‹ Les famillesChapitre 3 sur 108 · SCENE I. S · texte numérisé non relu

SCENE I. S

DENISE

De corps. Monsieur vit en garçon. Madame A dû pendant huit ans mortifier son âme. Monsieur ne nous hantait jamais auparavant; Mais depuis que leur fille a quitté le couvent, Il vient ici nous voir une fois la semaine. Madame, ces jours-la, s'enferme ou se promène. C'est aujourd'hui lundi, bientôt on sonnera; C'est le jour de Monsieur, Madame sortira.

PIERRE, riant.

Hi!hi!

DENISE

Quant à leur fils, c'est un oiseau plus rare, 11 vit seul loin de nous, cultive le cigare, A toujours par principe un habit mal brossé, Et m'embrasse en passant, quand il n'est pas pressé.

PIERRE, riant.

Hé! hé!

De sa grand' mère il est la chère idole, xMadame Lépinet est une vieille folle Que je vous ai gardée exprès pour le dessert. C'est elle seule ici qui gouverne et qu'on sert. Sa fille décemment ne peut vivre loin d'elle : Elle en profite donc pour lui chercher querelle, Pour se jeter toujours en travers du chemin ; Bonne femme, après tout, et le cœur sur la main,

PIERRE

Dame! Vous prêchez bien, et vous êtes savante.

DENISE

Pour conclure, mon cher, je suis votre servante Denise Balinguet. — Votre prédécesseur

Élait d'un caractère un peu trop embrasseur. Il se croyait déjà mon maître. A ses allures J'ai vu qu'il n'avait pas les intentions pures.

PIERRE

Dame ! Je tâcherai qu'il m'en vienne.

DENISE

C'est bien.

Je prends ce qu'on me donne et je n'exige rien. Mais j'entre chez Madame, il faut que je l'habille. On sonne. C'est Monsieur qui vient pour voir sa fille.

(Pierre fait un mouvement. Denise l'arrête. Second coup de sonnette.)

Eh î ne vous pressez pas ! Il peut bien résonner, El jamais pour un maître on ne doit se gêner.

(Elle entre à gauche. Pierre se dirige lentement vers la porte du fond.)

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