PIANOS — A. BLONDEL 1<J
ment dans les œuvres pour piano et. qui, en réalilé, est faite à deux cordes, avec la pédale douce ordinaire. Dans ce système, contrairement à l'usage courant, le clavier et la mécanique restent en place — ce qui évite l'usure causée par le va-et-vient, — le nouveau jeu d'étouffoirs est fixé au delà du frappé du marteau et les feutres en forme de coins, viennent se placer entre deux cordes, de façon à n'en laisser vibrer qu'une. On voyait aussi, à la galerie Desaix, un piano droit avec clavier établi de manière à permettre de transposer de trois demi-tons et construit de telle sorte qu'il n'y ait pas de frottement comme à l'ordinaire. Appliqué au piano à cordes croisées, le clavier-transposileur présentait des difficultés que l'inventeur a pu surmonter heureusement; une médaille argent a été la récompense de son ingéniosité. C'est aussi de 1839 que date l'établissement de M. Blondel (Alphonse-Pliilippe-Alfred). Ce facteur» originaire de Douai où il naquit le 4 février 181 3, se fil d'abord connaître par l'invention d'une mécanique indépendante dn clavier ( 1 84 1 ), puis, il imagina un a ppareil s'adaptantà tous les pianos, à l'aide duquel on peut ajouter à chacune des notes de la basse, son octave grave et à celles des dessus, l'octave aiguë, et que, pour cette raison, il nomma piano-oclave (1B53-55) ; ensuite il apporla diverses modifications à la construction générale du piano, consistant dans l'invention d'une baïonnette d'élouiïbir détachée du levier d'échappement dont l'usage s'est généralisé, et dans l'emploi d!une grande table d'harmonie libre, ayant pour but de donner aux basses des pianos droits la so-
norilé do celle des pianos à queue. A. Blondel n'a guère fréquenté les expositions; pourtant, en 1849, il avait eu ses pianos classés au troisième ran^ et reçu une médaille de bronze ; puis, une mention en 1855. Ce ne fut qu'en 1881 qu'il se représenta devant le jury pour lui soumettre un système de double échappement pour piano droit, dit mécanique Blondel , donnant la répétition des notes quelle que soit la distance du marteau et un piano à clavier mobile, se relevant de façon à supprimer la saillie qu'il présente d'ordinaire en avant delà caisse, inventé en 1838 par Kogez, chez qui il avait travaillé, qui lui valurent une médaille d'argent, S'inspirant d'une disposition de son clavier mobile qui, en s'abaissant, fait ouvrir un volet forme d'une partie du panneau placé au-dessous du clavier, afin d'augmenter la sonorité comme cela a lieu avec les jalousies de la boîte expressive du grand orgue, A. Blondel a rendu mobile le panneau placé audessus du clavier et sur lequel sont flyés les flambeaux, pour le faire servir de pupiire et donner en môme temps un large passage aux ondes sonores, qui ne trouvent plus d'issue suffisante depuis que la mode est venue de charger le couvercle des pianos de livres, statuettes et autres objets d'art (1890). Une des ingénieuses découvertes de cet infatigable chercheur est le piano-orgue à un seul clavier permettant déjouer séparément l'un ou l'autre de ces instruments, soit de les faire entendre simultanément ou bien encore d'employer la moitié de l'un et moitié de l'autre, de façon à obtenir les basses avec Torgue
PIANOS — A. THIBOUT 197
et le chant avec le piano eivice-versa. M. Alph. Blondel est mort le 26 mars 1893, laissant à son fils Alphonse- Alexandre-Ferdinand^ né à Paris le 14 avril 1852, dont il avait fait son collaborateur depuis 24 ans, le soin de maintenir sa maison au rang des plus honorables où il avait su l'élever et qui lui mérita, en 1840, le titre de fournisseur de l'Académie de musique. C'est, comme Ta dit sur sa tombe M. 0. Commettant, le distingué critique du Siècle, par un travail persévérant dont il a été le témoin dès la première heure, et grâce aux rares facultés d'intuition qui donnèrent naissance à leur amitié dans des cir constances peu communes, que M. A. Blondel a pu convertir l'étroit atelier où il débuta avec deux ouvriers, en une manufacture dont les produits ont reçu les suffrages des maîtres du piano : F. Planté, Marmontel. M"'® Massart, etc.
