SITUATION GÉOGRAPHIQUE
PREY est un village du département de la Haute-Marne, canton de Longeau, arrondissement de Langres, à 15 kilomètres de cette ville, près de la source de la Vingeanne.
Il comptait 86 feux en 1724; vers la fin du xvni* siècle, lorsque la faïencerie et la verrerie étaient en pleine activité, ses habitants étaient au nombre de GOO environ. Actuellement ils ne sont plus que 350.
Avant la Révolution, Aprey, bien que situé sur le territoire du Bassigny-Champenois, dépendait du duché de Bourgogne.
L'article sur Aprey de la « Description générale et particulière du duché de Bourgogne », par Courtépée, édition de 1775, est ainsi conçu :
« Ce village, enclave du Bassigny, est dans un fond, près de la « source de la Vingeanne, qui sort au bas du bois de Montmoyen. « Manufacture de faïence à l'imitation de celle de Strasbourg, — « blanchisserie de toile, — verrerie, — belle tuilerie, — un mouce lin, — bois, — six foires, — marché le mercredi, — 123 feux, — « 430 communiants.
« Communes dépendantes : Ville-haut, Ville-bas, Servains avec « château où était une verrerie, — La Boucherasse, — Grattedos. « — Villers-les-Aprey en Champagne en est l'annexe.
« A dix grandes lieues de Châtillon et de Dijon. — Doyenné de « Langres, vocable S'-Bénigne. »
FONDATION DE LA FAÏENCERIE PAR JACQUES LALLEMANT d'APREY
ENDANT la première moitié du xvin' siècle, la seigneurie d'Aprey changea plusieurs fois de propriétaire (1); dans aucun des actes de vente, datés de 1709, 1713, 1717 et 1729, il n'est fait mention d'une faïencerie.
Cette dernière cession de 1729 était faite à Claude Lallemant de Pradines (2). Ce fut son fils, Jacques Lallemant d'Aprey, qui fonda la manufacture,
(1) Cette seigneurie avait été successivement possédée par les familles de Thianges et de Cliatenay ; elle relevait du duc de Penthièvrc, comme dépendant de son duché de Chàteauvillain.
(2) 23 décembre 1729. — Vente de la Terre et seigneurie d'Aprey, pour
D'alîord seul à sa tête pendant une quinzaine d'années, il s'associa ensuite à son frère Joseph, ainsi que celui-ci l'explique dans une demande de subvention adressée le 22 janvier 1776 aux Élus généraux de la province de Bourgogne.
Archives du département de la Côte-d'Or, C. 44, liasse 76 : « Supplie humblement le sieur Lallemant de Villehaut, chevalier « de S'-Louis.
« Et dit qu'après avoir servi trente ans dans le même corps, fait « prisonnier à Rosbach et blessé pour la dernière fois, fut con- (( traint par ses infirmités après les dernières campagnes, de pren- « dre sa retraite au sein de sa famille, dont les alîaires d'un père « de neuf enfants (dont trois au service), par l'éducation qu'il « leur avait procurée, ne lui laissait entrevoir pour toute res- « source qu'une petite terre délabrée et endettée considérable- « ment.
« Le sieur de Villehaut conçut dès lors le dessein d'être utile « autant à sa patrie qu'à sa famille.
tout ce qui est situé en Bourgogne, moyennant la somme de 39.000 livres, par Jacques Andrieu, baron de Grattedos, et Jean-Nicolas de Mosny, les deux seigneurs chacun par moitié : au sieur Claude Lallemant, seigneur de Pradines, demeurant à Langres. Ce dernier eut cinq enfants :
1° Jacques Lallemant d'Aprey, écuyer, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis ;
2» Joseph Lallemant de Villehaut, écuyer, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis ;
S" Jean Lallemant de Pradines, écuyer, seigneur de Villers, conseiller du roy, lieutenant criminel au bailliage et siège présidial de Langres. C'est lui que le maire de Langres, Varaigne, portait en 1793 sur la liste des habitants suspects, en le désignant ainsi : Jean Lallemant, dit Pradines.
4° Angadrène Lallemant, femme de Paul Bosc d'Antic, médecin du roi, correspondant de l'Académie des sciences, qui s'occupa de physique et d'histoire naturelle avec Réaumur et NoUet;
5o Marie Lallemant.
« En établissant dans sa terre une branche de commerce dont « ses connaissances, jointes à celles qu'il avait acquises en Saxe, <» où il a été trois ans prisonnier, le mirent bientôt à portée de « réussir dans le genre qu'il entreprenait... etc. »
Joseph Lallemant, blessé à Rosbach (1) et fait prisonnier, est retenu trois ans en captivité. Il ne rentre donc dans sa terre familiale qu'en 1760. Ses loisirs et les connaissances en céramique que son séjour forcé en Saxe l'a mis à même d'acquérir, le déterminent à s'occuper de la faïencerie. Cependant, ce ne peut être à sa première installation qu'il procède, car l'usine, ainsi que nous allons le voir, existe déjà depuis une quinzaine d'années.
Dès 1744, nous trouvons en effet dans le registre des actes religieux de la paroisse d'Aprey le mariage de Jean-François Frossard, peintre en faïence, fils de Jacques-François Frossard, taillandier à Saint-Amand-en-Flandre, avec Marguerite Monjardet, d'Aprey (2). M' et M™* Lallemant, seigneurs d'Aprey, signent l'acte en qualité de témoins.
Évidemment, les seigneurs de l'endroit ne servaient de témoins à un modeste peintre en faïence, que parce que celui-ci était employé dans leur manufacture.
On peut donc fixer avec certitude aux environs de 1744 l'établissement à Aprey de la première faïencerie. Ce n'est qu'à partir de cette année 1744 que nous avons relevé dans les registres de l'état civil et de la paroisse des noms de peintres, tourneurs, mouleurs en faïence, et ouvriers à la faïencerie, domiciliés à Aprey.
Une autre preuve de l'exactitude de cette date de fondation nous est fournie par un acte des 4 et 5 février 1779, dressé par le notaire
(1) Rosbach (Saxe). — Frédéric II y battit en 1757 les Français commandés par le maréchal de Soubisc.
(2) Les descendants de ce peintre habitent encore actuellement Aprey.
Royer de Langres à l'occasion de la mise en vente de la Terre et Seigneurie d'Aprey. Nous en extrayons ce qui suit :
« La faïencerie est en régie sous la direction du sieur Ollivier, « associé pour un tiers ; il assure la stabilité de cet établissement « qui dure depuis trente ans et qui roule très bien actuellement ».
Ces trente ans nous reportent à l'année 1749, ce qui concorde, à cinq ans près, avec la date que nous venons d'indiquer.