légumes et fruits guérissent mieux ce syndrome que la vitamine C pure, ce qui semble montrer que la vitamine B aurait dans l’apparition de ce syndrome, une action prédominante.
« Les observations de HESs aboutissent à une conclusion pratique d’un ordre très général ; la plupart des carences observées vers 6 mois, chez les nourrissons alimentés avec du lait de vache et des substances dépourvues de vitamine comme le sucre et les farines, sont complexes. Il convient de les traiter non seulement par des jus de fruits, mais encore avec un régime où les légumes ont une large part. >» (MATHIEU). VARIOT, à une époque où les vitamines n'étaient pas connues, remarqua déjà le bon effet des légumes frais et en particulier de la pomme de terre au moment du sevrage. C'est peut-être grâce à cette pratique qu’il n’observa pas de cas de scorbut.
Tels sont les symptômes d’un scorbut évident. Nous n’avons pas relaté les signes radiologiques qui occupent cependant une place très important, mais leur exposé nous entraînerait au-delà des limites que nous nous sommes tracées, et leur aspect est très particulier, est moins intéressant du point de vue de la croissance que les lésions rachitiques.
La phase terminale de cachexie très rare a été surtout étudiée chez le cobaye. Néanmoins, elle a pu être rencontrée chez le nourrisson.
M. MOURIQUAUD fait observer que lorsqu'on en arrive à cette phase ultime, l’administration de vitamine améliore les Aie mes de scorbut proprements dits, mais ne peut permettre à l’organisme de rompre avec la dystrophie progressive qui suit son cours inexorablement lorsqu'on a trop tardé à faire cesser sa cause.
Il faut donc, après avoir dépisté le scorbut, et surtout le scorbut frustre par l'examen minutieux de tout enfant dystrophique, prévenir une évolution de la carence.
Il importe donc de connaître quelles variétés alimentaires l'enfant doit recevoir pour éviter la carence à titre préventif.
Il nous faudra indiquer les conditions et le mode d’emploi de l’acide ascorbique synthétique, à titre curatif.
Sources de vitamine C.
Les sources de vitamine C sont surtout des sources végétales, le lait étant mis à part, nous n’aurons pas à distinguer deux catégories comme pour les vitamines précédentes. Les viandes, graisses, peuvent en effet contenir de la vitamine C, surtout les organes glandulaires, comme nous l'avons vu. Mais leur teneur est très variable, et surtout, du point de vue de la diététique infantile, elles ne représentent pas un apport très important.
Nous étudierons donc seulement les sources végétales, le lait et le produit synthétique aujourd’hui utilisé sur une grande échelle : l'acide ascorbique.
Dans l'ouvrage de Mme RANDOIN et H. SIMONNET « Les vitamines », les aliments suivants, rangés par ordre alphabétique, renferment la vitamine hydrosoluble C : Banane, babeurre acide, betterave, carotte nouvelle, chou, chou-fleur, citron, épinard, graines en voie de germination, haricot vert, huître, jus de viande crue, lait, petit lait, laitue, navet, orange, oignon, pissenlit, pois frais, poivre rouge (paprika), pomme, pomme de terre, prune, raisin, tomate (même en conserve).
Chez les plantes hétérotrophes, dépourvues de chlorophylle, les quantités d’acide ascorbique sont insignifiantes, elles sont au contraire considérables dans les plantes autotrophes à chlorophylle (BABONNEIx). Dans les graines, la vitamine C apparaît dès le trempage et augmente rapidement après la germination. Les indigènes d'Extrême-Orient utilisent volontiers les haricots ‘et les pois germés et Y trouvent ainsi la vitamine qui leur est nécessaire.