Après avoir fait son apprentissage chez Mussaud et avoir travaillé quatre ans chez H. Pape, Thii)Out (Amédée-Benoit), fils du luthier J.-P. Thhîout, dont il sera question plus loin, s'étabht fort modestement en 1 840. 11 n'occupa d'abord que 20 à 25 ouvriers produisant 75 à 90 pianos par an ; en 1867, il en construisait environ $00 avec 80 ouvriers tant à l'atelier qu'au dehors ; aujourd'hui la maison en emploie une centaine et fait à peu près 700 pianos. A. Thibout s'est acquis une certaine réputation pour la fabrication des instruments à prix modérés ; il reçut des médailles de bronze en 1844 et 1849, P^is des médailles d'argent en 1867 et 1878. A Vienne, en 1873, il obtint une médaille de mérite. 11 mourut le 14 fév. 1877, à l'âge de
lÔé ^IX^ èlÉÔLE
54 ans. Par suite de ce décès, c'est M'"" veuve Thibout, qui prit part à l'exposilion de 1889 où elle obtintune médaille d'argent pour ses divers instruments parmi lesquels on remarqua un piano à cadre en fer au prix très accessible de 550 fr. , destiné à l'exportation. M'"° veuve Thibout, en présence des suffrages recueillis par ses instruments et des récompenses précédemmerit obtenues (médaille d'or, Bruxelles, Amsterdam, Anvers) ne crut pas devoir accepter cette médaille et, par exploit d'huissier, elle notifia son refus à l'administration. Eh 1891, après avoir acquis le fonds Jf. IIerz, M"'^ veuve Thibout s'est associé son fils ttugues-Amédée (né le 2 juin 1862), qui avait été nommé officier d'acdémie {'année précédente, et elle conlintie avec lui, sous la raisoti sociale Am. Thibout et &, son ancienne fabrication.
En 1843, alors qu'il commença, à fabriquer luimême ses premiers pianos, Ahloine-Jean-t)énis flôtd tout optimiste qu'il put être, né dut certainement pas prévoir l'importance qu'àcquerreraît sa manufacture, laquelle comporte aujourd'hui 300 ouvriers et d'où ii est sorti jusqu'ici 84.000 pianos, soit Uîxe moyenne de 12 par jour, humble fils d'un boulangea de la rue des Pénitents-Noirs, à TouIou«e,où il tiâqùlt lé 13 octobre 1814, A. Bord, à peine établi dèpùîfe un an, prenait part à l'exposition de 1844 et obtenait une médaille de bronze pour un petit piaîlo à queue classé au f rang; c'était heureusement débuter. Cinq ans après, ce fut Un grand piano a queiiè ^ui lui valut la médaille d'argent. A. Bord ne s'est pas attardé à la recherche de procédés nouveaux — il
Pianos — a. èord lêà
n'imagina guère qu'un mécanisme à double échappement en 185 1 — il s'est spécialemenî appliqué à produire des instruments dans les meilleures conditions économiques, et est ainsi parvenu à établir, entre autres, un système de piano droit au prix exceptionnel de 580 francs. Améliorant sans cesse sa fabrication, À. Bord obtint de hautes récompenses aux expositions françaises et étrangères ^ eten 1878, il fit partie du jurJ^ A la suite de Texposîtion d'Amsterdam où il avait dignement soutenu l'honneur de la laclure française, A Bord reçut du gouvernement français la croix delà Légion d'honneur (26 sept. 188 j). En 1877, Antoine Bord avait appelé auprès de lui son neveu M. Àntonin Bord, né à Toulouse en 185 3, pour en faire son élève et collaborateur, et a sa .mort (5 mars 1888), ce dernier qui dirigeait les ateliers dé. puis 4 ans, devint son continuateur. C'est lui qui présenta en 1889 divers modèles de pianos toujours conçus suivant les principes de bon marché établis par le fondateur, très remarqués du jury, notamment le piano petit format avec barrage en bois à 450 francs, celui à cordes verticales à cadre en fonte et sillet en dessus, le piano demi-obliqlie avec trois barres de fer et sommier prolongé ainsi que ceux à cadres en fonte et à cordes croisées, pour lesquels M. Antonin Bord reçut ime nouvelle médaille d'or. Ce. jeune facteur s'efforce de propager le système à cordes
* Méd, de V"^ clause: Paris (i855), Londres (1863); méd, d^argent : Paris (1867); 7ndd. d'or : Sidney (1879), Melbourne O880), Amsterdam (i8o3;.
