IL. — VITAMINE HYDROSOLUBLE B
PREMIÈRE OPINION : la vitamine B favorise la culture des microbes.
R. J. WizLrams, en 1919, cultive la levure sur un milieu synthétique, et, comparativement, sur le même milieu additionné de substances riches en vitamine hydrosoluble B. Il constate que dans ce dermier cas la culture de la levure est beaucoup plus intense. La vitamine B favoriserait donc la culture de la levure. WiLrams est le premier à formuler l'hypothèse de l'identité de la vitamine B et du bios. Il conclut que la levure pourrait ainsi servir de véritable réactif des vitamines.
Les vitamines liposolubles A n’exercent au contraire, d’après lui, aucune action sur la culture de la levure.
Nao Uvei, en 1927, émet l’opinion que la vitamine B, isolée des levures, ou des jus de citron ou d’orange, exerce une action stimulante très prononcée sur la multiplication du bacille tuberculeux. Au contraire, l’huile de foie de morue, riche en vitamine liposoluble A, ajoutée au milieu de culture, serait sans influence sur le bacille tuberculeux.
KziGLer, en 1919, indique les caractères suivants des facteurs
de croissance pour les microbes, qui les rapprochent des vitamines pour les animaux : Les bactéries ne poussent pas dans les extraits seuls, employés à des dilutions correspondantes à celles où ils se trouvent dans les cultures positives. Dépouillés des protéines par l'alcool, les extraits sont encore favorables. La chaleur les affaiblit ou les détruit. Les meilleurs extraits sont ceux qui, préparés à froid, ou à 370 et même à 55°, sont ensuite filtrés, non stérilisés même à 1000.
DEUXIÈME opinion : la vitamine B n'est pas un facteur de croissance pour les microbes.
Lumière montre en 1920 que les vitamines et le facteur favorisant la culture de la levure sont deux substances différentes.
«€ De la levure de bière fraîche, très riche en vitamines, suscep- «€ tible de guérir rapidement les accidents polynévritiques des « pigeons carencés, est chauffée à 1350 pendant 1 heure. Par ce « traitement, administrée même en grande quantité, elle a perdu «toutes ses propriétés antiscorbutiques ; les vitamines qu’elle «renfermait, actives pour les animaux, semblent complètement « détruites, néanmoins cette levure peut servir à préparer des € bouillons qui favorisent considérablement le développement des «€ champignons cultivés sur les solutions pauvres à base de tartrate « d’ammoniaque et de glycérine.
€ En épuisant méthodiquement la levure par l'alcool, ou en « précipitant son extrait par l’acide phosphotungstique, on par- «vient à isoler les principes vitaminiques et l’on peut ainsi obtenir, «d’une part, la levure épuisée n'ayant plus aucune propriété «curative de l’avitaminose et d’autre part, un extrait renfermant «les vitamines actives ; ce dernier, évaporé et repris par l’eau, « n’améliore pas les propriétés nutritives des milieux artificiels « convenables, 1l est parfois plutôt nuisible à la végétation, tandis « que la décoction de levure résiduelle, chauffée à 1350 et dépouil- « lée de ses vitamines par ces traitements, peut leur conférer des
« qualités qui permettent la végétation un peu plus abondante « des cultures.
« Les vitamines sont des substances indispensables à la vie, ne « pouvant pas être remplacées par des composés chimiques définis, « précipitables par l’acide phosphotungstique et les réactifs des « alcaloïdes ; elles sont retenues par filtration sur la terre à foulon Cet détruites par la chaleur ; or, aucune de ces propriétés ne se «retrouve dans les substances qui sont susceptibles d'améliorer, € pour les végétaux, les qualités nutritives des milieux pauvres. « Ces substances ne semblent donc pouvoir être assimilées aux
{ vitamines dont elles ne possèdent aucune des propriétés carac- « téristiques » (1).
