ALLEMANDE ET ANGLAISE
la facture française n'a rien à envier à l'étranger, au contraire ; aussi après ce que nous en avons dit précédemment, esl-ii inutile d'y revenir ici. En général, le caraclêre dislinclif de la facture française est la finesse, l'élégance, la beauté du travail et la pureté, la distinction ainsi que la délicatesse de la sonorité; à l'étranger le volume de sonorité trouve plus d^ faveur : la force prime la grâce.
L'Allemagne, qui avait autrefois presque le monopole de la fabrication des instruments à vent, est restée en arrière à toutes les expositions pour la qualité et la justesse de ses produits : « Les flûtes « exposées par les facteurs de Fulde et de Vienne ne « sont pas justes, le son est gros et sans distinction », dit FÉTis dans le même rapport ; « les hautbois ont « la sonorité allemande et manquent de charme », le basson viennois « n'est pas juste », « le système alle- « mand du son des clarinettes viennoises n'a pu sou- « tenir la comparaison sur la clarinette française », y est-il dit encore.
De son côté Pontégoulant écrivait :
« yuant à l'industrie des instruments à vent, dans " laquelle l'Allemagne occupait jadis li première « place, l'Autriche semble avoir renoncé à cette pré- « pondérance,ettous les instruments que nous avons * entendus, nous paraissent devoir être rangés dans l'honorable médiocrité. Les instruments de cuivre « (Prusse) sonl de formes nouvelles, disgracieuses, et « ne sont pas toujours dune justesse irréprochable *».
La musique à l'exposition, o^., etc., 1807,- p. 219.
410 LA FACTURE INSTRUMENTALK
En 187), la situation n'avait pas beaucoup changé pour l'Allemagne, Lissajous constatait qu'un grand nombre d'instruments à vent étaient «d'une just3sse « généralement douteuse et d'une qualité médiocre » ; quant à TAutriche, s'il reconnut une amélioration dans la fabricali »n des cuivres, il dut remarquer que « les bois » laissaient à désirer ; les facteurs persistant à suivre les errements antérieurs à la réforme de Boehm, leurs instruments manquaient parconséquent de justesse. Dans les autres branches, l'Allemagne ne lutte que sur le terrain du bon marché.
L'Angleterre, après avoir apporté les premiers perfectionnements aux orgues, s'est vue dislancer par la France ; son ancienne facture de pianos fut céb'^bre et, grâce aux Broadwooil, elle a conservé une légi time réputation; pour les autres instruments, elle ne compte que quelques tentatives isolées, sans influence générale, et si plusieurs facteurs ont réalisé des progrès, ils leur sont absolument personnels et ils n'ont nullement profité à l'ensemble de la facture anglaise * .
Après avoir brillé d'un certain éclat, grâce à ses fameux constructeurs de clavecins, la facture bel^e resta longtemps sans se distinguer d'une façon particulière. Dans toutes les branches il y eut stagnation ; mais au xix° siècle, commença un mouvement
' « Les Anglais sont fort eu retard clans ia construction de l'harmonium; on les croirait encore dans l'enfance de l'art, et généralement, tous les instruments à anches libres ont une sonorité agaçante, énervante. • (Pontécoulant, Douze jours à Londres, 1862, p. 189).