croisées avec cadre en fer, et parmi les améliorations qu'il poursuit, il faut citer particulièrement la prolongation du son, problème qui de longue date, exerce la sagacité des facteurs, ainsi que l'adoption d'une nouvelle division du travail permettant à l'ouvrier d'acquérir une plus grande habileté et lui procurant im salaire plus élevé. Son^envoi à Chicago comprend un petit modèle de piano à queue avec cadre en fonte d'acier et cordes croisées, construit sur un nouveau plan et dont la puissance, l'homogénéité des sons ainsi que la qualité du timbre sont à remarquer. Les pianos droits, également à cadres de métal et cordes croisées, sont pourvus de la mécanique à lames d'ËRARD, la seule qui convienne aux instruments à longues vibrations et d'une pédale douce par rapprochement des marteaux.
Un an après la fondation de la maison Bord, s'élevait celle de M. de Prouw-Aubert (1844) aujourd'hui dirigée par M. L. Eurgasser, qui s'est presque toujours abstenue aux expositions. En 1889, une mention a été accordée au propriétaire actuel. C'est de Procw- AuBERT qui eût l'idée de la vente à tempérament, qui contribua beaucoup à répandre le piano dans la classe bourgeoise .
Contrairement à la précédente, la maison Auchern'a guère manqué de participer aux expositions depuis 1849, où une médaille de bronze lui fut accordée pouruu piano droit*. En 1889, le jury constata que
» Elle fut à Londres en i»5i et i865(M. II.), à Paris en i865 (mécl. de 2*^01.)? i^>7 (bronze), 1H89 (argent).
PIANOS — ELCKE. GOUTTIÈRE 201
les frères Aucher conservaient les « bonnes et anciennes traditions de la maison >. Un système de barrage mixte et d'agrafes mobiles posées sur le chevalet pour compenser la charge des cordes, imaginé en 1850 donne une bonne sonorité aux instruments. Une semblable exactitude aux expositions est à noter pour l'établissement créé en 1846 par Fréd. Elcké *, En 1878x0 facteur qui s'étail fait aussi une loi de vendre à ces prix peu élevés, et ne construisait que des pianos droits, avait réalisé de grands progrès constatés dans le rapport du jury. En prenant la direction d« la maison (1878), M. Ed. Gouttière résolut d'étendre sa fabrication aux pianos à queue. A ce titre il reçut un diplôme d'honneur à Anvers (1885) ®t à Bruxelles (1888), mais c'est à l'exposi tioii de 1889 que M. Gouttière obtint la meilleure consécration de son succès. En le plaçant < le premier sur la liste des médailles (ïot », le jury reconnut à ses instruments de remarquables qualités. Deux d'entre eux fixèrent particulièrement son attention : le grand piano à queue de concert, modèle Erard , par sa < grande puissance de son et ses basses excellentes >; et celui à cadre en fonte avec cordes croisées, par la beauté des sons, leur prolongement et leur égalité dans toute l'étendue. M. Gouttière a su placer sa maison au rang des plus réputées et des plus importantes ; il occupe 100 ouvriers et fabrique environ 700 pianos par an.
* Médailles de bronze (i«S49), de 2« classe (i855), mention à Londres (1862), méd. de bronze (Paris, if\(r) et d'argent (1878).
