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pinionde FÉTissurla clarinette-basse de Dacosta que Ton verra plus loin, prouve que les facteurs français avaient pu faire un instrument convenable, avant d'avoir eu connaissance des travaux de Sax. Pour la flûte, Sax n'a pas vu non plus ses efforts couronnés ; pour le basson, malgré l'éloge que l'on en fit, il faut avouer qu'il ne pouvait détrôner l'ancien , tout chargé qu'il est d'inconvénients fort regrettables. A qui fera-t-on croire d'ailleurs que s'il offrait des qualités réelles, le basson Sax ne serait pas usité en Belgique ? 11 n'y a donc pas eu, comme on l'a dit, opposition systématique^ Quant au hautbois, on sait que c'est à Triébert qa'il doit le meilleur de ses perfectionnements et non à Ad. Sax. Pour les instruments à embouchure, nul n'aura la pensée de soutenir que sans lui, les cors, cornets, trompettes et trombones seraient encore à l'état absolument imparfait. Sax n'a pas balancé, que nous ne sachions, la réputation des Raoux, des Labbaye, des Courtois, des Halary, qui l'ont devancé, et, l'on ne peut dire que leur succès vient de l'imitation de ses modèles, leur réputation étant établie avant celle de Sax, on l'a vu. Les inventions utilisables de ce facteur se réduisant donc au saxophone^ (1846), car nous nous refu-
* Le Conservatoire possède un basson de Sax. Il est donc aisé de se rendre compte de sa juste valeur.
2 La première application de l'anche battante au tuyau conique — principe du saxophone — appartient à Desfontcnelles, de Lisieux (1807), ainsi que nous l'avons démontré le premier, dans la Facture iîislrumentalo (p. 49). M. Maiiillon en a cité un autre exemple antérieur à Sax, dans le Tenoroon [Annuaire du Conservatoire de Bruxellei, 1892, p. i83.)
sons à voir une création dans le saxhorn. Qu'il y ait modification, nousl'admettons, mais le clavicor elle néocor qui l'ont précédé, ne lui étaient pas inférieurs. Quant à la constitution de familles complètes d'instruments à pistons, elle avait été réalisée bien avant lui par IIalary avec les ressources de l'époque, lorsqu'il dota les instruments de clés, les pistons étant encore inconnus en France. Ce qui appartient sans conteste à Ad. Sax ce sont les instruments à 6 pistons ascendants*, et à tubes intépendants. Mais s'il y a ,eu difficulté vaincue parle constructeur pour le groupement des sept corps sonores, l'instrument s'est compliqué pour l'exécutant, ce qu'il ne saurait admettre, et si quelques-uns ont joué ce système, ils ne l'ont fait que parce qu'il leurétaitimposé, carils ne manquent pas de l'abandonner dès qu'ils échappent à la contrainte *. L'idée même de donner aux saxtuba que l'on entendit à l'Opéra en 1852, dans le Juif errant, la forme des instruments représentés sur la colonne Trajane à Rome, ne revient pas exclusivement à Ad. Sax; elle a été mise à exécution 60 ans avant lui parB. Sarrette, directeur du Conservatoire, qui les fit entendre pour la première fois le 12 juillet 179 1, à la translation du corps de Voltaire au Panthéon^ En résumé, peu de découvertes absolu-
* Nous avons cité à l'article IIalary, page 335, une application antérieure (1849) du piston ascendant; la nouveauté de l'invention d'Ad. Sax ne consiste donc que dans les tuàes indépcndanls ,
* La Facture instrum^ à l* Exposition, p. i33.
5 La Chronique de Paris, p. 781. « ... des strophes de Ché-
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ment marquantes et surtout utiles, justilSant l'excessive réclame faite à leur auteur. Quant à la valeur artistique et aux qualités de facture, ont elles été toujours absolues? L'opinon de divers artistes et écrivains laisse un doute à cet égard, H. Blanchard n'écrivaitil pas dans la Revue et Gazette musicale de 1849 (p. 253)t
. . . Qu'il soigne la fabrication de ses cors, qu'il les rende plus légers; qu'il réhabilite le basson, à la proscription duquel il a quelque peu contribué et qui menace de faire bientôt défaut dans nos orchestres, dût-il le remplacer par un nouvel instrument de son invention, car la voix douce et toute empreinte de mélancolie du basson manquerait dans le discours instrumental, y ferait lacune...
