‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 44 sur 86 · PIANOS, HARPES. ERARD · texte numérisé non relu

PIANOS, HARPES. ERARD

ment récupéré. Celui de 1867 orné de peintures en camaïeux et de riches sculptures, a été acquis par Sir Richard Wallace pour sa galerie de tableaux; celui de 1878, style Louis XVI a été ojffert par un groupe de dames du monde à la duchesse de Bragance, aujourd'hui reine de Portugal, à Toccasion de son mariage ; enfin celui de 1889, styl» Louis XIV avec applications de bronzes ciselés et dorés est devenu la propriété de M™ Anghouena, la personne la plus riche de Buenos- Ayres ^ La fabrication de la harpe montre aussi e désintéressement des Erabd, car il n'y a certainement aucun instrumen de moins productif aujourd'hui, que celui-là.

11 n'est plus fabriqué maititenant que deux sortes de pianos : des pianos à queue et droits à cordes obliques ou demi-obliques, de divers formats, mais de qualité uniforme, la différence de prix ne portant que sur la différence de dimensions et la puissance sonore. Cette maison a renoncé à faire des pianos droits à cordes verticales et ceux à cordes croisées. Cinq cents ouvriers sont employés dans la manufacture de Paris ; la production s'élève annuellement à environ 1500 pianos dont 500 à queue, et jusqu'à ce jour les ateliers de Paris et de Londres (ce dernier fondé en 1786) ont produit plus de 100.000 instruments.

Si le nom d'ERARD est universellement connu,

* C'est une ancienne tradition chez Erard que de faire des instruments exceptionnels: en 1884, i^ Y ©"t un piano slyle Louis XIV avec sculptures et peintures en couleur sur fond or.

celui de Pleyel ne l'est pas moins. Mêmes traditions, mêmes efforts se retrouventdans celte maison^ moins ancienne de quelques années, mais qui a su acquérir une importance considérable et produire dans sa fabrication courante, des instruments dont la perfection a fortement contribué au bon renom de la facture française.

C'est par occasion, qu'après avoir fourni une brillante carrière comme compositeur et s'être fait éditeur de musique, Ignace Pleyel prit la résolution de s'établir facteur de pianos, à l'âge de 50 ans- Autrichien de naissance, élève d'HAVDN, I. Pleyel s'était Gixé à Strasbourg en 1783 où il occupa la place d'organiste de la cathédrale, puis il vint à Paris vers 179^ et fonda peu après une grande maisou d'édition, puis en 1807 sa célèbre manufacture de pianos. Les premières années de sa nouvelle exploitation, n'offrent rien de saillant; c'était la période d'organisation. Etranger à la facture, 1. Pleyel trouva dans son fils Camille (né à Strasbourg le 18 déc. 1788), un auxiliaire actif et expérimenté qui lui succéda en 1824. Aidé des conseils du pianiste Kalkbrennfr qu'il prit pour associé, C. Pleyel se mit en mesure de rechercher les perfectionnements qui répondaient le mieux aux desiderata des virtuoses. En 1825, il se signala par une innovation : le piano unicorde dans lequel une seule corde devait produire l'effet de deux ou trois employées habituellement. Pour arriver à ce résultat il fallut augmenter le diamètre des cordes et conséquemment modifier la construc-

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tion du piano de façon à lui donner une résistance

i proportionnée à l'effort plus grand.

Deux ans après (1827), la maison Pleyel qui

^ n'avait encore participé à aucune exposition, remporta son premier succès : une médaille d'or lui fut accordée pour ses diverses inventions et pour un piano à queue à trois cordes, qui parut « égal aux meilleurs pianos anglais ». L'année suivante, C. PleylI' fit breveter un système de sommier dit prolongé'' puis un système de placage à contre-fil pour les tables d'harmonie (1830) et divers autres perfection-

i nements parmi lesquels un mécanisme permettant d'obtenir plusieurs sons simultanément (1844). Dans l'intervalle, C. Pleyel avait obtenu une nouvelle médaille d'or et la croix de la Légion d'honneur (1834). Parmi les instruments exposés élaient un piano à queue de 7 octaves à cadre en fer fondu et un grand pîanino à 2 cordes dont la disposition verticale des cordes et la mécanique différaient des pianos « appelés droits » importés en France par I. Pleyel en 1830. En 1839 et 1844, autres médailles d'or ; enfin, une médaille d'honneur fut attribuée à sa maison en 1855, mais comme P. Erard, il ne put jouir de ce dernier succès, la mort les ayant frappé tous deux la même année avant la distribution des récompenses. C. PLEYELmourut le 4 mai 1855, vingtquatre ans après son père, décédé le 14 novembre 183 1, année mémo même où mourut Seb. Erard qui le précéda de sept mois dans la tombe. C'est par une coïncidence particulière que les deux fondateurs des deux plus célèbres manufactures de pianos

perdironl la vie la même année, et qu'il en fut de même pour leurs successeurs immédiats.

Ce fut au temps de G. Pleyel que la salle de concerts de la rue Rochechouart devint Je centre où les grands artistes étrangers venaient faire assaut de talent avec les artistes français. Chopin Tami intime de G. Pllyel, jouait ses pianos de préférence, trouvant que ses œuvres s'harmonisaient mieux avec leur sonorité, et ce fut dans la salle Pleyel qu'il se fit entendre pour la dernière fois à Paris, le i6 février 1848.

Après la mort de C. Pleyel la direction de la maison échut à Auguste- Désiré-Bernard Wolff, né à Paris le 5 mai 1821 que C. Pleyel s'était associé en 1852. Virtuose et compositeur distingué, A. Wolff avait fait ses études au Conservatoire où il avait remporté un 1" prix de piano en 1839; il ne se montra pas moins bon facteur que musicien accompli. On lui doit diverses innovations importantes : le piano pédalier, la pédale tonale permettant de prolonger certains sons, un système particulier de double échappement, un clavier transpositeur très ingénieux s'adaptant sur tous les pianos, etc. Pendant la direction d'Aug. Wolff, qui avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur, le 24 janvier 1862, eut lieu l'exposition de Londres (1862), où les améliorations dues à ce facteur-virtuose furent très remarquées. La Prize medal fut donc décernée à la maison Pleyel pour la perfection, la puissance et l'égalité de son, la précision et la solidité du raécanisme de ses pianos. En 1867, ^^^^ ^'^^ l^ors concours, son chef

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