202 XI?:? ÇlgCLE
S*il est un hoir très f^omn 4u publjc, c'est perlai- Loi pement celui de Jos.rGab. Qruvpau, né à Romorantia^ti en 1824. U n'a pas non plus gpcuraujé les brevets ..jp fj'invention, pourtant il a introduit bien des modifi- jj. citions à )a conslniction du pianq et donné son nom k à une mécanique adoptée par beaucoup de facteiirs u français et étrangers, connue sous le noui de mécçf- jg nique Of^veau, U est ^ussil'auteur (J'unis transforipa- j, t^ion cfe la mécanique de pianp § qweue (ïprard, à 'j,laquelle il applique le ressorj. g bpudin et d'un sys- ^^, tème do piano démontable .en gfqq parties. M Ctave^u ^ 1^ tenté 4'obtenir rampliflca),ipq 4^ son par réflejcioii, ;.| en plaçant une gl^ce h qi^plqups millimètres de }a ^-^ t^ble d'harmonie; Texpériepce nous fixera sur la u, valeur de celte ipnovatipfj présentée à l'exposition ^ dp 1889. pi) attendilHt, eljp témoigne du spucj et d^s spips qu6 ce f^cte^r apporte ^ sa fabrication fl'^st en 1847 que M. Gav^au débuta, dans d§ fort modestes conditions ; aujourd'hui il occupe 300 ouvriers et corjgtruit environ 1,500 pjappspiarap; sa production totale î^'élève actueUpffjPiit § près de j§,oop iustrujnents. Pie lecteur ppt une médgilje d^ deuxième cjassp gp 185;, nnç d'argent §n 1867. {.a médaille d'or en 1^78 et en ïS^q, atteste rexpellence de }a qualité 4(3 ses jpstrufneïits, atïîrniée à diverses reprises aiix expositions d'Au)sterd3ni f'SÇj), d'Anvers (1885) et de Pruî^eUe^ (1888) p§r le diplôin§ d'bonqeiir. pepuis psu, M. Gaveau s'est adjoint ses siic fils qu'il a p^pés à la tête des différents services de son usine.
il est assez rare qu'une association ouvrière ait une existence durfblç, }a Sgcfétç des fadeurs depij^-
PIAîJOS -T- FppvOST 2f^
wo^ fondée ^D 1849 f^?^ ç§p^nd»nt jnaijifeiîue jjsqp'ici. Pu 1867, soi|^ }a raison sociale Yçt, §Pbr^c)t et Cie, elje obtint une rpejifjon honorable; vers 1872 M. 8119e) reipplaça l^f. Sciii^^ck et aux exposilion3 (ie 1878 pt 1889 il pepré^entji l'association avec M- |6- »ard (jné^- 4e Jirqpze). Lei^rs instruments son^ bpns ei (Je prix raisonnables.
pncore un nPPÎ bien cpnnu qne celui de fruvost ; ce n'e§^ poipt pourtant pQijr avoir paru ^ux expositions. Bien çn'étabU 4^pwis 1850, ffenri-Jfosepli PçuvosT s'y présenta seulement pour \^ première fois en 1878. Il reçut une médaille d'argent pour ses pianos droits à spnorité bierj Uompgène, pQns|.ri;jJ^ sur des plans à lui particuliers, p^pj^ gns qiprès, il pé4ait la maison à son fll3 {lenri, initié de tonng li^wre ^nx déjails 4!ô l? fa)3p|c;jlipn. ^dppt^nl' le cadrp gn fer» il lui fit subir des uiodifications propres à l'allège?», en compensant la dimlnHlion d'épaisspur par 4^^ ï>ervures augmentant la résistance. Les modèles de pianos droits de ce facteur sont au npmbre de cinq : deux 4 cQf des croisées, deux h cordes obliq^^s pt un demi-obJique dont les dimjônsions v^rjent de i m. 22 à I m- 40 de haut^u^; le xpeilleur pj^rcbé coûte 490 ff. V.-JJ. PpuvosT ppre, décéda k ChampigOy» ^u commencement (Je juin 1892, âgé ^Q 72 ans. Une médaille de bronze a été attrjiîuée à son flls ep 1889.
