‹ Les famillesChapitre 12 sur 108 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

HÉLÈNE

Un amanl esl toujours unique en son espi ce. Abrégeons. C'est le fait qu'il faudrait exposer.

CÉSAR

Mon Dieu! de vos moments j'ai bien peur d'abuser.

HÉLÈNE

Quel homme! Les amants sont des gens que j'admire. Ils s'imposent a vous quand ils n'ont rien a dire, Et quand leur entretien pourrait nous amuser, De nos moments alors ils craignent d'abuser.

CÉSAR

Puisque vous l'exigez, je poursuis. —-L'audience, Était finie à peine, et mon impatience

M'entraînant chez Emma, je courais, je volais

Je m'y rends tous les jours au sortir du palais. Car mon œil, fatigué d'hommes noirs, se repose Sur cette blanche femme aux yeux clairs, au teint rose, Et j'éprouve, en quittant mes frères du barreau, Le besoin d'admirer quelque chose de beau.

HÉLÈNE

Au fait.

CÉSAR

Elle lisait le vingtième volume D'un roman, plus charmante encor que de coutume. HÉLÈNE .

Au fait,

CÉSAR

Elle me dit ; « Quels merveilleux exploits L'amour fit accomplir aux hommes d'autrefois! » a Ah! lui dis-je, éprouvez ma passion profonde,

Et pour vous plaire, Emma, je soulève le monde! »

(Hélène se met à rire.)

La métaphore élait trop forte, j'en cou vieil : Près d'une femme aimée on ne doute de rien; Elle vous embellit les plus vilaines causes, L'impossible devient la plus simple des choses.

HÉLÈNE

Au fait, au fait, au fait.

CÉSAR

Elle reprit ainsi D'une voix que je crois encore entendre ici : « Mon ami, vous avez bien souvent, ce me semble, Séparé des époux malheureux d'être ensemble. » « Les séparations, répondis-je, ont été, Chère Emma, de tout temps ma spécialité, Et si pour une amie on réclame mon zèle, Fût-elle dans son tort, je plaiderai pour elle. » <f Au contraire, monsieur, je voudrais, grâce à vous, Au lieu de séparer, réunir deux époux. » « Réunir! m'écriai-je à cet ordre barbare, Je ne réunis pas, madame, je sépare! » Mais, sans rien écouter, elle me dit alors Que mes succès pour elle étaient comme un remords ; Que je ne saurais vivre heureux dans mon ménage, Ayant toujours plaidé contre le mariage, Et qu'auprès de sa femme en paix on ne dort point, Lorsqu'on a désuni ce que le ciel a joint. Enfin le résultat de ce discours frivole Fut qu'on m'aimait toujours, que j'avais sa parole, Et qu'elle la tiendrait quand j'aurais réuni Deux époux, vous, madame, et monsieur de Cerny.

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