Ad. La Page {Quinze visites à l'exposition de 1855, p. 1 j^$) a comparé Tefifet des instruments Sax à celui des voix der chantre de village « qui, au lieu de « prononcer parexemplea, prononcent oa^ oua, etc., « et croient ainsi produire beaucoup plus de son » . La Page, nous le savons, est un juge qui a été récusé par Ad. Sax, mais on sait aussi que c'est parce qu'il ne voulut pas « comme d'autres, brûler dans la
nier, mises en musique par Gossec, exécutées en pariie avec des instruments antiques, copiés sur la colonne Trajane et qui produisaient le plus bel ciïet... » Ajoutons que V-m donna à ces instruments le nom de iuha curva et do buccin et qu'ils furent fréquemment employés dans les fêtes nationales. Le premier rendait le son de « six serpents » et le second celui de « quatre demi-cors ». Nous donnerons de plus amples renseignements sur ces instruments dans un autre travail.
< Gazette musicale^ de l'encens sur l'autel qui lui € avait été érigé. »
Où l'habileté du facteur s'est fait jour, c'est dans la réclame par les journaux et dans la mise en mouvement de beaucoup de monde « et du plus gros • pour prôner ses instruments, ainsi que dans les procédés employés pour leur placement. De tout temps le monopole a été exclus des fournitures militaires, mais il n'y avait pas là de quoi embarrasser. Donner son nom par brevets à des instruments quelque peu modifiés, les faire prescrire sous ce nouveau vocable dans les ordonnances ministérielles, était un moyen assez adroit de tourner légalement la difficuUé(i845), De vives et justes réclamations parvinrent, en 1848, à faire rétablir les véritables noms des instruments, mais, avec le ré.rnme impérial, se retrouvèrent de hautes influences et une nouvelle ordonnance (1861), fit refleurir les noms substitués arbitrairement aux anciens. Nous avons déjà fait remarquer {La Facture^ p. 262) qu'il n'y a qu'en France que cette désignalion a été adoptée et que, môme dans la patrie de Sax, on a conservé le nom générique de bugle. Le nom de saxhorn s'est maintenu chez nous contre toute logique, car les instruments de cette nature fabriqués par les différents facteuis, ne sont pas identiques à ceux d'Ad. Sax et ce qui était le saxhorn, c'est-à-dire bugle-Sax, nel'estplus véritablement, dès l'instant que le modèle elles proportions de l'instrument type ont été modifiés*. L'esprit d'absorption de
1 Ajoutons que Fétis n'a pas réfléchi qu'il condamnait le
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Ad. Sax se remarque partout. Nommé chef de la musique de scène à l'Opéra, il y introduisit peu à peu tous ses instruments en cuivre, à l'exclusion de ceux que les auteurs avaient indiqués, et il n'hésitait pas à transformer en fanfare ce qui était écrit pour harmonie, comme dans les Huguenots par exemple *. Il ne fallut rien moins que Ténergique volonté de M. Ch. Lamoureux, pour empêcher semblable abus lors de la représentation de Lohengrin et ramener sur la scène de l'Opéra, les flûtes, clarinettes, bassons, cors, etc., qui en étaient bannis depuis longtemps. Ces faits connus, il devient évident que Topposition- systématique dont se plaignait sans cesse Ad. Sax ou les siens, ne se justifie guère, et que ses actions étaient bien faites pour soulever des protestations. L'on conviendra alors que les lignes suivantes écrites en 1855 par Sciiiltz, virtuose distingué, ne manquent pas de fond :
Que dire de M. Sax, ce musicien fabricant belge qui a été soutenu dès son arrivée en France par toutes les sommités guerrières et administratives, et auquel, pour comble de bonheur, tous les facteurs ont fait des procès
procédé de son compatriote en écrivant dans le rapport de PExposition de 1B67 : « Peu importe la forme, quelque nom qu'on leur donne, les instruments à tubes larges, avec pistons, apparliennent à une classilication naturelle; suraigu, alto, basse, etc., peu importe donc que l'en nomme euphonium la basse, helicon la contrebasse, etc.. »
* Deldevez VArt du chef d'orchestre, p. 2i5. Cette questb:i est traitée plus en détail dans notre Histoire de Corchestre le V Opéra.
en nullité de brevets ; par contre-coup, il a riposté par une multitude de procès en contrefaçon. Voilà lo ans que cela dure, et cela durera encore lo ans. Tous les journaux annoncent ces procès à grands renforU de trompes. Vaincu ou vainqueur, toutes ces vilenies judiciaires ont profité à M. Sax. La preuve, c'est que sous tous les gouvernements M. Sax a été médaillé, décoré et fournisseur spécial. Aujourd'hui, il est facteur de la maison milUaire. Avec les capitaux et les protecteurs dont M. Sax- a disposé, la moindre intelligence commerciale aurait gagné depuis lo ans plusieurs millions. Mais M. Sax, avec toutes ses médailles, toutes ses décorations, toutes ses protections et son habileté, a trouvé moyen de se ruiner *.