plus heureux, M. Victor Pruvoç^, oncle 4u précédppt, dont la mapiifapture ^Sl^e de 1852, reçut upe^ médaille 4'ai*gent à la mèvfio exposition. Jl est vrai que les instruments soumis au jury étaient d^Rue bonne facture, consciencieuse ç(, offrant de réelles gy§l}-
tés. Les termes du rapport sont des plus élogieux : € un piano à cadre en fer forgé d'une seule pièce, lisons nous, possédait une qualité de son aux vibrations étendues », un autre, de plus grand modèle, à cordes croisées, « joignait à une grande sonorité et à des vibrations prolongées, beaucoup d'égalité et de distinction »; enfin le piano mi-oblique « avait une mécanique fort bien réglée, un son distingué et très égal ». Avec ces qualités, les pianos de M. V. Pruvost sont ce[>endant à des prix fort accessibles, ce qui contribue à en assurer le succès. Ce facteur emploie les deux systèmes de mécanique, l'ancien, dit à baïonnette, et celui à lames d'ERARo, qui donne une belle sonctfité et une plus grande douceur. Depuis 1890, M. V. Pruvost a cédé sa maison à son fils Edmond- Victor, né le 7 juin 1863, qui suit les mêmes principes de fabrication.
C'est de 1850 que date la maison fondée par Gervex père auquel son fils Félix a succédé. 11 a obtenu une médaille de bronze en 1878 pour ses pianos droits et un système depédaleàressorten bois, et une médaille d'argent en 1889. Périodiquement M. Gkrvex fait une loterie entre ses locataires de pianos et le gagnant reçoit un instrument à son choix. A la môme époque remonte la fabrique créée par Focké père qui, après avoir associé son fils aîné, exposa en 1 878 et reçut une médaille de bronze. En 1889 M. Focké fils aîné a présenté un essai de piano à queue avec double table d'harmonie à divisions formant boites sonores pour renforcer toutes les notes du clavier (méd. d'or). L'ancienne maison Angenscheidt-Everhard (M. H. 185^
PIANOS L>o;i
et méd. de br. 1878), devenue la propriété de MM. Angenscheidt frères, a présenté deux innovations en 1889 : un pin no vertical démontable par pièces de 40 kilog , pour l'exportation, dont ces fabricants se sont fait la spécialité, et un piano oblique à double table d'harmonie (méd. d'arg.). Après les facteurs dont il vient d'être question» il faut citer, toujours par ordre d'ancienneté, M. Ruch, originaire d'Alsace, dont l'établissement date de 1869 et compte parmi les plus renommés. Sa facture est surtout artistique. Tout en continuant la fabrication des pianos droits et obliques d'après les traditions des meilleurs facteurs, M. Hue» a été un des premiers à adopter le système à cordes croisées et cadre en fer forgé avec la mécanique à double échappement, d'ERARo, pour les pianos à queue et celle à lames pour les pianos droits. Ses instruments ont une belle sonorité, pleine et puissante, et offrent une grande délicatesse de toucher. L'excellente fabrication de M. Ruch (qu'il dirige lui même, aucun piano ne sortant de ses ateliers sans avoir été revu par lui) a été très appréciée dès le principe, et son succès est allé toujours grandissant. Les hautes récompenses obtenues en France et k l'étranger par ce facteur * , et sa grande compétence, Font désigné pour faire partie du jury à l'exposition de i88q, où il fut par conséquent hors concours.
Arrêtons ici cette nomenclature déjà bien longue. Parmi les facteurs contemporains qui nous resteraient
* Méd. d'argent (Paris, 1878); de mérite (Melbourne, i8î:!o); d'or (Amsterdam, i883, Anvers, i885et Barcelone, 1888).
à nommer, il n'en est aucun qui ait à son actif une (Recouverte importante, donnant lieu à une notice particulière. En général, ils s'attachent à construire le mieux possible les divers modèles créés et perfectionnés par leurs prédécesseurs, et beaucoup y réussissent, de façon à conserver à l'industrie des pianos français une excellente renommée. Bornons-nous à donner ci-près le nom des lauréats des expositions de 1878 et de 1889, dont il n'a pas encore été question *.
