‹ Les facteurs d'instruments de musique, les luthiers et la facture instrumentale; précis historiqueChapitre 63 sur 84 · CUIVRE ET BOIS ^- MILLEREAU 3GI · texte numérisé non relu

CUIVRE ET BOIS ^- MILLEREAU 3GI

cor vocal à 3 pistons à l'octave aiguë du cor, destiné à la musique de salon. L'acquisition du fonds Laobayk (1878) vint mettre F. Millereau en possession des m»nlleurs modèles de ce facteur, et du matériel de Raoux et lui assurer dès lors, la supériorité pour les instruments qu'ils construisaient avec tant de succès. Ce succès F. Millereau a su le conserver et les qualités exceptionnelles et rares des cors de Raoux entre autres, se retrouvent dans ceux qui sortent de ses ateliers. En lui accordant une médaille d'or, le jury de 1889 l'a reconnu d'une façon péremptoire. Dans le rapport nous relevons ces appréciations :

c Le timbre de la petite clarinette est fort joli. . . les saxophones alto et soprano ont une qualité de son exceptionnellement bonne et sont parfaitement justes... les cornets sont d'une bonne sonorité et justes. . . le bugle baryton et la basse sont exceptionnellement bien timbrés et d'une parfaite justesse dans toutes les positions. . . >

En 1883 F. Millereau eut l'idéede faire le clairon en forme décor, c'est-à-dire avec pavillon en arrière, et que pour cette raison il nomma clairon-chasseur. A la suite d'expériences diverses, le Ministre de la Guerre en ordonna l'adoption dans les corps d'infanterie. Les instruments omnitoniques de M. H. ChaussiER décrits dans notre volume la Facture instrumentale (p. 193), sont construits par F. Millereau qui est fournisseur du Conservatoire pour les cors, et tout récemment, M. H. Altès, professeur dans cet établissement, lui décernait une attestation des plus flatteuses pour la flûte Boehm qu'il avait essayée.

Comme plusieurs de ses confrères (MM. Sudre, Evelte et Schaeffer, etc.). F. Millbreau s'est fait éditeur d*œuvres musicales pour les instruments avant, soit solos, soit en musique militaire (harmonie etfanfare); il publie en outre un certain nombre de grandes méthodes d'artistes, parmi lesquelles la grande méthode de flûte d'ALTÈs, celle de trompette par Dauverné, de trombone par Delisse, de cor à pistons par Garigue, de basse par Salabebt, etc.

Instruments de toutes sortes.

Ce n'était guère qu'un magasin de vente que tenait lljpp. CoUin, rue des Fossés-Montmai Ire, vers 1780, car il ne figure pas comme fabricant d'instruments à vent sur les documents de cette époque. 11 n'apparut que vers 1820, parmi les fadeurs d'instruments en bois ; il est vrai que son nom se trouve également mêlé aux luthiers, facteurs d'orgues, etc. Après lui, sa veuve conserva le fonds jusqu'en 1830, époque où elle le vendit à M. Darche qui, en 1839 et 1844 exposa des orgues de chapelle et reçut en 1849 une mention pour une trompette chromatique à cylindres, placée au second rang et des clairons placés au quatrième. En 1855, ce facteur fit présenter par ses neveux Eugène Henri et Jules Martin, auxquels il cédait la place, un système timbales qui leur valut, avec une trompette de cavalerie, une médaille de 2^ classe. A Londres, en 1862 ils eurent la Prize medal pour instruments de cuivre bien conditionnés. Resté seul depuis 1865, J. Martin obtint en 1867 une

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médaille d'argent pour les mêmes inslrumenls et il fit remarquer des cors à j pistons d'une bonne justesse et d'une belle sonorité, mais on ne le revit plus dans les expositions. Depuis une quinzaine d'années, c'est son gendre, M. Jos.-Alexis Tournier, né à Huninguele 6 nov. 1842, qui tient la maison, laquelle s'est fait une spécialité de la location d'instruments pour théâtres, concerts, soirées, etc. Toutes les variétés d'instruments se trouvent dans cette maison, cependant elle a surtout présenté aux expositions des cuivres et instruments à percussion.

Avec Gaichard commença l'usinage pour les instruments de cuivre et aussi la facture courante que d'aucuns nomment pacotille. C'est en 1827 qu'il fonda sa fabrique et en 1839 qu'il se présenta pour la première fois à une exposition. Ily reçut une mention pour le clavi'Cor que Danays avait invente Tannée précédente, et « pour l'étendue de son établissement. » En 1844, Guichard occupait 210 ouvriers et faisait 700,000 fr. d'affaires ; un cor et un cor à pistons seulement furent remarqués du jury et classés au second rang (méd. d'argent). L'année suivante, (184Ç), la manufacture devint la propriété de P.-L. Gantrot associé jusque-là, qui marqua ses débuts par l'adaptation aux instruments de cuivre, de cylindres transpositeurs pour les changements de Ions (1847) et diverses modifications à l'opliicleide. En 1849 il se vit attribuer une méd. d'argent pour 2 trompettes classées au i" rang et pour son cor transpositeur; en 185 1, il eut une mention et en 1855, une méd, de 2^ classe. A cette époque Gauîrot