EBMMET et STocKHOLM montrent, en 1921, que le bios semble bien différent de la vitamine antinévritique, contrairement à ce que pense WiLLrams.
Funx et Dusix, en 1921, sont parvenus à séparer de la vitamine B, par adsorption de celle-ci sur de la terre à foulon, une substance qu'ils désignent provisoirement sous le nom de «vitamine D », et qui agirait sur la croissance de la levure, et aussi sur celle d’une autre bactérie étudiée, le streptocoque. Nous avons déjà parlé de cette vitamine D au chapitre Ier de la Deuxième Partie, à propos des extraits de levure.
La vitamine B n’est donc pas, d’après Funk et DuBin, un facteur de croissance pour la levure.
Eppy, en 1924, donne les caractères suivants, rapportés d’après RANDOIN et SIMONNET, de la vitamine D ou bios, extraite de la levure de bière autolysée :
Substance cristalline azotée, fondant à 2230, de formule C5 H11 AzO, exerçant une action favorable sur la culture des levures à
PECAR TAGS UMA 6e) Ilé6 19920, p 272
la dose de 0 mmgr. 005 pour 1 eme. de suspension de levure, résistant 4 à 5 heures à la température de 1209, résistant à l’action de l’hydrolyse acide, résistant à l’action de l’hydrolyse alcaline à chaud, résistant à l’action de l’oxydation, à celle de la réduction, adsorbable, dialysable.
WizLaAman et OLSEN concluent de leurs expériences en 1923 que le «bios » est de la nature des vitamines, mais qu'il ne saurait être identifié à la vitamine B soluble dans l’eau ; il s’en distinguerait par sa solubilité dans l'alcool, par l’adsorption plus faible sur de la terre à foulon, par sa résistance aux alcalis, et par son comportement vis-à-vis de l’acide phosphotungstique et du chlorure de mercure. D'autre part soixante composés azotés furent étudiés (dont 19 par les auteurs eux-mêmes) au point de vue de leur action sur le développement de la levure ; aucun d’eux ne saurait être identifié au «bios ».
Wyxon conclut de ses expériences, en 1923, que la vitamine B ne favorise pas la croissance des bactéries. Elle est donc dissemblable du facteur qui stimule la culture des bactéries.
KOLLATH et LEICHTENTRITT, en 1925 et 1926, voient que les facteurs de croissance des bactéries (en l’espèce du B. de Pfeiffer) ne sont pas identiques aux vitamines actives pour les animaux. Des bactéries qui favorisent la culture de B. de Pfeiffer (B. du colon, B. de Friedländer, un mélange de bactéries de l’intestin) sont données à ingérer, soit à l’état vivant, soit tuées par un chauffage à 560, à des cobayes qui sont soumis à un régime donnant le scorbut ; les résultats furent complètement négatifs ; la maladie et la mort des animaux ne furent en rien empêchées par ces substances qui activent la culture du B. de Pfeiffer.
Mme Ranpoix et SIMONNET donnent les caractères suivants qui séparent le bios de la vitamine B :
1° Le parallélisme apparent de la distribution de ces deux fac-
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teurs de croissance dans la nature est fort grossier, fortuit, et
insuffisant pour entrainer la conviction.
2° La vitamine B est très sensible à l’action des alcalis, à laquelle résiste lé bios.
3° La vitamine B est soluble dans l'alcool éthylique à 950, ainsi que dans l'alcool méthylique. Le bios est insoluble dans ces deux solvants, et n’est soluble que dans l'alcool à 80e.
Groy indique, en 1925, que le facteur de croissance très intéressant qu'il a isolé des cultures de Mucor se rapproche de la vitamine B en quelques points, mais en diffère par d’autres :
Caractères communs :
. Nature organique ;
. Action à dose infinitésimale ;
Nécessité d’un couvert minéral entier pour agir efficacement ; Solubilité dans Peau et l'alcool :
Destructibilité par le radium ;
Absence dans la gélatine.