Dans notre revue des principaux facteurs, nous
1 MM. J. Lafontaine, établi en 1878 (M. H., 1878, méd. d'argent, i88q); MH. Louis Lévéque (méd. de br. 1878, d'argent 1889); Jeanpert (méd. de br., i87B-89);Bauvai| et fiis, Sellet. Limonaire, Mayeur fils, ]|f^rtenB, Pbilip})^ frères (méd. de br., 1878); GonsUntii (M. H., 1878, raéd. de br. 1889); A. ISrwiHpt (M. H., 1878). méd. br., 1889), auquel MM. G. Renard et Gahouet viennent de succéder; J. Nicolas Erard, méd. de bronze en 1878, qui ne s'est pas représenté en 1889; Eitenmargar, piano à diapQSons iégerç et peu coûteux (M. H., 1878), un facteur 4e Pe nom avait fait ei\ i858 des pianos inclinés; J.-B. GiUon (M. U., 1B78), dont la maison existait déjà en i855.
Facteurs ayant exposé pour la première fois en 1889: Af^rf.rf'ar^.: P. Hansen, établi en 1874; Lévéque et Thersen, Tomaaini (clavecins); méd, de bronze . J.-B. Frantz, ancien marchand de piaoQs à Paris, mort ep 1892; Gausf, Lfibrouss», Laryi l<egay, qui présenta un piai\o eutonophone à deux tables d'harmonie; Aienlions honorables : F. Barrouin, auteur d'un durcisseur de clavier au moyen d'un régulateur à poids; Dieffenbacher, dont la maison existait avant i855; Jouffroy, Leguérinais, H. Leibner, Toudy, dont }a maison est antérieure, i856; Ë. Vanet, qui a trouvé le moyen de supprimer lo ressort d'échappement et Ta remplacé par un contre poids et a imaginé un clavier à toucher doux ou dur à volonté (brevets, 1882-88); Winther.
PJANOS — BOISSELOT 207
n'avons encore rien dit des manufactures édifiées en province , aujourd'hui peu nombreuses et peu prospères, mais qui un moment furent redoutables pour la capitale, au point de vue de l'exportation.
Boisselot (Jean-Louis), né en 1785, fut certainement bien avisé lorsqu'il choisit Marseille pour y établir sa fabrique en 1830. Aux portes de l'Italie, où il exporta largement, et à proximité des quais d'embarquement pour les diverses contrées du monde, il avait des débouchés plus faciles et moins coûteux que ses confrères parisiens. Sa situation devint rapidement prospère; ayant débuté avec deux ouvriers, quatre ans après il était en état de fournir 150 pianos par an, et en 1839, avec 70 ouvriers, il en livrait de 2 à 300 à la consommation, chiffre (|ui s'accrut considérablement par la suite. D'ingénieuses innovations sont dues à ce facteur, entre autres le piano cledi-karmonique (iSjcji), lequel permettait de monter 2 cordes à la fois, à l'unissoii parfait, de supprimer la cheville ordinaire remplacée par une vissànsfin et de substituer au nœud ordinaire de la corde, une cheville d'attache à vis de pression ; la mécanique à fourche (1840); le piano à double son (1843) dont les marteaux frappaient a volonté 5 cordes, trois a l'unisson et deux à l'octave haute ; le piano planicorde dans lequel les cordes étaient remplacées par des lames d'acier. Ces recherches ne lui faisaient pas négliger la fabrication courante. Après avoir eu une mention honorable en 1834 et une médaille d'argent en 1839, Boisselot obtint une méd. d'oréti i844pcfiif un piano à queue placé au premier rang et tin petit piano de même forme mis au second
