‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 74 sur 86 · INSTRUMENTS DU XVIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS DU XVIII* SIÈCLE

nombre s'augmente encore par la constitution de familles complètes et la création de nouveaux agents sonores, dérivant des types^existants. Mersenne a donné en 1636 une liste des instruments en usage de son temps ; elle en comprend un certain nombre qui n'ont pas encore été cités ici : le tuorbe (ou théorbe), \ïi pandore, le colachon, Vépinette organisée, le clavecin, Idi trompette marine (instruments à cordes), le sifflet de chaudronnier (syrinx ou flùle de Pan), le chalume tw, le tornebut (tournebout), la/Zw/e eunuque (dite quelquefois fliite à l'oignon), la cornemuse, le basson ou bombarde, le fagot, le courtaut, le cervelat, le serpent, le cor de chasse (instruments à vent)*. On connaissait en outre â Tépoque, les ,casiagnettes et orgues de Perse*, les hautbois et musettes du Poitou (dessus, taille et basse-contre), qui fai-

^ Les autres instruments mentionnés par Mersenne nous sont déjà connus : luth, guitare, psalterion, épinette, manichorde, harpe, violon, viole, lyre, vielle (Inst. à cordes); flageolet, flûte douce (ou à bec , flûte d'Allemand (ou traversière), flfre, cornet à bouijuin, chalemie, musette, grand hautbois, saqueboute et trompette (inst. à vent).

* « Le Hoi voulant donner sérénade à la reine et aux dames, avait ordonné (1648} à Dumanoir, des vingt-quatre (violons), de composer plusieurs jolis tirs et d'y mêler quelques instruments bizarres, fit exécuter un soir trois airs les charivaris où se mêlent des violons, vielles, flûtes douces, castagnettes, flageolets, orgues de Perse, un petit rossignol de terre plein d'eau et une saunière de bois qu'un d'eux avait attaché à rsa ceinture et sur laquelle il battait avec des baguettes de tambour et faisait des fredons. « (Mém. inéd. de Dubois dans la bibl. de PEc. des Chartes, 3e s., t. IV.)

saionl partie de la musique de la grande écurie du Roi (1532), ainsi que les cromornes (1699).

Le xviii® siècle, avec l'évolution musicale qu'il produisit, accrut l'importance des instruments et donna une impulsion favorable à la facture. On en créa peu de nouveaux, mais d'importantes modifications furent apportées aux types connus afin de les mettre à même de procurer les ressources d'exécution que réclamait l'état plus avancé de la musique. Une liste établie au commencement de ce siècle (1702) par l'Académie des sciences, qui chargeait un de ses membres t de décrire tous les instruments de musi- « que dont on fait usage en France et qui sont au « nombre de plus de soixante », n'en contient qu'un très petit nombre qui n'aient été cités précédemment ; encore ne sont-ils pour la plupart que des variétés des anciens ; inst. à cordes : Varchiviole, la poche, Vangéliquey la consonante^ la demoiselle; inst. à vent : la sourdeline^ Y orgue de Barbarie; inst. à percussion : le claquebois, la trompette d'acier K

1 Histoire de V Académie des sciences^ 1702, p. i36. Les autres instruments cités dans ce document sont : inst. à corc/e* ; clavecin, épinctte, manicordion, luth, Ihéorbe, harpe, guitare, basse, dessus de viole, lyre, violon, rebec, sistre, pandore, vielle, psaltérion, trompette marine, etc. ; inst. a vent : orgues, trompette, saquebute ou trompette harmonique, cor de chasse, clairon, cromorne, serpent, cornet à bouquin., hautbois, flageolet, flûte traversière ou flûte allemande, fifre, musette, cornemuse, instrument de Pan, etc.; inst, à percussion : tambour, tymbales, castagnettes, cloches, etc. Est-il nécessaire de remarquer que contrairement à l'avis du rédacteur de cette liste, beaucoup d'entre ceux'ci n'étaient déjà plus « en usage •^

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Si complète et si exacte que puisse paraître cette liste quasi-officielle, elle offre quelques omissions, car une Méthode de musique parue en 1728 nous indique parmi les instruments propres à la mélodie, la flûte de Biscaye ou de basque, et parmi ceux employés à l'accompagnement, la contrebasse d'Italie et le violon-sel, instruments tout nouveaux à la vérilé, ou d'usage absolument populaire. Ce volume nous apprend encore que le fifre s'appelait aussi flûte martiale ou de guerre, l'orgue de barbarie tintinnahulairej les cymbales instruments à petites sonnettes, et enfin, que la vielle était la lyre des pauvres.

Dans le courant du xviii'^siècle, on substitua aux divers individus servant à l'exéculion des parlies intermédiaires du quinletleàcordes(bautecontre, taille et quinte de violon), Vallo-viota ou simplement alto ; la harpef\il munie de pédales ; une variété de pardessus de viole * fut créée sous le nom de quinton el Taddilion à la viole, de cordes métalliques vibrant par influence, constitua la viole d'amour. Des petits tuyaux d'orgues adjoints à divers instruments à cordes formèrent la vielle organisée, le clavecin organisé, etc. ; en remplaçant les sautereaux du clavecin par des archets, on obtint le clavecin à archet; enfin, en combinant les principes de la harpe et du paltérion,

* Il y avait des pardessus de viole ù 5 et 6' cordes ; ce dernier différait du dessus de viole, en ce qu'il était plus petit et qu'il s'accordait une quarto plus haut : sol (du violon), do, mi, la, ré, soL (^Marc. Suite de pièces de dessus et pardessus de viole,

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P. Taskin ûiVarmandine (ly^o). Les transformations des instruments à vent donnèrent naissance au basson-soprano en /t?, au petit liautbois en >o/, au liaulboisbai^yton sonnant à l'octave inférieure du hautbois ordinaire, à la contrebasse de hautbois sonnant à la double octave de celui-ci, au cor d'harmonio, au serpent-basson dit par la suite basson-russe, inventé par J.-J. Regibo, de Lille S et au cor anglais dérivé de l'ancienne taille du hautbois ou du piffaro ^

^ n avait la forme du basson et se démontait en 3 parties ; il était plus aisé à jouer que le serpent ordinaire et sa sonorité avait plus de force. Le diapason, l'embouchure et le doigté étaient semblables au serpent. Il se vendait 3 louis. {Calendrier musicaly 1789.)

