‹ Les famillesChapitre 62 sur 108 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Vous soulevez le voile, et moi je le déchire.

HÉLÈNE

Vous me faites trembler, monsieur. Qu'osez-vous dire?

M. DE CERNY

Je dis qu'après l'éclat d'une désunion Vous ne deviez pas tant braver l'opinion; Qu'au lieu d'avoir vécu modeste et retirée, Dans le monde, partout, vous vous êtes montrée ; Que vos bruyants plaisirs, votre légèreté Ont fourni trop de prise à la malignité, Et qu'enfin du décri public, quoi qu'on soutienne, Vous avez votre part ainsi que j'ai la mienne.

Devant elle descendre à me calomnier!

Cet outrage.,. Ah ! du moins ce sera le dernier.

Viens, ma fille, suis-moi.

M. DE CERNY

Demeurez, Valentine.

HÉLÈNE

Je suis chez moi, monsieur.

MADAME LÉPINET.

Mais qu'on se détermine A quelque chose, Hélène, avant qu'il soit parti, Et qu'à la pauvre enfant nous cherchions un parti, Pour prouver a ce rustre et crier par la ville Qu'à défaut d'un mari notre tille en a mille.

M. DE CERNY

Oui, madame a raison, il est temps d'en finir; A monsieur de Luzan il nous faut revenir.

MADAME LÉPINET.

Eh mais ! Après l'affront qu'on t'a fait, ma mignonne,

.l'épouserais, je crois, le Grand-Turc en personne, El de Luzan n'est pas le Grand-Turc, après tout.

M. DE CERNY

Prenez-le par (ierté du moins, sinon par goûl.

VALENTÏNE.

Je ne le puis.

Ma fille, il le faut.

VALENTÏNE.

Non, mon père, Non, jamais!

M. DE CERNY

Je le veux.

VALENTÏNE.

Protége-moi, ma mère!

M. DE CERNY

Voila qui me décide irrévocablement.

HÉLÈNE, à Valentine.

Ne crains rien, tu ne peux l'épouser.

M. DE CERNY

Ah ! vraiment ?

Et moi j'amène ici de Luzan, je lui livre...

HÉLÈNE

Prenez garde, monsieur, qu'il n'ose vous y suivre. Mais je respecte ceux que votre cœur défend : Je vous laisse un ami, laissez-moi mon enfant.

M. DE CERNY

Vous l'avez trop gardée ! Il est temps qu'elle sache Mon amour qu'on lui nie et vos torts qu'on lui cache. Je la donne à Luzan pour ne plus la quitter : C'est chez moi désormais qu'elle doit habiter.

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