rang. Boisselot père mourut au mois de mai 1847» laissant sa maison à son fils Louis-Constantin, asso> cié depuis longtemps à ses travaux, mais qui ne lui survécut pas de beaucoup : la mort le surprit au mois de juin 1850. Force fut donc à son frère Dominique- François-Xavier, né à Montpellier* le 3 déc. 181 1, qui avait obtenu le Grand Prix de Rome pour la composition musicale en 1836, et fait représenter avec succès, en 1847, son opéra-comique Ne touchez pas à la Reine, d'abandonner la composition pour donner tous ses soins à la fabrication des pianos. Il ne fut pasmoinsbon facteur qu'habile musicien ; une seconde médaille d'or avait été décernée à son frère en 1849 ; il obtint une méd de i''' classe en 1855 et, à Londres en 1862, il reçut la même distinction pour la perfection de ses instrui\ients, auxquels il sut donner une belle et ample sonorité, par une plus grande longueur et un plus gros volume des cordes. X. Boisselot est mort le 8 avril 1893. Voici quelque 25 ans qu'il ne s'occupait plus de facture; à la suit3 de l'incendie, (1865) de la manufacture fondée par son frère à Barcelone vers 1850, il avait abandonné la maison à son neveu Franfz donl le fils a pris la suite. Un autre facteur, nommé Schultz, après avoir travaillé quelqnes années à Paris, se fixa à Marseille; il obtint une mention en 1844 et une médaille de bronze en 1849. Tandis que Boisselot père s'établissait à Marseille, Pierre Hyacinthe Mangeot fondait une fabrique de
' C'est par erreur que l'article nécrologique du Ménestrel du 16 avril indique la ville de Marseille, comme lieu dcsa naissance.
PIANOS — MANGEOT 209
pianos à Nancy (1830) qu'il cédait à ses fils Alfred et Edouard-Joseph en 1859, n'ayant participé qu'à des expositions régionales (Nancy 1833-38-43). Ces derniers firent remarquer à l'exposition de Londres ( 1 862}, un piano à cordes obliques d'une charmante sonorité, lequel était muni d'un système de contre-tirage opposant une résistance convenable à la tension des cordes. En 1807 les frères Mangeot qui occupaient 60 ouvriers et faisaient 360 pianos par an, alors qu'en 1850 leur père n'en fabriquait que 180, adoptèrent d'enthousiasme les modèles américains, qui devinrent la base de leur fabrication ; ils les réussirent assez bien pour mériter une médaille d'argent. Mais il était réservé à ces facteurs défaire la tentative la plus originale que l'on ait à enregistrer, en construisant le piano à deux claviers renversés, qui fut la curiosité de l'exposition de 1878. Cet instrument réunit deux pianos à queue superposés de façon à ce que la corde la plus grave du premier se trouve vis-à-vis de la plus aiguë du second. L'idée d'un semblable instrument appartient au fameux pianiste J WiENAwsKi alors professeur à Bruxelles qui, dans une conversation tenue en 1877, racontait que les facteurs étrangers auxquels il s'était adressé, avaient refusé de l'entreprendre, vu les difficultés à surmonter. Séduits immédiatement, MM. Mangeot réalisèrent l'inslrument que le pianiste polonais J. Zarebski fit entendre aux visiteurs de l'exposition. L'avantage qui résultait de cette disposition des claviers, consistait dans la suppression de récarlement du bras pour atteindre aux limites extrêmes do l'étendue et des
croisements de mains, avantages bien minces en comparaison des études auxquelles ce système entraînait Texécutant. lia cependant été fait six de ces itis- Iruments, sur lesquels il y en a Un au Conservatoire de Varsovie et un autre à Bruxelles ; leur prix était de 5.000 fr. Avec une plus grande difficulté d'exécution, MM. Mangeot frères parvinrent à faire quelques pianos droits du même système au prix de 7.500 fr. La médaille d'or leur échut et M. Ed. Mangeot, aujourd'hui directeur du journal Le Monde musical, reçut la croix de la Légion d'honneur (20 octobre 1878); son frère Alfred est décédé le 29 avril 1889. Également à Nancy était, dès avant 1.355, ^' Staub, gendre de Waunecke, qui eut une médaille de bronze en 1878 et auquel son fils a succédé.