Ad. Sax se releva pourtant de la première faillite qu'il avait faite en 1852, à laquelle Sciiiltz faisait allusion, mais il ne devait pas échapper àla ruine prédite ; en 1875, il dut déposer de nouveau son bilan, après une période particulièrement brillante, pendant laquelle il avait certainement vendu beaucoup d'instruments, reçu plus de 500.000 fr. d'indemnité du procès Gautrot, encaissé nombre de primes des facteurs qui avaient sa licence pour faire des instruments imposés sous son nom dansl'armée, etc. Comment donc s'il n'y eut des dépenses excessives, des remises exagérées, des frais de publicité énormes, des panégyristes largement rémunérés, s'expliquer un tel désastre, irrémédiable cette fois? Avec le nouveau régime, Ad. Sax ne retrouva pas Tappui que
La Page. Quinze visites d'après VAlmanach musical.
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lui avaient prêté les fonctionnaires de l'Empire, la lutte redevint égale et toute pression officielle cessant, les facteurs purent écouler les instruments de leurs systèmes, sans être contraints comme auparavant, de se borner à la confection des types réglementaires imposés et dénommés à l'instigation d'Ad. Sax. Les artistes purent jouer les instruments de leur choix. Dès lors les affaires diminuèrent sensiblement, et Ad. Sax a constaté lui-même dans son Appel au public (1B87) que « depuis la guerre » il n'a pas «fourni pour 2.000 fr. d'instruments à l'armée* » et depuis quelques années, la maison Sax, jadis si brillante a vécu ; elle n'a pu prendre part à l'exposition de 1878, ni à celle de 1889,
C'est avec tristesse que l'on songe à la situation précaire de ce facteur de talent, néanmoins, il ne faut pas oublier qu'il a causé d'autres situations également pénibles : Raoux a cessé prématurément de fabriquer, non-seulement pour se soustraire aux ennuis suscités par les procès Sax, mais encore par suite de la suppression, dans les musiques militaires, des
* Dans ce factum (reproduit dans la Musique des familleSy p. 21Ç et 223, année 1887), M. Sax accuse l'administration du Conservatoire de l'avoir privé « sous prétexte de manque d'argent •• de son emploi de professeur de saxophone. La vérité est que toutes les classes instrumentales entretenues au Conservatoire par le Ministre de la guerre pour l'instruction des musiciens militaires, furent supprimées en môme temps et qu'il n'y eut dans cette mesure rien de personnel à M. Sax et qu'en tout cas, la direction du Conservatoire ne saurait en être rendue responsable, le saxophone n'ayant jamais fait partie de son (nseignement.
instruments de sa spécialité; Labbaye s'est vu contraint, pour les mêmes raisons, d'abandonner également la facture et de terminer ses jours comme ouvrier ; Halary est mort de chagrin en- présence des difficultés qu'il rencontra ; Besson dut s'expatrier et mourir à l'étranger... Donc si M. Ad. Sax a des malheurs qu'il faut déplorer, il en a occasionné d'autres qui ont entraîné la perte de spéciaUstes doués de brillantes capacités. Il semble que le sort fait expier aujourd'hui à M, Ad. Sax ses anciennes et excessives prétentions : c Avant moi, j'ai l'orgueil de le- dire, « lisons-nous dans ri4/)/?e/ précité, l'industrie desins- € truments de musique était nulle ou à peu près en « France. J'ai créé cette industrie, je l'ai portée à une « hauteur sans rivale, j'ai formé des légions d'ouvriers, « de musiciens et ce sont surtout mes contrefacteurs € qui ont profité de mes travaux ». Libre à M. S.vx d'avoir cette excellente opinion de sa personne, mais, s'il nous dit ce qu'il croit avoir créé, il passe sous silence ce qu'il a détruit. N'est-il donc pas l'auleur de la désorganisation des musiques militaires, qu'il a privées des éléments qui leur assuraient la variélé de sonorité? Beaucoup de compositeurs l'ont déploré à l'époque * et, plus récemment, M. Deldi-vez écrivait avec raison :
* L'acousticicn ^iarloye disait, dans le rapport &iir l'Exposilion de 1849 : « Ce n'est ni à rincapacilé, ni à l'insouciance des facteurs d'instruments à vent en hois qu'il faut attribuer l'état languissant où est restée cette partie intéressante des instruments de musique, mais bien à la malheureuse pensée qu'on a eue^ il y a quelques années, de substituer des instruments de