‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 41 sur 86 · HARPES. S. ERARD · texte numérisé non relu

HARPES. S. ERARD

la corde diminuait et le son se trouvait naturellement abaissé. Pour le hausser, il suffisait de presser la pédale et de la diriger à gauche, la tension primitive se trouvant augmentée, le son devenait plus aigu. C'était à Tétat rudimentaire le principe du double mouvement, auquel Erard ne devait parvenir que quelques années plus tard. En indiquant dans l'énoncé d'un brevet suivant (1809), ainsi conçu; « harpe sur laquelle on peut exécuter les dièses sans nuire à raccord*, cet habile facteur a fait la critique du système précédent. Enfin en 181 1, le double mouvement était créé par l'emploi de deux fourchettes opérant deux raccourcissements successifs de la corde qui, a vide, donnait un son bémolisé, que l'oo rendait naturel par un premier mouvement de pédale et qui devenait dièse par le second mouvement. On obtenait alors 27 gammes au lieu de 1 3 et l'on pouvait moduler rapidement et même exécuter des suites ininterrompues de demi-tons. L'Académie approuva en 181 5 les importants perfectionnements d'ERARo, néanmoins les avantages qui en résultaient ne furent pas unaniment reconnus F,-J. Naderman se montra toute sa vie adversaire inébranlable du nouveau système. Alors même que plusieurs années d'expérience en eurent confirmé le succès, il persévéra dans son hostilité. Il contesta la possibiUtéd'exécuter toutes les modulations en arguant de la compHcation qu'occasionnait les pédales qui ne servaient, disait-il, dans l'introduction de sa méthode ( 1 824) qu'à embarrasser l'exécution : < J'affirme que le mécanisme de la harpe simple * est infiniment préférable à celui delà harpe à dou-

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€ ble mouvement. On ne peut donc considérer comme < un perfectionnement des changements sans utilité « réelle et qui entraînent de graves inconvénients.» F.-J. NADERMA>f qui avait été nommé professeur au Conservatoire, n'enseigna donc que le vieux système, qu'il fabriquait d'ailleurs avec son frère, et ce n'est qu'après sa mort (1835) que la harpe d'ERARu pût prendre place dans l'enseignement de notre grande Ecole. A dater de ce moment, la harpe simple avait vécu, et l'adoption générale de la harpe nouvelle est venue depuis donner un cruel démenti à l'opinion de Naderman.

Bien que Séb. Erard ne se soit pas occupé spécialement de l'orgue il apporta quelques perfectionnements à cet instrument, totalement dépourvu alors d'expression Notre éminent facteur parvint à lui donner la faculté de nuancer le son, selon le degréd'enfoncement de la touche, découverte admirable qui fit dire à Grétry dans ses Essais (1797) : « C'est la pierre philosophale en musique, que celte découverte. Le gouvernement devrait faire établir un grand orgue de ce genre et récompenser dignement Erard, l'homme le moins intéressé du monde >. Absorbé par ses recherches sur la harpe et le piano, Erard laissa s'écouler une trentaine d'années avant de reprendre ses études sur l'orgue ; ce n'est qu'en 1827, qu'ilprésenta à l'exposition un orgue expressif par le moyen de pédales actionnant des jalousies et par l'élargissement ou le rétrécissement progressif des conduits du vent sur les jeux d'anches, procédés connus, sinon en usage depuis quelques années. Cet instrument fut

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