avait joint à sa fabrication les instruments à vent en bois et les instruments à cordes. En le constatant, A. La Faoe disait < ces grands établissements « où Ton fait des choses si diverses finissent souvent « par ne plus foumirque diverses médiocrités et tourc nent à la pacotille » . Ce que craignait La Faoe se produisit, si Ton s'en rapporte à l'opinion de Lacome, reproduite par 0. CoMETTANT {La musique, les musmens p. 7 1 1 ). P. Gadtrot fut un commerçant habile et un facteur industrieux a dit quelqu*un;il a été certainement le premier à employer la vapeur dans ses ateliers et à établir la division du travail (1849) ; son usine de Château-Thierry date de 1855. 11 en résulta une production considérable de cornets à 20 fr., de Sûtes à 9 fr., etc. Les préoccupations commerciales n'ont donc guère laissé place aux recherches et inventions toujours coûteuses; à peine y a-t-il à signaler quelques modifications 1854 56, un système de cor transpositeur, les sarrusophones inventés par Sarrus* (1856) et les clarinettes et flûtes enmétal (1857). La dernière nouveauté présentée par ce facteur qui s'était proposé de faire changer le timbre des instruments au moyen d'un piston spécial, n'eut pas l'approbation du jury en 1878; aussi, comme précédemment, l'importance. de la maison parait avoir motivé la médaille d'argent qu'on lui attribua. Vers 1884 t la plus grande manufacture du monde » (?) passa sous la raison sociale Couesnon et Cie et à l'exposition de

* Voir l'historique decet instrument dans la Facture instrumentaUj p. 40,

1889, une médaille d'or, la première qu'elle reçut à Paris, lui fut décernée. Le rapport nous apprend que « des progrès notables ont été réalisés depuis 1878 » pourtant il laisse à supposer, par les critiques énoncées sur divers instruments, qu'il en reste à faire pour atteindre la perfection absolue pour tous les produits.

En terminant rappelons que M. Thibouville-Lamy dont il a été question à la lutherie, a une fabrique d'instruments en cuivre à Grenelle, et une pour ceux en bois à La Couture, indépendamment de celle de Mirecourt où se font les instruments à cordes, pîanistas, orgues à manivelle ; c'est le seul facteur qui ait jamais concentré la fabrication de toutes les sortes d'instruments et d'accessoires en vue du commerce et de l'exportation, et par conséquent du bon marché.

L'exposé succint qui vient d'être fait des travaux des principaux facteurs du xïx* siècle fait ressortir une somme considérable d'efiforts, grâce auxquels le chemin parcouru depuis le commencement du siècle est immense, mais il ne l'a été que par do nombreuses étapes; en d'autres termes , ce n'est qu'à la suite de multiples tentatives, que la transformation des différents agents sonores a pu s'accomplir et atteindre au degré actuel de perfection. Bien des innovations ont été faites, parmi lesquelles il y en a eu d'assez heureuses pour subsister; d'aulres également bonnes n'ont eu qu'une application momentanée et ont dû céder devant de nouveaux perfection-

nements ; \os unes enfin ont porl ou faute d'utilUé pratique ou par suite de circonstances qui n'ôlent en rien de la valeur et du mérite de leurs auteurs. D^une façon générale les progrés accomplis sont faits pour satisfaire et si tous les instruments ne sont pas à rétat absolument parfait, cela ne dépend nullement du manque dMnitiative et d'habileté des facteurs ; certes, beaucoup d*entre eux n*ont gu^re travaillé que par routine ou par des procédés empiriques, mais d'autres ont possédé des connaissances scientifiques remarquables, qu'ils ont appliquées à d'utiles améliorations.

Si le sort a élé capricieux pour certaines inventions il ne Ta pas moins été pour les facteurs. Les uns, après de modestes débuts sont parvenus à la fortune soit par la force de leurs travaux, soit avec l'appui de capitalistes heureusomeiit rencontrés, tandis que d autres — victimes de leur conscience artistique n'ayant jamais sacrifié à la mé'liocrité — ont vécu p6:]iblG.iient, malgré leur talent et la valeur artistique de leurs produits, appréciés seulement du peUt nombre, ^e n'est donc pas la prospérité seute qui doit décider du mérite individuel et servir à mesurer la célébr.té. Combien se sont enrichis par le commerce d instruments médiocres ou parTexploitalion du t.')Ienl des autres, dont le nom souvent répété, grâce à une réclame énorme, a pu faire croire à la foule ignorante, à une renommée à laquelle l'histoire ne s;mrait souscrire !