* D'après Lacombe, le piffaro répondait à la haute-contre de hautbois {Dict» portatif des Beaux-Arts, 1752) ; De Momigny le désigne ainsi : piffaro ou cor anglais {Encycl. méth.^ 1818; t. II, p. 268). On sait que Gluck employa deux cors anglais dans sa partition d'Alceste, représentée à Vienne en 1762 (p. 28, etc., de l'édition italienne publiée en 1769 : corni inglese)^ Nous avons trouvé dans divers écrits quelques détails ignorés jusqu'ici, qui prouvent que cet instrument n'était pas tout à fait ignoré en France et qu'il y fut connu, de nom tout au moins. En reproduisant, d'après la Gazelle des Deux- Ponts y(\we\ç\\iQ%xioiQs sur un instrument nouveau appelé taille «Z'awiour, joué à Vienne par des bohémiens, V Avant- Coureur de 177 1 nous apprend qu'il participait « du cor de chasse ordinaire, du cor anglais et du hautbois ». Le 3o mars 1782, un nommé Montzani fit entendre -au public du concert spirituel un concerto de cor de chasse anglais qui*ne fut pas goûté, lisons-nous dans un journal qui désignait l'instrument d'une façon plus correcte en l'appelant » cor anglais ou hautbois de forêt ». Enfin, nous avons la preuve que cet instrument avait pénétré en France, par l'inventaire de Bruni, qui enregistra à la date du 16 ven-

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Comme instruments absolument nouveaux, il n'y a que le forte-piano, U clarinette venue d'Allemagne, vers 1750, et la clarinetle-basse faite à Paris en 1772. On peut y joindre les reconstitutions d'instruments anciens faites d'après l'idéede Sarrette, les buccins elle tuba-curva, ainsi qu'un essai ûq contre-clairon (1791 ).

A partir de la Révolution, naissent les nombreuses causes qui aident à la transformation et à l'extension des instruments de musique ; la science succède peu à peu à l'empirisme, les procédés de travail s'augmentent et s'améliorent; les instruments cessent d'être des objets de luxe, ils tiennent une place prépondérante dans l'enseignement du Conservatoire ; de nombreux corps de musique sont formés pour les armées et la célébration des fêtes nationales ; un peu plus lard, ce sont les sociétés civiles ; enfin, le goût de la musique se répand partout. Alors, la France peut non-seulement suffire à sa consommation et faire l'exportation, sur une grande échelle, mais elle contribue à son tour dans une large mesure, à la découverte de nouveaux agents sonores et au perfectionnement des instruments existants ; quelques-uns même subissent une telle transformation qu'ils constituent presque des créations. Point n'est besoin d'insister sur les améliorations considérables qui ont fait

Lôse an III, « un cor anglais de Baur-Wier de Maëstricht ». Le cor anglais commença même à être cultivé peu après, car il en parut une méthode faite par Fr. Châlôn, musicien du théâtre Feydeau et de la garde des consuls », dont la date est suffisamment indiquée par la dernière qualification (1799-1804).

du piano, de l'orgue et de la harpe des instruments presque parfaits, il suffit aussi de rappeler que Tinvenlion de V orgue expressif onharmonium appartient aux facteurs français. Dans le domaine des instruments à souffîe humain, la rénovation n'est pas moins complète. La flûte se transforme plusieurs fois avant de recevoir l'application du système Boehm, que nos facteurs améliorent encore ; le hautbois et le basson sont l'objet d'additions et de modifications de la part de TaiEBERT ; la clarinette reçoit les perfectionnements de SiMioT (1808), puis une augmentation de clés due à Ivan MuLLER (1812), qui constitue le système à 13 clés, longtemps en usage, que le système à anneaux mobiles de L.-A. Boffet, vulgairement appelé système Boehm, devait détrôner K Outre ces divers perfectionnements, il y a des créations importantes. C'est en premier lieu l'adaptation de clés aux instruments de cuivre se jouant avec une embouchure, imitée du serpent à clés de Kegibo. L'origine de Vophtcléide^ se trouve dans le basse-cor (1800) de L.-A.

* Par le nombre de clés, cet instrument n'était pas nouveau, il Tétait surtout par leur disposition permettant de jouer dans un plus grand nombre de tonalités sans changer d'instrument. Cette suppression de plusieurs clarinettes de diiïérentes grandeurs^ et par conséquent de diverses sonorités, motiva l'avis défavorable de la commission chargée d'examiner l'instrument présenté par I. Muller {Monil. unii\, 1812, p. -593). Cet inventeur, né aux environs de Reval le 16 déc. 1786, mourut à Buckbourg (Allemagne) en mars 1854.

«Nous avons fait connaître en détail les origines de l'ophicléide en France et les travaux de son protagoniste L.-A. Frichot, de Lisieux, dans la Facture instrumentale (p. 291), avec une notice

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