A Lyon, toujours en 1830, s'installait Samuel Witth qui, pour payer son tribut à l'innovation, produisit eii 1840 un pia7îo-doucine de forme et de mécanisme différents des pianos ordinaires et un double échappement à frappé en dessus avec nouveau jeu d'étouffoirs, exposés en 1844; puis,en 1854, un nouveau genre d'échappement pour pianos droits. S. WmTu s'est contenté de ses succès locaux, car depuis la mention qu'il remporta à Paris en 1844 — époque à laquelle il employait 1 5 ouvriers et faisait une soixantaine d'instruments par an — il déserta les luttes pacifiques du Palais de l'Industrie et du Champ de Mars. Ce n'est qu'en 1889 que son successeur M. Aurand-Wirth sortit de cette réserve et reçut une médaille de bronze, pour les jolis pianos qu'il présenta. Ce facteur n'est plus seul dans la cité lyon-
naiso, il compte aujourd'hui Un concurrent sérieux, M. Êarûth, qui présenta en 1878 des pianos droils d'un travail soigné, à sons homogènes (méd. de bronze), et obtint une médaille d'argent en 1889.
De jjyon, franchissons les 280 kilomètres qui nous séparent de la ville de Nîmes, pour donner un souvenir à Pol-Louis qui, en 1854, imagina, pour éviter les ruptures occasionnées par la tension et la distension des cordes lors de l'accord, d'employer la pression angulaire au moyen d'une cheville à vis, dont l'effet fui de rendre la corde sensible au moindre effort (méd. de 2° classe, 1855). Mieux que ce succès éphémère, le piano qui est au musée Kraus à Florence, conservera le nom de l'ingénieux facteur nimoîs, qui a aussi tenté de donner à la table d'harmonie du piano, la forme de celle du violon (1854). Une mention fut accordée en 1855 à deux autres facteurs de Nimes : Maury et Damas.
Suivons maintenant le cours capricieux de la Loire et arrivons à Orléans, où était établi J. Ch. Loddë qui se distingua en 1854, par quelques perfectionnements et par l'adjonction au piano droit, d'un clavier de pédales de 27 notes, faisant vibrer des cordes indépendantes de celles du clavier à mains, aussi récompensé d'une médaille de 2* classe en 1855. En 1878, Louis LoDDÉ lui avait succédé. A Nantes, nous trouvons J. Lêté marchand de pianos dès 1827, devenu fabricant en 1847. Les succès régionaux lui suffirent, mais U, L. JOidion, son successeur depuis 1871, fut plus ambitieux et la chance le favorisa d'une médaille d'argent en 1878, et, en 1889,11 fit partie du jury en qualité d'ex-
pcrt.IIors concours, ce facteur exposa des pianosdroils à cordes obliques, établis pour résister aux influences atmosphériques du voisinage de la mer. La majeure partie des pièces ayant servi à la fabrication de ce^ instruments était de provenance parisienne, lisonsnous dans le rapport de M. Thibouville-Lamy, èe qui veut dire, en d'autres termes, que ce facteur ne construit pas entièrement ses pianos. Ils possèdent cependant un caractère de facture spécial, ajoute le susdit rapporteur.
La ville de Toulouse ne pouvait rester en arrière- Grâce il Martin fils aine dont le frère, Casimir Martin, inventeur du chirogymnaste avait exposé un piano secrétaire en 1844 avant de s'établir à Madrid, elle eut sa manufacture de pianos vers 1840 et elle figura avec honneur aux expositions de Londres en 1862 [Prize medal) et de Paris en 1867 et 1878 (méd. d'argent). A cette dernière, la raison sociale était devenue Martin et C'*'.
On le voit la facture de pianos n'a pas été bien considérable en province et c'est Paris, qui est resté le véritable foyer de cette fabrication.
Trois facteurs de harpes du xviii*' siècle continuèrent à exercer directement ou par leurs descendants pendant une partie du xix*» siècle, et, (faut-il le dire ?) ils ne comptèrent point parmi les partisans de la harpe à double mouvement, soit par un reste d'attachement au passé, soit par intérêt commercial. Mais en présence des ressources nouvelles qu'apportait ce système, quelques-uns cher-