La célébrité n'est justement acquise qu'aux novateurs sérieux ou aux constructeurs habiles. Sous ce

rapport, chacune des branches de la facture compte, bien qu'à des degrés divers, un certain nombre de personnalités.

Après Erard Qt Pleyel, en qui se résume la merveilleuse évolution du piano, il y a place pour les auteurs d'utiles innovations acquises définitivement à la facture : Roller et Blancïiet, les créateurs du piano droit qui a détrôné le piano carré ; Pape, auquel on doit la substitution du feutre au buffle, pour la garniture des marteaux ; Montai, inventeur d'un système de piano transpositeur ; J.-G. Krieoelstein, le protagoniste du piano demi-oblique et l'auteur d'un mécanisme à double échappement d'une grande précision ; 6a VEAU, également inventeur d'une mécanique ingénieuse. Citons encore, Souffleto, Boisse- LOT, Petzold, a. Bord, etc. C'est à Cavaillé-Coll qu'est dû le relèvement de la facture d'orgues un moment tombée, mais il ne faut pas méconnaître les qualités de ses émules. Dallery, Callinet, Abbey, DocROQUET, J. Merklin, etc. N'oublions pas que c'est aux découvertes successives des facteurs français, Grenié^ Muller, Ohamëroy, Fourneaux, Martin, de Provins, Debain etMusTEL, que le monde musicalest re(|evable de l'orgue expressif, créé et porté par eux à son j51us haut point de perfectionnement. Quant à la lutherie, si elle occupe sans contredit la première place, n'est-ce pas à l'habileté des Lupot, de Pique, des Gand, des Thibout, des Bernardel, des Chanot, des Vuillaume, des Silvestre, etc., qui ont pu surprendre le secret des vieux maîtres italiens; et larchet ne doit-il pas sa perfection aux Tourte, aux Peccate,

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auxLupOT, auxVoiRiN,etc.? Dans le domaine des instruments à vent, d'énormes progrès ont été faits au xix« siècle et la part des facteurs français est considérable; rappelons seulement les noms de Simiot qui fit d'importants changements à la clarinette et au basson ; Adler, Savary, Triébert, le réformateur du hautbois et du basson ;L. A. Buffet, le créateur delà clarinette à anneaux mobiles, dite à tort système Boehm : Laurent, TuLOu, GoDFROY, L. Lot, auteurs de divers perfectionnements à la flûte, etc.; et pour les cuivres : BoiLEAU, Labbaye, qui, les premiers, imaginèrent des systèmes d'instruments omnitoniques, Halary, qui constitua entre autres, les premières familles d'instruments à clefs, imagina le piston ascendant et créa le cornet à pistons; Courtois, inventeur du clairon, fameux par ses cornels; Raoux, célèbre par l'excellence de ses cors ; Jahn, qui adapta les pistons au trombone ; Ad. Sax, auteur du saxophone et de quantité de modifications et d'inventions plus ou moins pratiques, etc.

L'importance des travaux des facteurs français n'échappa pas au Gouvernement, et soit pour l'utilité de leurs découvertes, soit seulement pour le développement donné à leur fabrication, plusieurs d'entre eux furent nommés membres de la légion d'honneur. Sob. Erard reçut le premier cette haute distinction, qui fut conférée ensuite aux divers représentants de sa maison : Pierre Erard, qui devint officier, Schaeffer et Alb. Blondel. Les autres facteurs de pianos admis dans notre ordre national, comme chevaliers, sont C. Pleyel, A. Wolff, M. 6.

Lyon, directeurs successifs de la maison fondée par Plkyel; Blancbet, Montal, E. MANOEoret A. Bord. Les facteurs d'orgues et d'harmoniums, ont été les plus favorisés ; après A. Cavaillé-Coll élevé au grade d'officier, il faut citer comme chevaliers : Dugroquet, Barker, J. Merklin, A, Martin, Debain, E. Alexandre, et V, MosTEL. Parmi les luthiers, il n'y a que Ch. Ad. Gand et Ch. Jacquot, chevaliers, et Eug. Gand et Tnibooville-Lamy, officiers. Seuls entre tous les facteurs d'instruments à vent, Raoux, Lecomte, Goomas et A. Sax ont reçu les insignes de chevalier.

D'autres ont certainement mérité la même distinction, que l'on regrette de ne pas trouver sur la liste qui précède ; il ne faut en accuser que les circonstances qui jouent un grand rôle, hn le sait, dans la destinée des hommes.

Chambres syndicales patronales et ouvrières.

La loi de 1791, en interdisant tout groupement corporatif, avait eu pour but principal la suppression d'abus flagrants contre lesquels il était urgent de réagir, mais, en même temps, elle avait détruit le principe et la légalité de l'association qui, sagement réglementée et nullement despotique ni coercilive, est une puissance fort utile en maintes circonstances. On s'en aperçut bientôt et la nécessité d'une action

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