GUSTAVE, DUBREUIL
M. DUBREUIL
Elle est gentille.
GUSTAVE
Avez-vous vu jamais pareille jeune fille, Mon père ? Que de grâce et de tact et de goût ï N'est-elle pas?.*.
M. DUBREUIL
Elle est gentille, voilà tout.
Ne lui trouvez-vous pas l'air empreint de noblesse, Qu'elle est pleine de cœur et de délicatesse?
M. DUBREUIL
Je trouve tout cela, si tu veux.
GUSTAVE
Savez-vous Qu'elle a fait preuve aussi de plus d'esprit que nous ? De tout ce quelle a dit une autre serait fière.
M. DUBREUIL
Elle a dit quatre mots.
GUSTAVE
Mais de quelle manière î
M. DUBREUIL
Elle a pris poliment ma canne et mon chapeau Et m'a, bon gré mal gré, fait boire un verre d'eau.
GUSTAVE
Et ce doux à-propos, ce souvenir d'enfance ?
M. DUBREUIL
Va! tu n'as pas besoin de prendre sa défense. Elle m'a fait plaisir, c'est vrai. Mais toi, vraiment Je te vois et t'écoute avec étonnement. Tu le montes à froid, tu fais de l'éloquence. Puis un habit, des gants jaunes! Quelle élégance! Tudieu! dirait-on pas qu'il va se marier? C'est ainsi maintenant, le père est ouvrier, Le fils est avocat. Notre manufacture Ne pouvait convenir à ta vive nature.
D'ailleurs, j'ai les aînés pour me prêter la main. Tu nous as donc quittés, toi notre Benjamin; Un beau jour, je t'ai dit: « Va, suis ta voie et marche! Et puisses-tu, mon fils, comme l'oiseau de l'arche, D'un monde plus troublé, plus confus que jamais, Nous rapporter enfin quelque signe de paix ! »
Sans doute avec sa mère elle va reparaître, Mon père, et vous allez apprendre à la connaître.
M. DUBREUIL
C'est bon. — Mais je deviens un étranger pour toi, Sais-tu? Le soir a peine un moment je te voi. Car on danse la nuit, le matin on repose. Ce n'est pas tout à fait chez nous la même chose. Ne crois pas cependant que je te blâme. Au fond J'en éprouve plutôt comme un orgueil profond.